Altitude biathlon : Simon, après plus de 10 ans au plus haut niveau, pourquoi décidez-vous de mettre un terme à votre carrière alors que vos résultats sont encore très bons ?
Ce sont des choix qui ne s’expliquent pas forcément. Ça vient assez naturellement de se dire « c’est la fin ». On sent qu’on a envie de faire autre chose dans la vie. Ça vient petit à petit, j’avoue que depuis l’été dernier j’y pensais déjà.
Donc c’est une décision qui était réfléchie depuis longtemps ?
Oui c’était réfléchi depuis un moment ! Parce que j’avais fait le tour, parce qu’en tête j’avais les Jeux de Pyong Chang. Il y avait aussi le contexte Covid…On a passé deux ans différents avec un peu moins d’ambiance, beaucoup de contraintes : par rapport aux tests et à toutes ces choses-là. Puis on avait pleins de projets dans la vie avec un petit qui est né il y a un an et demi. Le projet d’après carrière se présentait et se profilait bien. C’était le moment !
Quel a été le plus beau moment de votre carrière ?
Le plus beau, je dirais que c’est la médaille d’or aux Jeux en 2018 en relais mixte. Parce que ça a été le plus fort émotionnellement, c’est ce qui a entrainé le plus de belles choses derrière. Si on regarde la médaille de l’an passé avec les garçons, elle était très belle mais elle m’a moins apporté ensuite.

Le 2 décembre 2021, vous portez pour la première fois de votre carrière le dossard jaune lors du sprint d’Ostersund, quel a été votre ressenti, vos sensations… ?
Ce jour-là, c’était un beau moment même si la course n’a pas été terrible. C’est venu très vite dans la saison, il n’y avait eu que deux courses. C’est toujours un rêve de porter un maillot comme ça. Et puis j’avoue que je n’en ai peut-être pas tellement profité. Quelque part j’avais envie de le garder, forcément ! Mais j’avais trop envie de bien faire, et il y a eu pleins de petites choses qui font que j’ai perdu le bel enchainement que j’avais eu sur les deux courses d’avant.
Quelle a été la pensée la plus insolite que vous avez pu avoir en arrivant sur un pas de tir ?
(Rires) Il y a toujours des questions qui arrivent un peu particulières, du style « Est ce que j’ai tout ce qu’il me faut pour me changer pour après la course ? Est-ce que j’ai une paire de chaussettes ? » Des trucs comme ça ! Mais avant le tir on a une espèce de rythmique, de routine qui permet de toujours se présenter au tir dans un certain contexte où les pensées doivent être fluides, parce que c’est un moment hyper important de la course. Donc il n’y a pas tant de choses que ça qui peuvent arriver en tête. Parce qu’on doit regarder les fanions pour connaitre l’état du vent par rapport aux réglages, parce que tout de suite on regarde la cible à laquelle on va s’installer et se mettre en place pour le tir. Donc ce n’est pas forcément là qu’arrivent les autres pensées. (Rires)
Avec votre femme, Célia Aymonier, ancienne biathlète aussi, vous accueillez votre premier enfant le 30 juin 2021, un petit garçon prénommé Jules, quel impact a eu cette arrivée dans votre vie ? Comment avez-vous géré le haut niveau et la vie de famille ?
Ce sont les premiers mois qui sont les plus délicats, donc il faut s’adapter. Il faut récupérer, les nuits sont plus courtes. En tant que sportif, l’idéal c’est d’avoir du temps de repos, pour bien récupérer entre les entrainements quand on est à la maison. Parfois, je me demande comment gèrent certains sportifs lorsqu’ils ont deux, trois ou quatre enfants ; alors je pense qu’ils ne gèrent pas grand-chose entre nous (rire). Mais ça permet de prendre du recul sur les choses aussi.
Je me rappellerais toujours le premier stage où je suis retourné avec l’équipe : les petits problèmes de chacun, ça fait rire et ça fait prendre du recul en se disant « mais il y a d’autres choses dans la vie plus importantes que ce qu’ils ont mangé à midi » ou je ne sais quoi ! (Rire)
Est-ce que vous comptez l’initier un peu à ce sport ?
On verra ! S’il y a de la neige, on essayera de le mettre un peu sur des skis cet hiver. Juste pour voir si ça l’amuse mais il aura bien le temps de voir ça plus tard !
On sait que la transition sport de haut niveau et nouvelle vie est parfois difficile, comment s’est passée la vôtre psychologiquement et physiquement ?
Bien ! Elle s’est bien passée parce qu’on a un projet qui était bien avancé, ce qui fait que je me suis tout de suite tourné vers autre chose. J’en ai profité pour faire les choses que j’aime et qui m’avaient manqué ces dernières années avec le biathlon. Mais une vie toujours aussi active qu’avant ! Un peu moins de déplacements, parce que c’est ça qui devient difficile aussi : être toujours loin de la maison ! Ça fait du bien de se poser un peu et d’être au même endroit plus de deux semaines d’affilées.
Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus sur votre nouvelle vie ? Vous faites quoi de vos journées ? Par exemple une journée type ?
Oui oui ! Eh bien je garde beaucoup notre petit parce qu’on n’a pas le choix de le garder plus que le standard. Après on est dans la rénovation d’une maison de famille de Célia dans le Doubs, dans laquelle on a le projet de faire une auberge. Donc on n’a pas le temps de s’ennuyer. Je n’ai pas le temps de faire beaucoup de sport quoi ! Et pour autant je me suis même inscrit à la TransJu cette année ! Il n’y aura pas beaucoup de préparation, il n’y aura pas beaucoup de ski avant…
Donc de ce que vous me dites, vous pratiquez plus beaucoup ? Vous avez rangé votre carabine pour de bon ?
La carabine je l’ai sortie une fois dans l’été pour accompagner quelqu’un, mais sinon le tir pas du tout. Ce que je me disais l’autre fois : « j’ai fait en un été et en un automne, enfin quasiment en une année ce que je faisais en une semaine (rires) », donc on est dans un changement un peu radical. Mais après je bouge beaucoup, il n’y pas de soucis. Je ne suis pas en manque et puis il y a tout le reste ! Je pense que ça reviendra, pour l’instant on est dans cette période un peu transitoire à cause des travaux mais plus tard je reviendrai à faire du sport. Mais souvent ça se passe comme ça : les sportifs arrêtent, ils lâchent tout d’un coup parce qu’il y a besoin de rattraper des choses, et puis après ça revient à un moment où on en a envie, naturellement.
Etes-vous encore en contact avec vos anciens coéquipiers, vos coachs, vos adversaires de l’époque… ?
Oui oui ! Je suis retourné au Grand-Bornand, à la coupe du monde il y a quelques semaines. J’ai revu pas mal d’étrangers, c’était sympa de les retrouver. Et puis avec le reste de l’équipe, oui bien-sûr, surtout l’équipe garçons parce qu’il y a plus de liens qui se tissent. J’ai fait un tour pour revoir un petit peu tout le monde donc oui j’ai encore bien des contacts.

Où en sont vos contrats avec l’armée et vos sponsors ? Parce que l’on sait que ça permet de vivre convenablement, ou du moins quand les résultats sont présents.
J’ai encore l’armée qui m’accompagne pendant quelques mois. Ça c’est hyper important, on en parle assez peu quand on attaque une carrière, de ces aides à la reconversion qui sont super importantes à un moment où l’on n’a plus de revenus, ou en tout cas plus de statut social. Donc ça permet, grâce à l’armée, de pouvoir se retourner, de faire des formations pour préparer la suite. On ne s’en rend pas compte quand on est dedans. Et après pour les autres sponsors, non je n’en ai plus. Enfin si j’ai Baouw, c’est une marque de barres et de purées pour le sport qui continue de m’aider mais c’est tout.
Maintenant que vous êtes spectateur, pour vous quel est l’avenir du biathlon ? Quel regard vous lui portez aujourd’hui ? Par exemple il y a Schalk en Allemagne, qui est une compétition en stade, on sait qu’il y a de plus en plus de courses en ski roues…
Parfois, je suis quand même inquiet par rapport à la situation climatique, ça devient de plus en plus délicat d’avoir des conditions de neige qui soient bonnes. Mais le biathlon se fera toujours parce qu’ils arriveront toujours à trouver des sites, parce qu’ils stockent de la neige d’une année sur l’autre mais au final ça perd un petit peu de son charme parce qu’il n’y a plus ce côté hivernal qu’on avait avant en décembre par exemple. C’est difficile d’attaquer une saison normalement début décembre avec des belles conditions d’hiver, c’est toujours de la neige artificielle. Ça me gêne parce que ça enlève un petit peu de plaisir pour la compétition. Et c’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté.
Moi j’aime le sport nature, le sport plein air et parfois on a un petit peu trop oublié ça. La fédé internationale fait le choix de continuer d’aller sur des sites de compétitions qui sont assez bas en altitude où c’est compliqué d’avoir de la neige, donc c’est dommage pour tout ce côté-là. Mais pour le reste je continue de suivre le biathlon parce que j’aime ça, parce que c’est une belle passion. Pour l’instant je m’en suis détaché donc j’ai très peu de regard là-dessus mais je pense que ça reviendra dans les années à venir parce que j’ai aussi envie de rendre au biathlon certaines choses.
Si par exemple vous étiez directeur de l’IBU, qu’est-ce que vous changeriez ? Qu’est-ce que vous améliorerez ?
(Rire) Globalement on a de la chance parce qu’il y a une bonne gestion. Il y a beaucoup de chose qui sont très bien dans notre sport. Mais il y a certains formats à modifier ou à revoir parce qu’il y a des choses qui sont un petit peu sceptique par exemple le 20 km. Moi je trouve qu’il est un petit peu long mais c’est aussi ce qui fait son charme. C’est aussi le fait qu’il n’y en ait que trois dans la saison mais globalement si c’est un sport qui plait et qui marche autant en France en ce moment, il y a une bonne raison. Donc c’est que tout roule !
Est-ce que vous pensez que ce sport a atteint certaines limites physiques ou techniques. Par exemple Martin Fourcade, Johannes Boe on sait que ce sont des légendes par ce que d’un point de vue physique, ils étaient hors norme. Est-ce que vous pensez qu’il y a encore des athlètes qui peuvent aller chercher des records comme ils l’ont fait ?
Il y en aura toujours des gens qui viendront égaler mais battre ces records-là, c’est dur. Ils deviennent imbattables parce que dans l’histoire du biathlon, qui ira faire plus de 83 victoires que Martin ? C’est impossible parce que ça veut dire qu’il faut éclore tôt, faire une longue carrière, ne pas avoir de pépin, ni de blessures. Il faut toujours être là, sur tous les sites, tout le temps. Donc honnêtement, c’est compliqué de faire mieux que ça. C’est des records qui vont être difficiles à aller chercher, c’est clair !
Et d’un point de vue technique ? Par exemple avec les techniques de farts, est ce que ça peut encore évoluer ?
Non parce qu’on plafonne depuis un paquet d’années et maintenant on revient presque en arrière. On arrête le fluor, ce qui est plutôt une bonne chose. Ou on l’a un petit peu modifié par rapport au fartage. Ce qui fait que ça stagne, voir ça régresse un petit peu. Et puis au niveau de l’arme, l’IBU fait toujours en sorte que la sécurité prenne le dessus. Il a toujours eu des règlements en plus pour éviter qu’il y ait des choses qui évolues de ce côté-là donc ça reste assez stable pour tout ça.
Tout à l’heure vous me disiez que vous continué quand même à suivre un peu. La saison est encore longue mais est-ce qu’il y a déjà une course qui vous a fait vibrer ce début de saison ?
Oui forcément, il y en a une qui m’a fait plus vibrer que les autres parce que j’étais sur place. C’était les Mass Start du Grand-Bornand, c’était vraiment chouette parce que l’ambiance était là, le niveau était là. Les filles ont été extraordinaires, les garçons un peu justes par moments mais ils ont joué devant en tout cas au début, puis Fabien est revenu sur la fin. C’était un beau moment de sport et je suis content de pouvoir le vivre différemment que ce que je faisais à l’époque, lorsque j’étais athlète.
Anaïs Bescond, elle aussi retraitée depuis la fin de saison dernière, est maintenant coach de tir de l’équipe handisport, est ce que cette idée pourrait vous plaire un jour ?
Elle pourrait me plaire, mais pas forcément tout de suite. Pour l’instant on a d’autres projets. Je ne sais pas encore à quel niveau. Je ne sais pas si le très haut niveau me plairait. Parfois j’ai peut-être plus envie d’aller vers les clubs ou vers les jeunes pour partager déjà la passion avant d’encadrer au plus haut niveau. Mais je pense que ça passe aussi par là quand on attaque une carrière d’entraineur, de passer par les plus jeunes pour se faire la main sur l’apprentissage du biathlon.
Si on vous proposait un poste, ce serait plutôt coach de tir ou ski ?
Ça c’est une bonne question ! Je crois que j’aime de plus en plus le côté tir. Il y a pleins de choses à apporter alors que le côté physique c’est globalement souvent la même chose. On peut évoluer mais on ne peut pas toujours tout révolutionner. Alors qu’au tir on peut revoir beaucoup de choses. Il y a le côté mental qui est hyper important et intéressant je trouve. Il y a beaucoup de choses à faire évoluer chez les personnes. Et donc ça, ça peut être sympa !

Pour vous quel(le) biathlète va remporter le gros globe cette année ?
Cette année c’est déjà un peu fait même si on aimerait que ça bouge encore. La façon dont les points sont comptés, ça fait encore plus de différence qu’avant. Il peut encore se passer pleins de choses mais globalement Johannes Boe est tellement fort et tellement au-delà que ça va être compliqué d’aller le chercher. Et chez les filles, on voit une Julia qui est bien. Après c’est encore long mais je ne vois pas tellement qui pourrait être assez stable pour aller l’embêter sur le long terme. Elle est vraiment forte au tir et physiquement, elle est forte partout ! Après il faudra tenir sur la longueur jusqu’à la fin, parce que le plus dur dans cette quête du général c’est de tenir jusqu’au bout et de gérer cette pression qui est vraiment grande et surtout de gérer ces sollicitations qui sont importantes surtout quand on est en tête du général.
Simon, merci beaucoup pour le temps accordé. Je vous souhaite une très bonne continuation.
Interview réalisé par Flavie Guichardon, le 5 janvier 2023.
Crédits photos – Nordic Focus
Altitude Biathlon : On a travaillé avec ton frère il y a quelque temps, il nous racontait une petite anecdote. Vous étiez partis pour une course à pied assez longue en Norvège, puis il a fait une hypoglycémie et tu as dû le porter jusqu’en bas… Peux-tu nous en dire un peu plus s’il te plait ?
Éric : Ouais carrément ! Cet été, on a fait une belle sortie en Norvège. Je pense qu’il n’a pas trop l’habitude et ça allait peut-être un peu vite à certains moments. Il y a un moment où je l’ai perdu de vue et je l’ai retrouvé complètement cuit, en train de marcher au milieu de la pampa. On a essayé d’aller jusqu’au bout mais ça n’a pas suffi donc il a fallu le porter un peu pour descendre. Sur le coup ce n’était pas très drôle parce que je me suis dit qu’il ne fallait pas le laisser traîner au sommet de la montagne sinon ça n’allait pas bien se passer. Après je l’ai porté un peu et on a réussi à descendre ensemble.
On peut dire que tu es un brave homme alors ?
Oh ça je ne sais pas, mais il ne fallait surtout pas le laisser là-haut !
Es-tu content de ta saison ?
Oui ! C’était une saison avec beaucoup de hauts et de bas. Il y a eu pleins de bonnes choses surtout à la fin de la saison, en termes de résultats. C’est vrai que le début de saison était plus mitigé, plus difficile. Mais là où je peux dire que c’était une bonne saison, c’est parce qu’il y a eu des moments difficiles mais aussi des bons rebondissements. Le fait d’avoir réussi à rebondir dans l’échec, ça fait que je suis vraiment satisfait de cette saison.

Comment as-tu construit ta saison ? Est-ce que tu y allais un peu au feeling, course après course ou avant le début de saison tu avais déjà des objectifs bien précis ?
J’avais des objectifs bien précis. Après le début de saison, c’est vrai que je n’étais pas là où je voulais être. J’avais vraiment envie d’aller « titiller » les plus grands sur les résultats et puis m’installer plus dans l’équipe, être plus souvent dans les relais même si finalement j’y étais beaucoup. Je n’étais pas tout à fait là où je voulais être et pourtant au fur et à mesure de la saison, j’ai réussi à revenir un peu au niveau que je souhaitais et enfin pouvoir performer.
J’imagine que ça t’a mis un coup au moral quand tu as su que tu redescendais en IBU Cup début janvier ?
Bien sûr ! Ça ne fait jamais plaisir. Après, c’était amplement mérité. Je n’arrivais pas à performer en Coupe du Monde donc il fallait qu’il y ait quelque chose. Puis je méritais de redescendre un niveau en dessous et Oscar avec qui j’ai échangé, méritait de monter. C’était tout à fait normal et ça m’a aussi permis de me retrouver, de me concentrer sur mon ski et mon tir, et de rebondir correctement pour la suite. Même si au début c’est déplaisant, ça m’a beaucoup servi pour la suite de la saison.
Tu fais de très beaux résultats à Ostersund notamment, tu vas chercher une sixième place sur l’individuel puis tu claques un podium (3ème sur la mass start), qu’est-ce que tu te racontes quand tu vas chercher ton premier podium en carrière, à quoi penses-tu sur la piste ?
Pendant la course je ne me raconte pas grand-chose. Je pense vraiment au moment présent et je suis concentré sur les choses que j’ai à faire. J’avoue qu’il n’y pas beaucoup de pensées qui traversent ma tête à ce moment-là parce que je suis vraiment à fond dans ce que je fais. Mais à l’arrivée quand je vois que je suis sur le podium, je prends quelques secondes pour en profiter parce que c’était un moment magique. C’est vrai qu’il y a un décalage entre le moment sur la piste où je ne pense pas à grand-chose et à l’arrivée où il y a un peu moins de pression et où je prends le temps de profiter. Je sais que j’ai fait une super course donc ça fait vraiment plaisir.
Tu finis justement derrière deux norvégiens et on sait que tu as des origines norvégiennes par ta maman…L’ambiance est-elle bonne avec eux malgré les fortes rivalités ?
Il y a des fortes rivalités mais c’est ce qui fait qu’il y a une bonne ambiance je trouve. J’adore me confronter à eux et c’est les meilleurs mondiaux actuellement donc c’est un honneur de pouvoir se battre avec eux et d’arriver sur mon premier podium avec deux norvégiens devant. C’est vrai que c’était assez amusant de pouvoir discuter avec eux à l’arrivée. C’est que du plaisir cette rivalité et ça donne envie d’être meilleur.

Ils ont pratiquement tout remporté cet hiver, est-ce que parfois tu ne préférerais pas faire partie de leur groupe et profiter de cette forte densité ?
Je pense qu’ils ont une vraie force de groupe, ils ont quelque chose de très fort et l’avantage d’être norvégien certes, mais moi je suis très fièr de mon groupe, très fièr d’être français et de représenter la France sur les courses. Je pense qu’on n’a rien à leur envier. Cette année ils ont été plus forts que nous mais on a toutes les ressources nécessaires pour aller les battre l’année prochaine et les années qui suivent. Honnêtement, je suis très content d’être français.
Dans l’équipe de France, il y a eu quelques conflits, où te positionnes-tu par rapport à tout ça ?
C’est toujours délicat d’avoir des conflits dans l’équipe, ce n’est pas facile. Ce qui est sûr, c’est que nous, athlètes, nous sommes tous très soudés et on cherche vraiment des solutions. Notre objectif est d’être proche de la fédération, nous n’avons pas envie de leur faire la guerre. On est là pour que ça se passe le mieux possible. Maintenant, à nous d’être dans la discussion avec tout le monde pour réussir à trouver les bonnes solutions. L’enjeu c’est que chacun comprenne les besoins des uns et des autres et qu’on arrive à s’entendre sur un point commun. Je pense que ça va très bien se passer, ça nécessite juste un petit peu de temps et de construction.
Tu as fait les championnats du monde militaires où tu fais vice-champion du monde du sprint, n’était-ce pas trop dur de se remettre dedans après la fin de saison ? De devoir encore aller chercher des résultats alors qu’on a peut-être envie d’être en vacances et de poser la carabine…
Si c’est sûr ! On a eu une semaine de récupération après Oslo, j’avoue que je n’ai vraiment pas beaucoup skié. J’ai tout débranché. D’un côté j’étais trop impatient d’aller à ces championnats du monde militaires, mais ce n’était pas facile d’y retourner après une semaine de repos. Cependant, ça s’est bien passé et quand j’ai vu que j’avais plutôt la forme, c’était motivant, et je savais que j’avais les capacités pour aller chercher des bons résultats. Avec une bonne forme et après avoir tout débranché, j’avais la motivation nécessaire pour y aller.
Puis c’est un contexte un peu différent donc ça donne quand même envie d’y participer.
Et donc maintenant quelle est la suite ? De quoi sera fait ton été ?
Vacances cette semaine pour commencer et ensuite un peu de repos à la maison. Puis je vais retourner à l’université travailler quelques cours parce que je n’ai pas le temps pendant la saison donc il faut que je prenne ces moments-là pour m’occuper de mes cours. Puis la nouvelle saison attaque déjà en mai pour se préparer pour l’hiver prochain. Ça va bien s’enchaîner !
Quels sont tes objectifs pour l’avenir ?

Mes objectifs sont toujours les mêmes, c’est de continuer à grimper les échelons, de me rapprocher des meilleurs mondiaux et avancer dans le futur. Donc il faut continuer à être patient, avancer étape par étape et continuer à me rapprocher des meilleurs et à faire ma place dans cette équipe de France.
Pour finir, j’ai une petite question d’un internaute : seras-tu peiné pour ton adversaire, quand dans trois ans, tu battras Johannes Boe sur le fil pour le gros globe lors de la Mass Start d’Oslo ?
Pas du tout ! Non, je n’aurai pas de peine pour Johannes Boe car je pense qu’il n’en a pas beaucoup pour nous actuellement et j’espère que j’aurai la chance d’avoir cette rivalité avec lui dans le futur, ça serait un honneur !
Merci beaucoup Éric, bonnes vacances et bonne continuation !
Avec plaisir !
Interview réalisée par Flavie Guichardon, Mai 2023
Crédit photo – NordicFocus
Altitude biathlon : Quentin, tu as été troisième du classement général de la Coupe de Monde l’hiver dernier. Quel a été ton parcours pour en arriver là ?
Eh bien ça s’est fait simplement et naturellement en fait. Je suis né dans le Jura qui est une terre de ski de fond. Mes parents étaient sportifs et naturellement, j’ai été mis sur les skis assez tôt. J’ai d’abord fait du ski de fond, puis du biathlon. Mes résultats s’amélioraient. J’ai été champion de France dans la catégorie cadet… J’ai été sélectionné en équipe de France B, puis après quelques bons résultats en IBU Cup (2012), j’ai intégré l’équipe de France A en 2014 je crois…A partir de là, ma progression a été constante…J’ai commencé à faire des podiums…puis l’hiver dernier, j’ai gagné ma première épreuve en coupe du Monde à Antholz…puis Soldier Hollow…Pour être honnête, je ne pensais pas en arriver là un jour. J’ai touché un rêve de gosse l’hiver dernier.
La saison dernière, tu as réalisé quelques exploits, à Antholz comme tu le disais, mais aussi à Nove Mesto, Soldier Hollow, et Ostersund…Tu as tenu tête à Johannes Boe sur plusieurs courses, parvenant même à t’imposer parfois. As-tu conscience d’être regardé comme un leader aujourd’hui et non comme un outsider ?
Tout comme ma progression dont je te parlais précédemment, tout cela s’est fait progressivement. A Ruhpolding lors de la saison 2014-2015, mon statut d’outsider était un avantage. Personne ne pensait que je pouvais faire un podium et je pouvais bluffer. Désormais, mes concurrents me connaissent, savent quels sont mes points forts…et si je me retrouve devant, je dois assumer mon statut…Et forcément, l’attitude de mes concurrents en course change. Je ne peux plus la jouer au bluff (rires). Mais en même temps, d’être considéré comme un des leaders, ça peut être un avantage. Psychologiquement, ça me décomplexe, et puis j’ai désormais de l’expérience.

(Photo by Kevin Voigt / VOIGT)
Comment sens-tu la saison 2019-2020 ?
Comme chaque année, j’ai focalisé ma préparation estivale sur mes « failles ». J’ai donc, comme l’été dernier, travaillé mon tir que je veux faire évoluer. Je dois encore travailler la rapidité, la précision….Pour la saison qui arrive, je me sens plus serein, j’ai moins d’appréhension.
La saison dernière, tu t’es souvent retrouvé devant Martin Fourcade. Simon Desthieux aussi s’est retrouvé parfois devant, idem pour Antonin Guiguonnat….L’équipe de France masculine est très forte. Quelles sont les relations entre vous tous ? La rivalité entre vous a-t-elle un effet positif ?
C’est très clairement un avantage de se retrouver dans une équipe aussi forte. Ça donne des repères très fiables car à l’entrainement, je sais que je suis à coté des meilleurs…Emilien et Fabien progressent aussi et à nous tous, nous constituons une belle équipe. La rivalité entre nous, c’est sur la piste qu’elle existe, mais c’est une rivalité saine. L’ambiance au sein de l’équipe est géniale.
Comment fait-on pour ne pas prendre la grosse tête lorsque l’on est l’un des meilleurs biathlètes au monde ?
J’ai trop vu dans ma vie des sportifs non représentatifs de leur sport. Je ne veux pas leur ressembler. J’ai été éduqué avec des valeurs simples, je suis bien dans cette vie et je ne veux pas changer. Le biathlon est avant tout pour moi un plaisir et je le pratique dans cette dynamique. Ce que je recherche, ce sont des émotions. Et puis je sais aussi que nous sommes regardés à la TV sur l’Equipe 21, lors des interviews…et notamment par un grand nombre d’enfants qui pratiquent le ski de fond en club…Je ne veux surtout pas montrer une mauvaise image.
Parviens-tu à vivre du biathlon ?

Oui, aujourd’hui, j’en vis bien. Les primes de courses, les sponsors me permettent de vivre très convenablement. Mais ça n’a pas été facile d’en arriver là. S’il n’y a pas de résultats, les choses sont un peu plus compliquées. Et lorsqu’on cumule une vie de sportif de haut niveau et des études, c’est encore plus compliqué…J’ai une anecdote intéressante à ce sujet à te raconter. Il y a 6 ans je crois, la Sécurité Sociale m’appelle car ma situation administrative dans leur base de données était très floue. Je n’étais ni salarié, ni étudiant, je n’étais plus sous le régime d’assurance maladie de mes parents…Ce sont des périodes difficiles dans une vie de sportif de haut niveau…Il faudrait vraiment des améliorations sur ces points. Et dans l’équipe de France, certains sont obligés de bosser pour vivre, en plus des entrainements…Malgré la médiatisation du biathlon, on est à des années lumières du foot ou du tennis en termes de revenus.
Quentin, tu n’as que 27 ans. Tu étais troisième du classement général de la coupe du monde l’hiver dernier. Franchement, on te vois bien endosser le dossard jaune cet hiver. Est-ce que tu y penses le matin en te rasant ? (Rires).
On verra bien. Evidemment, il m’arrive d’y penser mais ça reste un rêve. Une saison, c’est long. Et vu le niveau, pour endosser le dossard jaune, cela signifie d’être sur le podium à chaque course. Parvenir à cela, durant les 4 mois de la saison, c’est vraiment dur. Je pense que j’ai encore un palier à franchir, mais c’est le rêve ultime en effet.
Combien d’heures d’entrainement accumules tu dans l’année ? En tir ? En ski ?
Il m’est compliqué de dissocier les heures passées au tir et les heures passées à la préparation physique. Le biathlon, c’est le tir et le ski ensemble. En cumulé, je suis environ à 1000 heures par an d’entrainement. A cela s’ajoutent les interviews, les sollicitations par les partenaires, la fédération française de ski… En dehors des entrainements, et des courses l’hiver, nous avons une deuxième vie professionnelle qui est la gestion de notre image…et nous n’avons volontairement pas d’agent. Moi, j’aime bien ce travail, une fois la course terminée, la récupération faite…en hiver. Je gère ma petite entreprise (rires).
Quelle est ton hygiène de vie ? Pèses-tu par exemple tes aliments ? T’autorises-tu à boire de l’alcool, à manger du saucisson ?
Non, je suis très loin d’être dans l’extrême sur ces questions-là. Chaque année, j’essaye d’être plus rigoureux mais je m’autorise quelques plaisirs. Je ne suis évidemment pas dans l’excès, mais je ne veux pas m’imposer un régime trop dur qui psychologiquement pourrait aussi avoir un effet inverse…Je ne veux pas craquer par trop de privations en milieu de saison.
En été, que fais tu pour rester en forme ? On t’a vu cet été en ski roue dans le col de l’Iseran, mais aussi en VTT à Val d’Isère et dans le Jura…en trail au Tre Cime Di Lavaredo pendant le stage à Antholz …
Ma discipline préférée l’été, ça reste le ski-roue. Mais pour éviter la lassitude, aussi parce que parfois, la météo ne permet pas de faire du ski-roue, on varie les entrainements. J’aime bien le VTT. Le stage à Antholz et courir avec les copains dans les montagnes, ça c’était génial. A l’heure ou je te parle, je suis de retour du sud de la France. Cette semaine, dans nos programmes d’entrainement, il était prévu un peu de repos et avant une saison qui est longue, il me fallait décompresser. Ces périodes de repos sont hyper importantes dans la gestion de la saison et il ne faut surtout pas les négliger.
Que dois tu encore améliorer ?
Le tir me pénalise encore. Physiquement, je dois encore aller gratter sur ma préparation physique, peut être avec un stage en altitude. La démarche de notre staff et des entraineurs en particulier est bonne. Stéphane Bouthiaux avait amené une sacrée base et Vincent Vittoz amène la touche du fondeur. Il a des exigences encore plus fortes mais il sait que nous pouvons y arriver. Il veille vraiment à ce que nous arrivions au début de saison dans les conditions physiques idéales.
Quentin, merci beaucoup pour ce bon moment en ta compagnie. Je te souhaite tout le meilleur pour cette saison 2019-2020. Bravo pour ce que tu es.
Crédit Photos par Kevin Voigt / VOIGT avec l’aimable autorisation de Viesmann France
Interview menée par Guillaume TROLONG-BAILLY avec l’aide des questions issues des réseaux sociaux
Altitude Biathlon : Simon, tu as 27 ans, bientôt 28 ans en décembre prochain. Tu es n°4 mondial au classement de la Coupe du Monde l’hiver dernier. Quelles sont tes ambitions pour la saison qui s’annonce ?
Simon Desthieux : Mon objectif le plus important cet hiver, sera clairement les mondiaux d’Antholz-Anterselva du 13 au 23 Février 2020 . Évidemment, toutes les épreuves sont importantes, mais Antholz est un lieu que j’apprécie particulièrement. Il y fait souvent beau, le paysage est splendide, la piste est géniale à skier. Nous y sommes allés en stage cet été, c’était chouette, s’il y a une course à gagner cet hiver, j’opte pour Antholz.
En février 2018, tu deviens champion Olympique du relais mixte avec Anaïs Bescond, Marie Dorin-Habert et Martin Fourcade. Que représente ce titre à tes yeux ?
Cette journée reste un gros moment d’émotion et de partage dans l’équipe. J’ai le souvenir d’une journée impeccable, comme il en existe peu. On vit beaucoup d’émotions en biathlon, parfois des bonnes, parfois des moins bonnes. Le biathlon, c’est parfois frustrant. Je t’explique : lorsque tu fais une belle course et que tu gagnes…eh bien les copains, eux ils ne gagnent pas. Tu peux difficilement partager ta joie avec eux. L’émotion, tu la vis sur la ligne d’arrivée mais ensuite, tu te concentres très rapidement sur les courses à venir. Or lors du relais mixte aux Jeux Olympiques, c’est un collectif qui gagne. Ce jour-là, on a fait la course parfaite, chacun de notre côté mais c’est ensemble que l’on a gagné. Alors en effet, c’est un bon souvenir.

Tu es régulièrement classé dans le top 10, lors d’épreuves en coupe du monde, que te faudrait-il pour être plus souvent sur la « boîte » ou pour gagner ? Est-ce que cela passe par progresser au tir ?
On me dit souvent que je dois progresser en tir mais je ne suis pas d’accord. Je tire bien, mais tu sais, ce n’est pas si simple. Le biathlon, c’est un enchainement de deux disciplines très différentes. A l’entrainement, je tire bien. En course, faire le sans faute, ce n’est pas évident. Mais je ne suis pas inquiet. J’arrive dans mes meilleures années et je pense que ça va payer. Le tir n’est pas mon problème majeur. En revanche, j’ai souvent le sentiment de rater mes débuts de saison. Et en milieu de saison, j’ai l’impression parfois de vouloir rattraper les courses loupées, de vouloir aller vite sur les skis…C’est long une saison et il est difficile d’être régulier. L’équilibre est compliqué à trouver.
L’hiver dernier, Quentin est 3ème du général de la coupe du monde, tu es 4ème. Antonin Guigonnat vice-champion du monde, Martin, malgré une saison en demi-teinte, reste très performant. L’équipe de France masculine est tout simplement « monstrueuse ». Quelle ambiance règne entre vous ?
Excellente vraiment ! On se connait tous parfaitement, et c’est d’ailleurs parce que l’ambiance est top que nous faisons ces bons résultats. Ce qui est bien, c’est qu’à tour de rôle, tout le monde y arrive. C’est chouette car ce n’est pas toujours le même qui gagne ou monte sur le podium…et je pense que cela contribue aussi à ce bon climat au sein de l’équipe.
Il me semble que tu as un petit surnom en équipe de France, qui est « Carlito » ? Peux-tu nous dire d’où cela vient ?
Quand je suis entré en équipe de France, nous étions deux à avoir pour prénom « Simon », l’autre étant Simon Fourcade. Et pour nous différencier, on m’a appelé Carlito. Mais depuis que Simon Fourcade a quitté l’équipe de France, ce surnom disparait progressivement et tout le monde recommence à m’appeler Simon.
Tu partages ta vie avec Célia Aymonier, elle-même biathlète de haut niveau et membre de l’équipe de France féminine de biathlon. Comment faites-vous pour que le biathlon n’envahisse pas votre vie de couple ?
Bah c’est drôle parce qu’avec Célia, à la maison on parle très peu de biathlon en fait. Évidemment, on prend soin l’un de l’autre et on veille l’un sur l’autre. Mais nous avons beaucoup de centres d’intérêts communs et donc, nous parvenons à avoir d’autres passions qui nous occupent et nous distraient du biathlon.
On ne vous a pas vu aligner ensemble sur un relais single mixte ? Est-ce une volonté délibérée de votre part ou l’occasion ne s’est simplement pas encore présentée ?
Non, en effet, l’occasion ne s’est jamais présentée mais ce serait génial !! Le relais single mixte, c’est un format court et d’autres sont meilleurs que nous c’est tout. Néanmoins, j’adorerais (rires).
Lors de la saison de biathlon, avec quel co-équipier partages-tu ta chambre ? Y a-t-il des affinités que vous respectez ou un peu à l’image d’une bonne bande de potes, vous changez de compagnons de chambre fréquemment ?
Comme je te l’ai dit, l’ambiance est vraiment bonne et je m’entends vraiment bien avec tous les garçons de l’équipe. On essaye de tourner durant la saison et de changer les binômes de chambre.
En dehors du biathlon, quelles sont tes passions ? Parviens-tu d’ailleurs à avoir du temps pour en profiter ?
Oh oui. Le problème, c’est que j’ai plein de passions (rires). Je suis toujours à faire des choses. J’adore la nature et donc, je fais souvent une activité en lien avec la nature. J’ai un jardin potager dont je m’occupe souvent. Mais j’adore aussi cuisiner. J’apprécie vraiment le bricolage et notamment la menuiserie et le tournage sur bois. Je ne sais pas pourquoi, mais ça me détend, et puis ça m’amène à être créatif. J’aime vraiment ça.
Tu es originaire du Bugey, dans l’Ain, tout comme le trailer, un certain Xavier Thevenard qui lui aussi, vient du ski de fond je crois. Le connais-tu personnellement ?
Oui, Xavier était comme moi au comité de l’Ain. Il est un peu plus âgé que moi mais en effet, nous avons skié ensemble étant jeunes. Lors des stages avec le comité, nous nous entraînions parfois au Plan d’Hotonnes et nous mangions le midi chez ses parents qui tiennent une auberge là-bas.
Le biathlon devient de plus en plus populaire en France, notamment avec la diffusion des épreuves en clair et en direct sur l’équipe 21. Pensais-tu avoir un jour à vivre cette notoriété ? N’est- ce pas contraignant au quotidien ?
Je n’imaginais pas du tout que le biathlon serait autant apprécié et populaire. Mais tout cela s’est fait petit à petit, progressivement. C’est drôle parce qu’aujourd’hui, lorsque je skie, je suis reconnu…Les clubs se remplissent et c’est vraiment une bonne chose. Les jeunes viennent aujourd’hui s’inscrire et veulent faire du biathlon. Pour nous, le fait d’être reconnu n’est pas un point gênant, en tout cas pour moi. Au contraire, les gens restent bienveillants. Pour Martin, cette reconnaissance et ces sollicitations sont nettement plus fortes. Partout où il va, il est reconnu, à l’aéroport… partout. Mais il semble lui aussi bien gérer cette notoriété.
Tu es n°4 mondial, c’est une pression supplémentaire pour cet hiver, un nouveau rôle de favori au sein du « peloton » ?
Sur la ligne de départ, nous sommes une vingtaine à pouvoir gagner la course. Il y a un bon nombre de biathlètes qui ont un gros niveau et donc, je ne me considère pas comme un leader. Je pense d’ailleurs que Quentin et Antonin pensent comme moi. Après, étant donné qu’on se connait tous plutôt bien, chacun connait les qualités et les points faibles de l’autre. En ce qui me concerne, je sais que je suis rapide sur le dernier tour. C’est d’ailleurs comme ça qu’on m’appelle parfois, l’homme du dernier tour (rires). Mais comme je te le disais aussi tout à l’heure, les formats courts ne sont pas mon point fort. Sur les longs formats, on sait quels sont les coureurs qui skient vite, et quels sont ceux qui vont moins vite. Ce sont des bons indicateurs, notamment une fois le dernier passage effectué au pas de tir.
Tu es plutôt discret. Il est assez rare de lire des interviews de toi. Est-ce que ce retrait est volontaire de ta part ?
J’aime bien être tranquille mais je ne recherche pas à tout prix à être en retrait. Je suis de tempérament discret c’est vrai mais aucune volonté de ma part à m’effacer.

A quoi ressemblent tes vacances ?
Il y a différents types de vacances. Souvent, début septembre, on part avec Célia et on se repose complètement. Mais de façon générale, nous sommes plutôt actifs voire même très actifs. Et si on reste à la maison, j’essaie de faire un maximum de choses en dehors des entrainements. Comme je te l’ai dit, j’adore m’occuper de mon jardin, bricoler. J’ai plein de passions, je ne m’ennuie jamais.
Simon, merci de cet interview. Je te souhaite une belle saison 2019/2020.
Interview menée par Guillaume TROLONG-BAILLY avec l’aide des questions issues des réseaux sociaux
Crédits photos – département de l’Ain

Altitude biathlon : Avez-vous suivi une formation spécifique pour être speaker officiel de la FFS* ?
Thomas Bray: Non, cela s’est fait après un concours de circonstances. J’étais directeur du Club des Sports des Saisies et j’ai eu l’occasion de commenter des courses de ski. Lorsqu’en 2012, Christophe Sevessand, speaker officiel de la FFS, a décidé d’arrêter, un appel d’offres a été lancé. J’ai donc postulé et ai été choisi.
Aviez-vous une expérience de biathlète qui a pu vous servir à obtenir ce poste ?
Pas du tout. A la base, je suis originaire du Nord-Pas-de-Calais. Mais j’ai toujours été attiré par la montagne et j’ai fais mes études à Chambéry, ce qui m’a permis d’être à proximité des massifs montagneux. A partir de ce moment, j’ai pratiqué le ski en loisir.
Ce poste de speaker est-il votre unique activité professionnelle ?

Il constitue environ 60-70% de mon emploi du temps. En dehors, j’ai différentes activités professionnelles. Je travaille pour le tout nouveau Biathlon magazine en Avril dernier et Nordic Magazine : suivi de l’IBU CUP et du circuit national, interview d’athlètes pour la version web ; articles pour la version papier. De plus, je suis responsable communication pour « Authentic nutrition », une entreprise de nutrition sportive, et j’aide également un organisateur de stages de trail dans sa communication.
Au quotidien, comment préparez-vous votre rôle de speaker ?
Je fais des fiches sur les athlètes, que j’alimente suite à la lecture d’articles de presse spécialisée. De plus, j’essaie de suivre régulièrement les réseaux sociaux des biathlètes qui sont une grande source d’informations et bien sûr, les liens créés avec ces sportifs qui permet d’enrichir le tout : je discute beaucoup avec eux lors des compétitions, mais aussi avec les entraîneurs. Ensuite c’est beaucoup de travail de préparation sur les listes de départ pour avoir le maximum d’informations possibles à donner au public.–
Qu’est-ce qui vous anime le plus dans le biathlon ? Pourquoi le choix de ce sport plutôt qu’un autre ?

Cette préférence tient au caractère très indécis du biathlon. Il y a une bivalence entre le caractère physique et violent du ski et le calme, la précision, le sang froid que requiert le tir. De plus, c’est un sport en confrontation directe qui entraîne de nombreux retournements de situation, ce qui est agréable à commenter. Enfin, comme le physique n’est pas suffisant pour gagner dans le biathlon, cela permet à des skieurs qui n’étaient pas dans les favoris de se retrouver aux premières places, les cartes sont redistribuées sans cesse.
Vous êtes un spécialiste du biathlon, mais est-ce difficile de commenter devant un public très large et hétéroclite ?
Dans mes commentaires, j’essaye toujours de penser aux différents publics : les novices qui découvrent la discipline et les passionnés qui en connaissent déjà beaucoup et qui attendent des statistiques, des infos plus précises …
Un poste à la télévision comme commentateur vous intéresserait-il ?
Oui, forcément, cela fait rêver, mais les équipes actuelles sont complètes et de très bonne qualité.
Êtes-vous amené à commenter d’autres sports ?

Je commente des épreuves de trail, de ski de fond et de cyclisme (la Haute route, épreuve cyclosportive qui relie Genève à Nice). De plus, j’ai commenté les épreuves de ski de fond des JO 2014 à Sotchi et les championnats du monde d’aviron en 2015. Et je suis parfois présent sur des épreuves de ski à roulettes.
Justement, face aux aléas climatiques, le biathlon ne risque-t-il pas, à plus ou moins long terme, de devenir dépendant du ski-roues ?
Effectivement, le biathlon et le ski de fond ne peuvent se dérouler qu’en altitude basse ou moyenne. Ce sont donc les premiers sports touchés par le réchauffement climatique et le manque de neige ; il est donc difficile de trouver des sites enneigés, en particulier au début de la saison. A terme, la saison de ski-roues pourrait devenir plus longue que la saison hivernale.
Quelles différences voyez-vous entre commenter du biathlon et commenter du ski-roues ?
Il n’y en a pas vraiment au niveau de la technique de course (la vitesse de déplacement est sensiblement la même que l’hiver et les formats de course identiques) mais plutôt dans l’ambiance. Les épreuves du Summer Tour, en ski-roues, où sont présents les athlètes de Coupe du monde, présentent moins d’enjeu. Il n’y a généralement pas de sélection en jeu, et les athlètes sont encore dans une phase de préparation: par conséquent ils sont moins obnubilés par le résultat et donc plus détendus.
Parlons maintenant de ces JO 2014… Vous avez donc eu la chance d’être le speaker de voix française des épreuves de ski de fond. Que retenez-vous de cette expérience ?

Oui, c’était un grand honneur ! De plus, comme le français est la langue olympique, j’étais le premier speaker à parler lors des remises de médailles aux athlètes. Et puis évidemment commenter la médaille de bronze du relais français a été une grande émotion. Vivre cet événement de l’intérieur restera un très grand moment dans ma vie professionnelle. J’ai notamment aussi pu assister à beaucoup d’autres épreuves comme le biathlon car le stade était juste en dessous du site de ski de fond, mais aussi du combiné nordique, de la finale du ski-cross masculin où les Français ont réalisé un triplé historique !
Avez-vous eu l’occasion de rencontrer des personnalités à cette occasion ?
J’ai pu rencontrer l’ex-ministre des Sports, Valérie Fourneyron, ainsi que Thomas Bach, le président du CIO et Sarah Lewis, secrétaire générale de la FIS.
Vous avez donc connu le plus grand événement sportif mondial… Quand vous revenez commenter le circuit national ou des manches de jeunes, avez-vous les mêmes sensations ?
Oui, car cela reste des courses avec un certain nombre d’athlètes au départ, tous en quête de la victoire. Certes, il y a peu être un peu moins de pression, mais je me dois de respecter autant un concurrent U16 (moins de 16 ans) qu’un leader mondial.
Lors des manches du circuit national, vous côtoyez beaucoup de membres de la jeune génération. Voyez-vous déjà parmi eux un successeur à Martin Fourcade ou à Marie Dorin-Habert ?

Sans parler des seniors chez les garçons, plusieurs jeunes se détachent : Emilien Claude, le petit frère de Florent et de Fabien, Martin Bourgeois-République qui vient de remporter le titre mondial en junior. Chez les filles, on fonde de grands espoirs sur Lou Jeanmonnod et Camille Bened. Et puis des filles comme Sophie Chauveau, Paula Botet sont capables de belles choses. Mais il faut se méfier de ces pronostics, car une carrière est loin d’être linéaire. Les projections peuvent se révéler fausses. C’est ce qui rend le suivi du biathlon intéressant : tous les ans, certains qu’on n’attendait pas vont éclore, et inversement…Il y en a qui franchissent des caps, d’autres dont le niveau va plafonner…
Un dernier mot ?
J’invite tous les passionnés à lire le tout premier numéro de Biathlon magazine 😉 et à vous rendre sur les différents événements nationaux où les coupes du monde et championnats du monde de biathlon que ce soit l’été ou l’hiver, pour être au contact des champions qui représentent la France brillament toute la saison d’hiver. Vous passerez un excellent moment croyez-moi.
Interview réalisée grâce aux questions des passionnés de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Nicolas faure
Site internet de Thomas Bray https://www.tscom.fr
*fédération française de ski
=> Suivre l’actu nordique de la fédération française de ski
Altitude biathlon : Vous venez tout juste d’avoir 30 ans et avez mis un terme à votre carrière sportive il y a environ 5 ans, où en êtes vous depuis ?
Marie-Laure Brunet : Après ma retraite sportive, il y a eu une première année où ça a été plutôt une sorte de rééducation. Un peu comme un athlète qui se blesse et qui va essayer de reprendre ses repères. Ce fût un peu la même chose pour moi après cet arrêt de carrière de sportive de haut niveau. Il a fallu me redécouvrir en dehors d’un univers que je connaissais et que je maîtrisais totalement depuis plus de 10 ans. C’est cette première étape qui m’a menée à me dire « de quoi ai-je vraiment envie et quel sens je vais donner à ce deuxième chapitre de ma vie ? ». Ensuite, vu que la vie est bien faite et qu’il y a eu des rencontres, j’ai envisagé, petit à petit, de faire du coaching. J’ai donc commencé par donner des conférences en entreprise, parce que je sentais que juste par le simple témoignage je pouvais toucher l’auditoire et faire écho auprès des participants.
Ça a été vraiment comme une révélation pour moi, de me dire qu’en parlant de mon histoire, de mon cheminement, les gens vont aussi pouvoir retirer certains enseignements ou certaines pistes de réflexions pour eux.
Ensuite je me suis rendue compte que cela ne suffisait pas, que c’était bien d’avoir des pistes de réflexion et d’amorcer une démarche, mais qu’il fallait aller au bout, être accompagné dans cette démarche.
Je me suis donc fait coacher et fait suivre par une psychologue que ce soit pendant ma carrière ou après. Je me suis formée à l’accompagnement mental.
Pendant plus de 2 ans et demi j’ai suivi une formation à l’INSEP à Paris, dans le module de formation EMA (Executive Master Accompagnateur des acteurs du sport de haut niveau), qui est avant tout un travail de développement personnel et qui m’a permis de faire de tri et d’être au clair avec moi-même, tout en intégrant les techniques et les outils d’accompagnement.
En parallèle à cette formation j’étais salariée dans une société à Lyon, chez Gel Group, qui est aussi sponsor du Team Jobstation Rossignol et dans laquelle j’assurais la conduite du changement auprès des équipes. C’était super de pouvoir intégrer le milieu de l’entreprise parce que c’était vraiment une volonté de ma part de découvrir cet univers tout en développement des aptitudes d’accompagnatrice, de coach.
Ensuite à l’automne 2017, j’ai quitté le salaria pour monter ma propre structure, et aujourd’hui j’ai deux champs d’activité : une partie coaching, individuelle ou d’équipe en entreprise et dans le sport de haut niveau, et une partie qui est plus sur le partage d’expérience à travers de conférence et de Team building.
Je me sers vraiment du biathlon comme un outil pédagogique, à la fois de cohésion d’équipe mais aussi de mise en lumière des compétences individuelles et collectives.
Apportez-vous aussi votre expertise auprès de biathlètes ?
Ceux qui viennent me solliciter oui. C’est une expertise avec la démarche d’un coach, c’est à dire que je ne suis pas dans le conseil mais dans le fait de découvrir ensemble les propres ressources du sportif afin qu’il atteigne son objectif.

Est-ce que lors de vos compétitions vous utilisiez les techniques de préparation mentale que vous proposez aujourd’hui ?
La chance que j’ai eu avec la formation que j’ai faite et qui a durée assez longtemps, fût de pouvoir faire tout ce travail d’introspection par rapport à ce que j’avais pu mettre en place de façon intuitive au cours de ma carrière. Je me suis rendu compte que j’avais mis en place plein de techniques que je m’étais moi-même créées mais qui étaient plus ou moins inconscientes et pas vraiment modélisées. J’avais créé mes propres outils, comme la visualisation, la pensée positive, poser des intentions… aujourd’hui je les rends plus concrètes.
Faire les choses en conscience, c’est plus durable dans le temps et c’est le coeur de mon travail. Mettre en conscience les compétences des personnes, parce qu’on fait tous des choses très bien mais on n’en n’a pas forcément conscience.
En terme de préparation mentale, de gestion des émotions, comment vous gériez le moment sur le pas de tir ?
Alors, le tir c’était avant tout un jeu pour moi. C’était un parti pris, mais j’ai toujours opté sur le fait qu’il faut jouer et que je faisais du biathlon parce que ça m’amusait. Du coup, quand j’arrivais sur le pas de tir, je n’avais pas la peur au ventre et ça je pense que ce n’est pas le cas de tous les biathlètes. Bien-sûr tout le monde sait tirer, grosso-modo sur un niveau coupe du monde tout le monde à la technique pour bien tirer, par contre la différence elle se fait sur le mental. Il faut avoir beaucoup de détermination à mettre les balles, il faut vraiment être très impliqué mentalement tout en étant vraiment concentré sur la technique, sur le « comment » plutôt que le résultat. L’enjeu il est là dans le biathlon, quand on arrive sur le pas de tir c’est déjà passer en mode tireur…oui il y a un chrono qui tourne, on se bat aussi contre le chrono mais il faut trouver le juste équilibre entre mettre toutes les balles et aller vite. C’est donc arriver à rester dans ses marques malgré le chrono qui tourne et l’enjeu de la course. Quand j’arrivais sur le pas de tir, j’étais très concentrée, je savais ce que j’avais à faire pour mettre les balles… Être à 100% pendant 30 secondes, être vraiment présent mentalement.
Et justement quel était votre point fort en biathlon ?
J’ai eu un très bon début de carrière, où j’étais quand même rapide sur les skis, je tirais très bien. Puis ensuite j’ai fait du surentraînement donc c’était plus compliqué sur la fin de ma carrière pour vraiment élever mon niveau sur les skis, par contre derrière la carabine c’est sûr que pendant des années j’étais la meilleure du circuit homme et femme avec les meilleurs statistiques. J’avais cette régularité mentale et cette approche du tir qui était mon gros atout dans la discipline.
Avec le recul, avez-vous des regrets concernant votre carrière de sportive ?
Franchement je ne suis pas trop du genre à regretter des choses. Quand je fais des choix dans ma vie, c’est parce que je les sens et je vais vraiment au bout de ma démarche. Vu que je suis quelqu’un d’entière et de passionnée, je fais vraiment les choses avec le cœur et quand j’y vais, j’y vais à fond. À partir du moment où je vais au bout de ma démarche, il n’y a pas de regrets. Ma carrière est ce qu’elle est, c’est sûr que j’avais des ambitions qui étaient plus élevées que ce que j’ai réussi à faire. J’aurai adoré jouer et gagner le classement général de la coupe du monde, et c’est sûr que mon état physique des dernières années ne m’a pas permis de le jouer alors que pour le coup j’avais le mental pour le faire, mais c’est plus compliqué sans la « caisse » … Après j’ai aussi fait des choix où très tôt j’ai couru toutes les compétitions et j’ai beaucoup donné, je m’entraînais assez dur donc c’est sûr que le surentraînement n’est pas arrivé par hasard. Les périodes difficiles de ma carrière m’ont beaucoup appris et aujourd’hui je peux vivre aussi une vie pleine et plutôt joyeuse parce que je suis passée par ces moments là.
Cette reconversion c’était une nouvelle vie et c’est votre carrière qui fait ce que vous êtes aujourd’hui ?
Oui carrément ! Ça fait partie de ma construction. J’essaie vraiment de me servir de tout ce que j’ai pu vivre et apprendre au cours de ma carrière sportive pour aujourd’hui donner du sens à ce que je fais. Les émotions vécues dans le sport de haut niveau sont tellement exceptionnelles. J’aurai plein de bonnes émotions dans ma vie, mais celles-là elles ont été uniques. Maintenant la suite est longue encore, il faut trouver des choses qui font sens et c’est grâce à l’analyse que j’ai faite de ma carrière que j’ai pu donner un nouvel élan à ma vie de femme et ma vie professionnelle.
Quel est votre meilleur souvenir en biathlon ?
Les JO de Vancouver !! J’ai touché du doigt un rêve de gamine. Là oui…le dernier tour de la poursuite où je sais que je vais être médaillée… ça fait vraiment plaisir. Ce n’est pas comme le sprint où il faut attendre que le dernier arrive… J’ai savouré mon dernier tour et je faisais des grands sourires parce que que je savais ce qui était en train de se passer, là c’était grandiose !
J’ai eu aussi eu de très belles émotions par équipe. Et aujourd’hui quand je repense à l’équipe, à tout ce que l’on a vécu, au delà des podiums, des réussites, même si des fois c’était compliqué de vivre en équipe avec des personnes que l’on n’a pas choisi. Quand j’y pense, il y a que le bon qui reste et ça me met le sourire à chaque fois que je me replonge dans les souvenirs. Je repense aux filles, surtout celles avec lesquelles j’ai passé le plus de temps…on est toujours en contact, on est amies, c’est chouette.

Quel regard portez vous sur l’avenir du biathlon ?
Ce qui me fait plaisir c’est qu’actuellement il y a vraiment deux belles équipes; l’équipe hommes et l’équipe femmes, qui forment une vraie et belle équipe de France. Sur les douze athlètes qui sont alignés sur cette coupe du monde, ils ont tous leur chance d’être sur le podium cet hiver. Cela n’a pas toujours été le cas.
Donc là je suis positive et les années qui arrivent vont être belles je pense. Après j’espère que tout le monde fait le nécessaire pour que les jeunes qui arrivent aient aussi tous les moyens pour qu’ils atteignent leur projets sportifs. Là dessus j’ai moins de regard car je n’entraîne pas, je ne vois pas ce qui se passe dans les comités, mais je pense que ce serait une erreur de tout miser sur ceux qui portent le flambeau actuellement. Ce sont des enjeux de la fédération afin que la politique sportive commence dès les clubs pour remonter jusqu’en équipe de France. Mon opinion est qu’il ne faut mettre tous les moyens sur la « vitrine ».
Et concernant la préparation mentale dans le sport en général ? On a lu dernièrement les propos de Yannick Noah qui souhaite apporter un nouveau souffle au sein de son sport, notamment avec un projet d’accompagnement et préparation mentale, qu’en pensez-vous ?
Je pense que c’est important qu’il y ait un accompagnement mental sérieux qui soit mis en place. Que cela fasse partie intégrante de la politique sportive et que cela ne soit pas les athlètes qui en cachette aillent démarcher des personnes pour combler des lacunes ou des besoins particuliers. Les entraîneurs sont les premières personnes qui sont dans le cercle proche de l’athlète, donc ces personnes là doivent être formées avec des outils de communication, de management… pour moi c’est la base, ça doit faire partie de leur formation. Après ils ont une position délicate, ils n’accompagneront pas l’athlète sur tous les sujets, mais déjà à travers des modes de communication, la façon de s’adresser et de traiter les athlètes, cela à une énorme influence sur son développement et sa performance à mon avis.
Aujourd’hui, je fais un peu d’accompagnement avec des athlètes qui ne souhaitent pas en parler à leur entraîneur et puis d’autres avec qui je peux échanger ouvertement avec leurs entraîneurs et du coup il y a vraiment une cohérence entre ce que nous mettons en lumière pendant les séances de coaching et ce qui peut être mis en place sur le terrain, c’est une vraie plue value à l’accompagnement. Je préfère travailler comme cela, c’est plus sain. Chacun reste à sa place, c’est à dire que le coach mental n’est pas là pour prendre la lumière, mais pour servir le projet de l’athlète, pour le mettre dans les meilleures dispositions pour réussir sa performance. Le but en coaching mental c’est de travailler sur une partie et de déléguer notamment lorsqu’il y a des blocages plus profonds, et que nécessite en fonction des problématiques une vraie prise en charge psychologique ou diététique par exemple. Être coach mental, c’est le temps d’une mission, c’est juste une petite partie du travail, cela ne va pas interférer avec ce que dit l’entraîneur. Chacun doit rester à sa place pour laisser place à d’éventuelles synergies qui vont être encore plus importantes et plus bénéfiques pour l’athlète.

Je pense qu’aujourd’hui ça bouge, ça va vraiment dans le bon sens. Il y a certes encore des entraîneurs qui sont un peu à la traîne et pensent que tous les coach mentaux sont des charlatans ou qui on peur que ça mette le « bazar » dans leur travail. C’est un peu réducteur mais effectivement dans les personnes qui font du coaching il y a vraiment de tout donc il faut savoir aller vers les bonnes personnes. Ce que j’apprécie c’est que depuis quelques années à la fédération, il y a une liste qui existe avec des référents en coaching. Donc les athlètes et les entraîneurs ont accès à cette liste Ce sont des personnes qui ont passé un entretien et qui ne sont pas là pas nuire. Le coaching soit ça fait du bien, ou au pire il n’y a rien qui se passe mais normalement ça ne doit pas faire de mal.
Est-ce que vous continuez toujours le biathlon ?
Je continue le ski de fond oui mais par contre je ne tir plus parce que je n’ai pas vraiment l’occasion et c’est un peu long. Dès que j’ai un peu de temps je préfère faire du cardio. Quand je reprends la carabine ça m’amuse bien quand même, c’est comme le vélo ça ne se perd pas. L’alpinisme est une autre de mes passion et ce depuis que je suis petite. Durant ma carrière j’avais mis ça entre parenthèse car je sentais que je serai happée par ça, donc j’ai préféré la refouler. Aujourd’hui, j’essaie vraiment de m’éclater là-dedans et de faire plus de haute montagne.

Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Loréline CHAMP
Retrouvez Marie Laure Brunet sur son site : https://www.marielaurebrunet.com
Altitude biathlon : Pouvez-vous me présenter votre parcours ? À quel âge avez-vous débuté le ski de fond, puis le biathlon ? Entrée en équipe de France ? Puis parcours en équipe de France ?
Sandrine Bailly : J’ai débuté le ski de fond dès que j’ai pu tenir dessus, vers 3/4ans. Mon père était fondeur et c’est donc tout naturellement que j’ai intégré le club de ski du Valromey retord….De là, entrainements, puis compétitions ce sont succédés…. J’ai intégré la section sportive au lycée à Nantua où j’ai rencontré Pascal Etienne. J’ai essayé le tir et durant une courte période, j’ai associé biathlon et fond spécial, pour faire un choix et me tourner exclusivement vers le biathlon.
Ensuite, j’ai eu la chance d’être présente au moment où la fédération française de ski constituait un gros groupe « junior » en équipe de France avec Christophe Vassalo aux manettes. J’ai commencé par des coupes d’Europe (IBU cup) tout en menant de front ma scolarité au lycée.
Après avoir rempli les critères pour monter en Coupe du monde, j’ai rejoins le circuit à 20 ans, ainsi que l’équipe de France militaire de ski. Puis j’ai gagné ma première coupe du monde à 21 ans et tout s’est enchainé de façon progressive pendant ces 10 années passées en coupe du Monde.
Vous êtes multimédaillée, aux J.O en relais (à Turin comme à Vancouver) mais aussi en Coupe du Monde…Vainqueur de la Coupe du monde 2005 avec le Gros Globe en poche…..Quelle victoire est selon vous la plus belle ?
Mon rêve n’a jamais été Olympique même si j’ai conscience de peut être choquer en disant cela. Néanmoins, les 2 médailles obtenues avec les filles m’ont remplies de joie et de soulagement aussi ! Je ne connais pas d’histoire d’amour avec les jeux à vrai dire. Ce fut les moments les plus noirs de ma carrière jusqu’aux épreuves de relais.
Par contre, ce qui m’a poussé toutes ces années à me dépasser, à progresser, c’était le rêve d’obtenir un jour le gros globe. C’est donc ma plus belle réussite. Je sais la difficulté de le jouer jusqu’au bout, quand l’enjeux ronge tes nuits alors que les autres « profitent » de la fin de saison. Que tu es seule face à toi même dans cet ultime combat qui va faire basculer ta carrière …. ou pas. Quand on voit Martin Fourcade accumuler les globes, on se dit que c’est facile mais à chaque fois, pour lui aussi, c’est un combat de longue haleine et je crois que l’on en prend la mesure aujourd’hui qu’il ne porte plus le maillot jaune de leader !
Avez-vous une anecdote rigolote à partager sur votre carrière ?
Sandrine Bailly : J’ai deux anecdotes qui peuvent être rigolotes… Quoi que l’une d’elles peut aussi interroger (rires).
La première anecdote, c’est un souci de couture sur la combinaison de l’équipe de France de l’époque. Les coutures étaient thermocollées et un jour, à Oberhof, alors que je m’apprêtais à chausser les skis, je voyais les gens rigoler dans mon dos … jusqu’à ce que je comprenne que j’avais un trou à l’arrière. Heureusement, il faisait froid ce jour-là et j’avais mis un collant fin sous la combinaison…J’ai quand même fait toute la course comme ça, tir couché et debout inclus !!
La seconde anecdote, encore à Oberhof, où le biathlon est roi depuis des années maintenant. Bref une fan m’interpelle pour me montrer un énorme tatouage sur son épaule avec ma signature et un dragon bleu blanc rouge gravé. J’ai eu un peu peur quand même… et j’espère qu’elle ne regrette pas trop son geste maintenant !
Entre aujourd’hui et les années 2000/2010, qu’est-ce qui a changé sur le biathlon ? En France mais aussi sur la planète biathlon ?
En France, le gros changement c’est l’ouverture au grand public avec la diffusion des épreuves en direct sur une chaine gratuite. Ca change la notoriété et les attentes du public à l’égard des sportifs.
Sur la planète biathlon en général : Le changement tient aux réseaux sociaux, assurant le lien quasi direct avec les fans, les médias, les sponsors….cela permet de montrer qui se cache derrière le bonnet et les lunettes (avant, on n’avait du mal à se débarrasser d’une étiquette collée sur nous en début de carrière). Il est plus facile aussi de transmettre l’actualité avec ses mots et son ressenti. C’est aussi à double tranchant car il faut parfois gérer la bêtise, la méchanceté et le jugement de certains. C’est aussi chronophage je pense et il faut être intelligent dans sa façon de faire, savoir garder son jardin secret et sa part de mystère.
Auparavant en coupe du Monde, notamment chez les filles, il y avait une grosse domination des équipes Allemandes, Russes et Norvégiennes. C’est moins le cas maintenant, on va plus avoir des individualités de chaque nation capable d’être devant.
Les camions de fartage, c’est aussi une grosse avancée en terme de santé au travail pour les techniciens et un gain de temps précieux.
De manière général, ce sport se professionnalise et se perfectionne chaque année mais pour un biathlète, le but est toujours le même : skier vite et tirer dans le noir. Simple quoi !
Pourquoi des champions en biathlon et si peu en fond spécial (ski nordique) à votre avis ?
Question difficile ! La rivalité en fond spécial est peut être plus dense. Les podiums sont trustés par les nations nordiques qui disposent d’une dizaine d’athlètes avec un fort niveau. En biathlon, il y a deux paramètres, le tir et le ski. C’est plus ouvert, il existe beaucoup d’épreuves (sprint-poursuite-individuelle-mass-start-relais simple-relais mixte). On a plus d’occasions de briller.
Mais le tableau n’est pas sombre puisque il y a aussi beaucoup de podiums en fond, aux JO de Pyeongchang par exemple, ou encore à Davos il y a peu. Les barrières psychologiques sont tombées depuis qu’un certain Vincent Vittoz à montré la voie en gagnant !
Comment gérer son après carrière de sportive de haut niveau ?
Mon arrêt de carrière était muri et réfléchi. Au début, j’étais hyperactive, avec plein de projets. Je m’étais engagée dans Annecy 2018, j’étais consultante tous les week-end sur Eurosport et dans l’émission fraîchement créé « hors piste ». J’intervenais dans des entreprises avec de jeunes recrues pour un partage d’expérience, j’ai ouvert un magasin de sport Odlo à Pontarlier. Nous avons construit notre maison et fondé une famille…
Quand je fus enceinte de ma 2ème fille, j’ai ressenti le besoin de me recentrer et de calmer le jeu.
Ma priorité, c’est ma famille, mes filles et désormais, je privilégie les projets qui me laissent du temps pour vivre aussi ma vie de famille.
A ce sujet, quand on est la fille de Sandrine Bailly, a-t-on le droit de faire de la danse (rires) ?
Oh ouii. On a surtout le droit de s’amuser. Ma grande fait de la gym, elle s’éclate, surtout quand le gala est artistique ! Elle fait aussi du ski de fond au club de l’ASOP mais pas du tout dans une dynamique de compétition, elle se moque pas mal de ça pour l’instant.
Quand à la petite qui aime bouger son popotin, elle essaiera la danse à la rentrée prochaine.
Ma seule volonté est que mes filles soient bien dans leurs pompes, qu’elles se sentent bien à faire partie d’un ou de plusieurs groupes, qu’elles apprennent l’effort et la récompense.
A chaque individu son chemin, celui de leur mère a été le biathlon à un moment, il n’y a pas d’obligation de le suivre mais une grande obligation de trouver sa propre voie !!!

Tu travailles comme consultante aujourd’hui… Nous débutons cet hiver un nouveau modèle de communication grâce à Nicolas Termier, avec des amateurs de biathlon qui interrogent des anciens champions, des champions en activité, des techniciens…Qu’en penses-tu ? Y a-t-il des sujets tabous ?
Non, il n’y a pas de sujets taboos. On peut parler librement de tout, dopage y compris … J’aime le projet de Nicolas car les personnes qui réalisent les interviews sont des passionnés de biathlon et posent les questions qui ne sont pas traitées habituellement. Si on prend le sujet du manque de moyen dans le ski en France par exemple, qui est un sujet fréquemment abordé, l’interview de Grégoire Deschamps ou de Sieg (Siegfried Mazet) est vraiment intéressante. Siegfried explique parfaitement les différences entre le modèle Norvégiens par exemple et le modèle français. Et nous n’avons pas à les envier je trouve. Et comme le dit Grégoire, le camion de fartage de l’équipe de France est le plus gros et le plus abouti de toutes les nations. On nous envie ce camion. Alors il est vrai que les moyens ne sont pas démesurés, mais ils nous permettent d’être dans le coup.
Mais Martin a dit en début de saison que les moyens n’étaient pas suffisants, que les conditions de travail en équipe de France de biathlon n’étaient pas satisfaisantes…Le coach de tir de l’équipe masculine (Patrick Favre) a dû aller acheter des pâtes en Italie par exemple, les budgets sont très restreints pour organiser des stages…Qu’en penses-tu ?
Sur la question de l’alimentation, je partage le point de vue de Martin. La diététique est à revoir et les moyens manquent. Idem pour les soins. Il manque des kinés par exemple… Mais pour le reste, on n’est pas à plaindre. Je pense que nous ne sommes pas obligés d’aller loin pour faire des stages de qualité. Nous avons en France les infrastructures pour travailler l’été et l’automne et préparer convenablement l’hiver.
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Guillaume TROLONG-BAILLY
Retrouvez toute l’actualité de Sandrine Bailly sur son site : http://www.sandrinebailly.com
Photos avec l’aimable autorisation de Sandrine Bailly
Altitude biathlon : Dans les années 90, au moment où tu étais en sport études, le biathlon était moins populaire qu’aujourd’hui, qu’est-ce qui t’a donné envie de t’orienter vers le biathlon, et à quel moment s’est fait le déclic ? Vincent Defrasne : Par rapport à la moyenne d’âge des biathlètes ça s’est fait un peu plus tard, même si j’ai commencé le ski de fond tout petit. Je suis né à Pontarlier dans le Doubs, c’est une région où il y a beaucoup de ski nordique. J’étais dans une famille de skieurs donc j’ai découvert le ski de fond vraiment tout jeune. J’en ai vite fait beaucoup et j’ai tout de suite fait des compétitions très jeune. Je suis allé aux JO d’Albertville en 1992 pour supporter Hervé Balland, regarder les fondeurs norvégiens, mais je ne m’intéressais pas du tout au biathlon jusqu’à ce que j’arrive en section Sport études de Pontarlier. La rencontre avec le biathlon s’est faite à ce moment-là au lycée Xavier Marmier. J’étais totalement investi dans le ski de fond, j’avais plutôt un bon niveau : j’étais 4ème français en catégorie junior. Et puis là j’ai découvert le biathlon, au tout début de ces 4 années années passées en catégorie junior, parce qu’il y avait dans la même section de sport études ski de fond et biathlon. C’est là que ça m’a tout simplement donné envie d’essayer. L’entraîneur du biathlon, qui s’appelait Laurent Monnier, m’a pris au mot en me disant « allez viens, on va au stand de tir demain matin ». Et c’était parti ! Ce qui m’a vraiment plu c’était le côté double activité sportive. Même si j’adorais le ski de fond, j’ai trouvé que c’était encore plus complet, encore plus riche. Et aussi la super ambiance ! Les champions de l’époque qui étaient jurassiens (Patrice Bailly Salins ou Stéphane Bouthiaux) m’ont super vite très bien accueilli dans l’équipe du Jura. Ça m’a vraiment donné envie de me lancer dans le biathlon, comme l’était l’intérêt pour le mix du tir et du ski.
=> lire l’interview de Stéphane Bouthiaux
Raconte-nous ce que tu fais depuis l’arrêt de ta carrière sportive ?
J’ai arrêté après les jeux de Vancouver en 2010, et depuis j’ai eu deux activités très différentes l’une de l’autre. J’ai travaillé pour le Comité International Olympique (CIO) à Lausanne, et en parallèle, j’ai pris la direction de la Fondation d’entreprise Somfy. Ce poste ce n’est pas de l’engagement sportif, ni du sponsoring, mais c’est l’engagement citoyen et social dans le domaine de la lutte contre le mal logement.
Chronologiquement et dans les grands lignes : en 2010 j’ai arrêté le biathlon, j’ai tout de suite fait une année à temps plein au CIO à Lausanne pour découvrir cet univers, j’ai été accueilli dans le cadre de ma reconversion pendant une année, en travaillant pour les JO de Londres, et pour ceux de la jeunesse.
Pendant un an j’ai découvert le CIO, son activité, son action, et ça a été passionnant. Je suis passé par trois départements clefs du CIO : le département des Jeux Olympiques, qui organise vraiment les JO, le département des sports, qui gère la partie sportive des JO et du CIO, et puis le département qui est en lien avec les deux cent cinq comités nationaux olympiques, qui sont un peu partout et qui participent aux Jeux. J’ai pris en 2011 le rôle de coordinateur du programme des athlètes modèles, un programme impliquant des anciens champions lors des JO de la jeunesse pour aider les jeunes athlètes à préparer leur carrière, à être sensibilisés à certaines problématiques qui touchent les athlètes. Dans le même temps je discutais avec Somfy, et ce depuis plusieurs années, de ma reconversion. Somfy a été mon partenaire de 2005 à 2010, j’étais, comme Martin Fourcade et d’autres biathlètes, soutenu et sponsorisé par Somfy. J’avais une idée dans les grandes lignes de ma reconversion, je voulais quelque chose qui soit tourné vers les autres et Somfy me disait à ce moment-là qu’eux aussi avait cette idée via leur Fondation qui était déjà créée mais qui tâtonnait un peu. Ils avaient besoin de quelqu’un pour s’en occuper. C’est pour ça qu’ils m’ont proposé de prendre le projet. C’était existant juridiquement, il y avait quelques actions disparates, mais les gens qui en avaient la charge n’avaient pas beaucoup de temps à lui consacrer donc ça piétinait un peu. Je suis presque parti de la feuille blanche. De 2011 à 2016, j’ai donc mené deux activités simultanément avec le CIO et Somfy. Je partageais ma semaine en deux, ou en quinze parfois, c’était très intense et passionnant mais au bout d’un moment j’ai voulu et j’ai dû faire un choix en 2016 parce l’agenda devenait compliqué, entre les deux univers très différents et très exigeants. Depuis je me focalise professionnellement sur mon poste de directeur de la Fondation Somfy, qui est mon job à temps plein. La vocation de la fondation Somfy est de s’engager auprès des personnes qui souffrent de situation de mal logement, c’est à dire les gens qui sont à la rue, qui ne sont carrément pas logés, ou alors ceux qui sont logés, mais mal. La thématique de la Fondation se résume avec cette phrase : « Mieux Habiter Ensemble ». (ndlr : https://www.fondation-somfy.com/et parmi les projets, la plateforme de crowfunding solidaire, parrainée par Martin Fourcade : http://www.lespetitespierres.org/)
Du côté du CIO, ou du moins du sport, je fais des missions très ponctuelles sur des sujets précis.
Est-ce que tu avais déjà une disposition à l’altruisme, est ce que tu étais sensible aux problématiques sociales ou environnementales, depuis longtemps ? Voire même engagé bénévolement ?
Sensible, et un peu sensibilisé, oui. J’ai toujours été, comme de nombreux athlètes, sollicité par des associations pour faire du parrainage, pour intervenir, etc. Et je l’ai fait assez souvent parce que c’est des choses qui me parlent beaucoup, de partager un peu la chance qu’on peut avoir quand on est athlète et qu’on fait ce qu’on aime. Mais j’ai quand même découvert beaucoup de choses depuis que je me suis engagé dans le cadre de la fondation Somfy : le monde du mal logement que je ne connaissais pas du tout. J’étais davantage sensibilisé au combat environnemental pour une planète qui s’abîme, ou qu’on abîme. Ca me parlait, et ça me parle toujours beaucoup. Mais le monde du « très social », via la lutte contre le mal logement, non je ne connaissais pas auparavant.
Est-ce qu’il y a eu une petite phase de blues, ou même de peur entre l’arrêt de ta carrière sportive et la reprise d’un nouvel emploi, même si ça s’est fait très rapidement ?
Oui ça s’est fait assez vite, donc en effet ça s’est plutôt bien passé. Je n’ai pas eu trop de phases de blues, de panique ou de peur. Il y a eu trois ou quatre mois entre la fin de ma carrière et le moment où j’ai commencé au CIO. Ce n’est pas beaucoup mais je dois dire que dès les deux/trois mois écoulés je commençais à piétiner et c’était bien d’avoir la tête occupée à des choses très nouvelles et très demandeuses. Avec ces deux projets, le CIO puis la Fondation, j’ai été très vite occupé et intéressé à ces nouveautés, donc ça m’a beaucoup aidé à bien passer cette phase. Mais j’imagine bien qu’une fin de carrière ça peut ne pas être évident du tout si on n’a pas la tête attirée par d’autres choses.
Est-ce que le biathlon te manque parfois ?
Oui ça me manque, mais pas cruellement je dois dire, ce sont plus les biathlètes qui me manquent. Le biathlon en tant que compétition j’en avais fait vraiment le tour, c’est la raison pour laquelle j’étais au final très à l’aise avec ma décision d’arrêter. La compétition je n’en ai plus envie, ni en biathlon ni dans d’autres sports, c’est une page qui est vraiment tournée pour moi. C’était le bon moment, celui de me consacrer à autre chose, et j’en suis convaincu encore aujourd’hui. Mais c’est vrai que ça me manque donc je suis content de pouvoir côtoyer très régulièrement le biathlon même si c’est complètement différemment. J’ai tellement de gens que j’aime beaucoup, et qui je pense m’aiment aussi beaucoup, et je les vois moins parce que je fais autre chose maintenant. C’est ce qui me manque, ainsi que l’univers du ski globalement, c’est pour ça que je réfléchis à y revenir mais pas du côté compétition…
Peux-tu nous en dire plus, concrètement sur un éventuel projet ?
J’ai envie de réfléchir à des démarches qui permettent aux skieurs d’être plus cohérents sur le plan environnemental, c’est-à-dire de faire du ski tout en préservant la planète, de consommer ce qui doit l’être pour faire du ski de manière plus responsable. Ce sont des choses qui me plaisent en termes d’univers et qui me rapprochent du ski dans l’idée. Ce ne sont pas encore des projets complètement concrets, j’y pense, et puis l’univers du ski et de la montagne c’est quand même une grosse partie de moi.
Depuis l’arrêt de ta carrière, le biathlon a peut-être pas mal changé, qu’est ce qui pour toi aurait le plus évolué ? Pour ce qui est du biathlon en France, je pense que c’est l’aspect médiatique. Il y a eu un grand tournant à partir du moment où la chaîne L’Equipe s’est intéressée au biathlon et a permis d’avoir un accès plus large, même si Eurosport qui sont des amoureux du sport et du biathlon avait déjà ouvert la voie il faut le reconnaître . Force est de constater que maintenant ça attire plus de monde grâce à la chaîne L’Equipe, et sans « dénaturer » la discipline, on n’a pas non plus basculé dans un truc de masse. Ca a changé en termes d’audience télé, mais ça n’a pas dénaturé le lien que les biathlètes et les fans ont à ce sport. Le changement se fait bien, je trouve ça super. Dans d’autres pays c’était déjà très médiatisé, ça a moins évolué qu’en France. Pour moi c’est ça le plus gros changement en France, parce que bien sûr qu’il y a des choses qui évoluent un peu sur les formats de courses, mais cela avait été déjà fait à mon époque (mass start, poursuite, relais mixte). Il y a des nouveautés encore apportées par la fédération internationale (IBU) mais qui sont dans la continuité, qui ne révolutionnent pas tout. Ce sont juste des bonnes adaptations du biathlon sans en changer la nature profonde.

Il y a 10 ans tu t’imaginais que le public qui regardait le biathlon puisse s’élargir à ce point aujourd’hui ?
Honnêtement oui ! Je ne suis pas surpris parce que je sais qu’il y a tous les ingrédients pour faire un beau produit télé, la preuve, ça marche bien. Les gens qui connaissent bien le sport l’apprécient à la télé, et ceux qui connaissent moins peuvent suivre ça de manière très simple.
Que penses-tu de l’arrivée de Vincent Vittoz, que tu as un peu côtoyé, en tant qu’entraîneur du groupe hommes ?
J’ai trouvé que c’était une super nouvelle pour tout le monde. Historiquement les sports d’hiver et le ski nordique ne sont pas des sports ouverts sur l’extérieur. On fonctionnait en vase clos, un peu en silo? Même au sein de la grande famille du ski nordique il y a pas mal de segmentations entre le ski de fond et le biathlon. À mon goût il n’y a pas assez, d’échanges d’informations et de pratiques. J’essayais de le faire de mon temps avec les athlètes que j’aimais beaucoup en ski de fond, et c’est pour ça qu’on s’est côtoyés en ski de fond avec Vincent Vittoz. Je suis sûr que ça va être une belle expérience pour lui et sûrement enrichissante et ça va énormément apporter au biathlon. Même si à mon avis ce n’est pas simple d’adapter des méthodes venues du fond au biathlon, ce sont des cousins mais qui ont leurs spécificités. Et puis « »Toz c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, je suis sûr que pour lui ça devrait être une belle aventure.
=> Lire l’interview de Vincent Vittoz
Je reviens un peu plus sur ton vécu, ta carrière d’athlète. Quel était ton format de course préféré et pourquoi ? C’était la poursuite que j’aimais le plus, et c’est d’ailleurs là que je m’exprimais le mieux, et que j’ai gagné à Turin. Je voyais ça sur une globalité de deux courses, le sprint puis la poursuite, donc c’était un ensemble de deux journées où il fallait être bon. J’avais un bon feeling, ça me convenait bien d’être soit chassé, soit chasseur, sur la poursuite. L’équilibre aussi entre le tir debout et le tir couché, ainsi que les distances me plaisaient. La mass start reste une vraie belle course, très simple, les trente meilleurs qui partent et qui sont sur la ligne de départ en même temps, je trouve ça très top Mais en termes de feeling et de réussite c’était la poursuite pour moi.
Quel est ton meilleur et ton pire souvenir ?
Le pire, même si au final je suis content de l’avoir vécu parce que c’est une expérience qui forge, c’est mon plantage au relais de Vancouver en 2010. Ça a été très très difficile, et je l’ai très mal vécu. Sur le moment c’était vraiment une douleur très intense. Parce que j’ai planté le relais, et qui plus est le relais olympique c’est pas anodin. Je pense qu’on n’aurait pas été bons même si j’avais été correct mais c’est quand même moi qui ai coulé le truc dès le début. J’avais ma petite histoire personnelle avec les relais où j’avais été excellent dans tous les relais importants de ma carrière, sur les JO, sur les championnats du monde, dans tous mes relais de grands évènements. Et là je me suis vraiment troué, et ça m’a fait mal pour l’équipe et pour moi, ça a été très douloureux. Au final ça fait partie de la vie et de ses apprentissages. Il n’y a pas un biathlète qui n’a pas coulé un relais, mais quand c’est aux JO c’est compliqué quoi ! Franchement ça a été une douleur vraiment intense même s’il y a pire dans le monde, ce n’est que du sport, mais pour ma petite vie, ma petite histoire à moi, à ce moment-là ça a été très difficile.Pour le meilleur moment je pense quand même à ma victoire aux JO de Turin. Je n’ai pas gagné seul parce que c’était grâce à tout ce que les gens autour de moi ont fait aux Jeux, en amont ou même des années avant. C’est tellement intense, tellement incroyable, d’être champion olympique, que c’est quand même un moment superbe.
Un autre super souvenir : quand j’étais à Anterselva aux Championnats du monde en 2007, j’ai fait un aller-retour dans la même semaine pour aller voir la naissance de mon premier fils, puis je suis revenu aux Championnats du monde et j’ai pu faire une médaille de bronze le dimanche sur la poursuite. C’était assez rock n roll mais c’était génial !
Et si tu avais eu le choix entre gagner le général de la coupe du monde ou une médaille olympique?
Réponse sûrement bizarre, mais j’ai plus d’estime sportive pour le mec qui gagne la coupe du monde, c’est clair. C’est un niveau confirmé, et reconfirmé à répétition tout l’hiver. Le sport c’est une histoire d’émotions, je n’ai pas eu la chance de réaliser les deux performances, j’ai été champion olympique et ça me va bien aussi. Parce que les Jeux Olympiques, sans qu’on l’explique de manière rationnelle, ça touche beaucoup plus de monde que la coupe du monde ou les championnats du monde, qui ne touchent eux « que » les intéressés et les passionnés du biathlon. Les Jeux Olympiques ça touche presque tout le monde, c’est un événement magique qui dépasse les frontières de chaque sport, gagner
cet événement c’est quelque chose d’incroyable et ça porte pour toute une vie. Donc je suis bien à l’aise avec le côté olympique même si j’ai une estime incroyable pour les gens qui ont gagné le général de la coupe du monde.
De l’extérieur on a l’impression que Martin Fourcade peut avoir un ascendant psychologique sur ses adversaires, que son aspect invincible suffit à les déstabiliser. Est-ce qu’à ton époque c’était le cas pour Ole Einar Bjorndalen ? Etait-ce une pression de se dire que c’était lui ton adversaire ?
Ah oui carrément ! C’était assez comparable même si j’ai l’impression que Martin a encore plus de pouvoir d’impression et d’hégémonie sur les autres athlètes parce qu’il est presque seul. A mon époque il y avait Bjorndalen et Raphaël Poirée. C’était les deux qui avaient une emprise mentale sur les autres parce que c’était les deux monstres, les super forts. Donc quand on se retrouvait face, derrière, ou devant eux, c’était compliqué en effet !
=> Lire l’interview de Raphaël Poirée
Est-ce que c’est ça qui te fait mettre les deux balles dehors sur le dernier tir de la poursuite de Turin?
Non car je ne savais pas que c’était Bjorndalen en deuxième position juste derrière moi, je n’avais pas l’information avant le tir. C’est plutôt la pression de l’événement, et j’ai raté mon tir sur ces deux balles. Par contre quand j’ai vu que c’était lui qui me revenait dessus dans le dernier tour, là je me suis dit « va falloir être stratège, parce que c’est lui ». A un moment j’ai pensé que ça allait être compliqué et que je ferais sûrement deuxième. Et tout de suite je me suis un peu botté les fesses, pas avec la raison mais intuitivement, je me suis dit « c’est n’importe quoi, tu peux gagner, tu te bats comme un fou. Et Bjorndalen ou pas, c’est un mec, et pour l’instant il est encore derrière toi ». Et comme quoi j’ai eu raison parce que j’ai réussi à le faire ! Sans faire de psychologie de comptoir, c’est une belle leçon de se dire que même les gens qu’on estime invincibles ne le sont pas.
Est-ce que tu avais un site préféré sur le circuit de la coupe du monde ?
Oui j’aimais beaucoup Oberhof pour deux raisons : il y avait des longues montées, et ça ça me convenait bien, et la grosse ambiance qui me plaisait. D’ailleurs c’est là-bas que j’ai gagné ma première course de coupe du monde. Et puis j’avais et j’ai toujours un grand copain, Sven Fischer, et il est d’Oberhof. On se faisait des clins d’œil, je lui apportais du fromage, et lui du chocolat, parce que c’était chez lui, ça s’est fait un peu intuitivement comme ça. Et la magie des supporters d’Oberhof ! Ça a été le tout premier site où il y avait une ferveur incroyable, avec des gens qui nous connaissaient tous par notre prénom, qui scandaient notre nom. Ils voyaient juste notre dossard, voire notre style à ski, et ils nous reconnaissaient, donc des très fins connaisseurs, de vrais amoureux du biathlon.
Quelle est la pensée la plus insolite que tu aies pu avoir en arrivant sur un pas de tir ?
Comme tout athlète j’ai eu des courses où je n’ai vraiment pas été bon parce que je n’étais pas à mon affaire, pour X raisons. Je n’ai pas d’exemple concret, ça ne me vient pas en tête, mais des trucs qui n’ont rien à voir du genre « est-ce que la chaudière marche ? ».
Depuis ta retraite sportive, est ce que tu as eu une belle émotion de biathlon, une course qui t’a fait frissonner en tant que spectateur ?
Oui il y en a deux ! Quand Martin a gagné la poursuite des Jeux de Sochi. J’étais allé à Sochi au début de la quinzaine olympique, je devais rentrer pour des impératifs professionnels. Je ne pouvais pas voir la poursuite, et je l’ai vécue dans le métro parisien. Je n’avais pas le choix, j’étais en train de rentrer après l’avion, en transit à Paris dans le RER, et je vivais la course à la radio en écoutant mon téléphone. Ca coupait, ça m’agaçait, j’étais en train de comprendre qu’il allait gagner mais je n’étais pas sûr. J’étais à la fois ultra content pour lui et super dépité de pas pouvoir mieux vivre ce moment-là. Mais c’était quand même un grand moment !
Un autre super moment, c’est quand Quentin Fillon-Maillet a fait le sprint de Ruhpolding, avec Svendsen je crois, en 2015. Super intense, et j’étais super content pour lui qu’il fasse cela. Je me suis surpris à être debout devant ma télé. C’est un gars super et c’était une belle course.
Quels sont tes pronostics pour les vainqueurs, homme et femme, du gros globe cette année ?
Oh la la… Pour les hommes je pense que Martin va continuer sur sa lancée. Je suis fan aussi de Johannes Boe, même si on se connait très peu, je trouve que c’est un très bel athlète. Mais je pense que Martin va le battre. Et puis il y en aura sûrement d’autres à la lutte.
Pour les femmes j’ai moins d’idée mais je verrai bien l’Italienne Wierer revenir, sans que ce soit très factuel (ndlr : interview réalisée avant le début de saison). Elle fait quand même une belle carrière et je ne serais pas surpris qu’à un moment elle repasse le cap des très talentueuses. Ce n’est pas vraiment un pronostic, enfin si, mais sans en être complétement persuadé.
En espoir, masculin ou féminin, français ou étranger, qui verrais-tu au sommet dans quelques années ?
Eh bien Quentin Fillon-Maillet! Je pense que c’est quelqu’un qui peut hausser encore, vraiment de manière plus régulière, son niveau.
Je t’ai entendu parler de ton projet de vie personnel SABA (Sports Aide Business Art), que tu veux parcourir. Quelle sera le contenu cette dernière lettre, ce A final ?
Le A c’est pour l’art, et c’est un peu le tour que j’ai envie de faire avec ces quatre chapitres dans ma vie. L’art je ne sais pas quelle forme ça prendra, mais je ne serais pas surpris que ça soit autour de la guitare. Honnêtement je n’en sais rien mais je suis amoureux transi de la guitare. Je joue, très mal, mais je joue un peu de guitare depuis le lycée, je tourne en rond sur mes dix pauvres chansons que je connais. Ce sera sans prétention, peut-être d’avoir un moment dans ma vie où je joue vraiment très souvent et beaucoup de guitare.
Il fallait demander à Jean-Guillaume Beatrix !
On parle souvent de ça ! On parle plus souvent de guitare que de biathlon d’ailleurs!
Est-ce que la médaille olympique t’a permis de réaliser un rêve de gosse auquel tu n’aurais pas pu accéder autrement, ou ouvert des portes ?
Ça m’a permis plein de choses que je n’avais pas imaginées. Mais plutôt des choses en profondeur. C’est à dire de découvrir le mouvement olympique, je pense que je l’aurais fait quand même mais pas autant. Des rêves de gosses, non pas vraiment, mais des choses assez incroyables, et même surprenantes. Une dame m’a demandé si je pouvais venir lors de l’anniversaire de son mari et sortir du gâteau ! Des trucs assez surprenants et marrants, même si je ne suis pas forcément à l’aise avec ce genre de demande.
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Laura GRUDCHEW
Photos avec l’aimable autorisation de Vincent Defrasne
Altitude biathlon : 12 ans après votre titre olympique (vainqueur du sprint aux JO de Turin 2006), est-ce que la compétition de biathlon vous manque ?
Florence Baverel : Il n’y a pas encore si longtemps que ça, je rêvais encore que je retournais en équipe, que je refaisais des coupes du monde. C’est marrant mais maintenant ça ne me manque pas plus que ça… Avec les enfants on passe à autre chose. Mais oui, j’ai adoré ces années et je n’oublierai jamais tout ça. Par contre je ne peux pas dire que la compétition me manque en tant que telle.
Pratiquez-vous encore la discipline pour le plaisir ?
Quand il y a de la neige près de la maison, je vais encore régulièrement skier. Enfin… de temps en temps, quand je peux 🙂
On vous a pourtant vu il y a peu de temps remporter la course des légendes à Minsk, le frisson est il toujours là ?
Oui, c’est une course très sympa où on ne se prend pas la tête, c’est plus convivial qu’une compétition au sens strict du terme, c’est plaisir avant tout. Je continue à faire un peu de sport mais je n’arriverais plus aujourd’hui à me mettre un objectif. J’aurais trop tendance à vouloir m’entraîner pour revenir au top et aujourd’hui je n’ai plus le temps avec les enfants, avec tout ça …

Florence Baverel en compagnie de l’allemand Sven Fisher (champion olympique 2006)
Avez vous accompli tous vos défis sportifs, nourrissez-vous des regrets ?
J’ai des regrets sur ma gestion de carrière. J’ai l’impression d’avoir perdu plein de temps sur des détails, c’était aussi une période où je n’étais pas forcément très bien dans ma peau… Ma carrière s’est bien finie heureusement, plein de choses se sont mises en place, je me sentais mieux aussi dans la tête.
J’ai quand même l’impression d’avoir perdu du temps au début. Comme tout sportif je peux nourrir des regrets car une carrière n’est pas « rectiligne ». Je reste cependant satisfaite de mon chemin parcouru.
Que pensez-vous de la popularisation du biathlon ? Percevez-vous un changement par rapport à lorsque vous étiez athlète ?
Oui c’est sûr, je suis vraiment contente [de cette meilleure visibilité ndrl.], le biathlon est un super sport ! (rire) Et puis je dirais qu’il était temps !
La France a des supers résultats et ce depuis un petit moment, alors si ça peut aider un peu les athlètes actuels et la fédération française de ski, c’est tout bénéfique. Et puis l’avantage avec le biathlon c’est que la médiatisation des femmes et des hommes à l’écran est presque égale.
Le biathlon à votre époque était moins populaire qu’aujourd’hui, quelles sont les raisons pour lesquelles vous choisi de vous orienter vers cette discipline ?
Je faisais d’abord du ski de fond. Je me suis mise au biathlon assez tardivement et plutôt par proximité géographique que par réel goût pour la discipline. C’était ce qui était proposé dans mon village. Des fois je me dit que si ça avait été du tennis je me serais investie là-dedans ou dans un autre sport. A vrai dire, je n’ai jamais été fan du ski de fond, j’aimais moyennement l’ambiance. Et puis c’est une période où j’avais changé d’orientation scolaire, je n’étais pas dans les meilleures conditions. Mais oui, le biathlon est apparu tardivement dans ma vie. Un jour un entraineur m’a propoé d’essayer le biathlon. J’ai tout de suite accroché, j’ai adoré l’ambiance, j’ai rencontré des gens sympas. L’atmosphère n’avait rien à voir avec celle du ski de fond.
Si vous n’aviez pas été biathlète, vous auriez fait quoi ?
J’aimais beaucoup l’esprit d’équipe du biathlon. J’apprécie d’ailleurs beaucoup les sports collectifs, j’ai même joué un peu au foot en club. Ça me correspond peut être même plus qu’un sport individuel.
Aviez vous une / des sources d’inspiration sportive ?
Non pas vraiment. J’ai toujours été touchée par le côté humain des gens plus que par leurs performances sportives.
Quel était votre format de course préféré et pourquoi ?
Hum… j’hésite. Je dirais le sprint. Je peux me mettre dans ma bulle, sans me poser 10 000 questions. J’avance juste, confrontée à moi-même. Et puis ce n’est pas trop long. En poursuite c’est plus compliqué et la mass start est physiquement très difficile, on est tout de suite confronté aux autres. je dirais aussi que cela dépend de la forme du moment, de l’état d’esprit, des dispositions. J’appréciais également beaucoup les relais. »
Ski de fond ou tir ?
Je dois dire que s’il n’y avait eu que le tir ou que le ski de fond, je n’aurais pas aimé. J’aime le compromis ski-tir : quand l’un ne va pas il faut rebondir dans l’autre. Mentalement, c’est très fort. Il y a un vrai travail de concentration et de maîtrise de soi à mener. Je me faisais plaisir au tir et le côté ludique de ce dernier me plaisait énormément. Ce qu’il y a de bien avec les courses de biathlon c’est que ce n’est jamais terminé. C’est aussi ça qui me plaisait, car cela nécessitait un gros travail mental, pour tenir jusqu’au bout, tenir la montée d’adrénaline. Le tir peut en une seconde redistribuer toutes les cartes. Tout est remis en cause jusqu’à la fin, à chaque moment.

©Nordicfocus
Vous avez pris votre « retraite » sportive en 2007 : comment aborde-t-on l’après carrière ? Que faites vous aujourd’hui ?
Je suis désormais éducatrice sportif dans un centre pour délinquant mineurs. Rien à voir avec le monde du ski, mais j’aime bien c’est sympa. Ici les médailles et le palmarès ne comptent pas. Ces gamins sont tellement embourbés dans leur problèmes que, même s’ils savent que je suis championne olympique, cela ne change rien pour eux. Ce n’est pas non plus là-dessus que je me mets en avant, j’ai tout à recommencer avec eux et c’est aussi sympa. Je leur fait faire quand même un peu de tir de temps en temps.
On vous a également vu dans le rôle de consultante pour des grandes chaînes de télévision retransmettant le biathlon. Comment êtes vous arrivé à ce poste et comment vous êtes-vous formé ? Avez vous pris des cours de journalisme pour poser votre voix, etc. ou vous êtes-vous appuyée majoritairement sur votre bagage technique et sur votre sens de la course ?
Eh bien, quand les athlètes arrêtent ils sont sollicités par les journalistes pour apporter leurs conseils techniques. Au début c’était difficile, je n’osais pas, j’arrivais avec mon accent du Haut-Doubs. J’aurais peut être aimé d’ailleurs être davantage formée à cet exercice car au début je ne me sentais pas forcément à l’aise. Ce n’est pas un exercice évident mais comme on parle de ce que l’on aime et de ce que l’on connaît bien il n’y a pas de souci et puis le journaliste professionnel t’aide. Je me suis dis : arrête de te poser des questions, tu as l’œil, tu remarques des choses sur la piste et ça se passera très bien. Et puis ça me fait toujours plaisir de me retrouver dans ce milieu là, c’est comme si j’y étais encore un peu, il y a toujours ce petit frisson de la compétition. Quand on a goûté au biathlon, on n’en sort plus.
Justement, pour enchainer sur votre rôle de consultante et sur votre regard d’athlète : Dans le groupe de biathlon féminin : Quelle est la « pépite » en devenir qu’il faut suivre cette saison ? Et qui selon vous repartira avec le gros globe de crystal ? Un pronostic ?
Justine a un énorme potentiel mais il y a peut être encore des choses à régler. Quant à la future détentrice du gros globe de cristal, ça reste très ouvert chez les filles… aucune n’est très régulière. Anaïs Bescond a un coup à jouer, et une Française ce serait top ! Ca fait un peu cocorico mais les Françaises ont une belle équipe.

Merci Florence pour votre disponibilité et votre gentillesse
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Louise LE BORGNE
©Laurent Cheviet, ©Nordic focus, ©Lemonde .fr
Peux-tu nous parler de ton parcours ?
J’ai été membre de l’équipe de France de Biathlon pendant 5 ans. J’ai participé à quelques épreuves de Coupe du Monde, j’ai été compétiteur en IBU Cup.
J’ai décidé de mettre fin à ma carrière en 2010. A partir de là, je suis devenu entraineur du Comité du Mont-Blanc, puis entraineur de l’équipe de France en IBU Cup, et depuis cette année, j’entraîne l’équipe de France féminine et je m’occupe du tir. tandis que Fred Jean s’occupe da la partie physique.
=> Lire l’interview de Fred Jean sur ce lien : https://www.altitude-biathlon.com/interview-biathlon-fred-jean/
Après un entrainement ou une compétition, faut-il remettre les « clics » de la carabine à zéro ?
Non ça n’est pas forcément nécessaire étant donné qu’avant chaque séance d’entrainement, les réglages de la carabine sont de nouveau faits … Chaque athlète tire environ 30 balles pour régler sa carabine.
La technique du tir debout est-elle de viser la cible après l’expiration, d’inspirer à nouveau, ce qui fait ressortir le viseur de la cible, d’expirer et de lâcher la balle dès que l’on voit du noir ? Qu’en penses-tu ?
Ça peut être une méthode mais le tir debout, c’est de l’instinct. L’idéal est de bloquer sa respiration, de viser et de tirer.
Un biathlète peut-il changer son schéma de tir ?
Oui, il n’y a pas de règles particulières à ce sujet. On voit des biathlètes commencer par le milieu, d’autres par la droite, d’autres par la gauche…L’objectif est de blanchir les 5 cibles. Chaque athlète fait ensuite comme bon lui semble.
Qu’est-ce qu’il manque à Justine Braisaz pour être régulière au tir ?
Il lui manque de l’expérience. Le biathlon, ça ne s’apprend pas en quelques mois. Justine est encore jeune même si le public l’attend parce qu’elle a déjà eu des bons résultats. Elle progressera encore.

Quelle est la biathlète la plus drôle du groupe ?
Elles sont toutes drôles. Peut-être Enora Latuillière se distingue encore plus des autres (rires).
=> Lire l’interview d’Énora Latuillière sur ce lien : https://www.altitude-biathlon.com/interview-enora-latuilliere-biathlon/
Quelles est la plus bosseuse ?
Elles sont toutes bosseuses. Si on ne bosse pas à ce niveau, ça se voit tout de suite et on ne peut pas prétendre à des résultats de haut niveau. Le biathlon ne laisse pas de place au hasard et à la chance.
Vois-tu une future championne dans le groupe ?
J’aimerais te dire oui. Nous avons une belle équipe, avec un fort potentiel. Tout est possible mais en face, il y a du niveau. Et la saison est longue.
Comment apprendre à abaisser son rythme cardiaque pour être dans les meilleurs dispositions au tir ?
L’objectif n’est pas d’abaisser son rythme cardiaque au tir mais d’apprendre à tirer avec un rythme cardiaque élevé. Bien sûr, les athlètes veillent à calmer le jeu en arrivant sur le pas de tir pour ne pas être trop haut cardiaquement mais le cœur tape quand même … C’est donc là encore l’expérience qui te permet de faire des bons tirs avec un rythme cardiaque élevé.
Peut-on déstabiliser l’adversaire sur le pas de tir en faisant des bruits, des petits gestes … ?
Oui, on peut mais ça doit rester fairplay. Et puis tenter de déstabiliser l’adversaire avant d’avoir tiré, c’est risqué car si tu rates ton tir, tu vas te faire chambrer… La saison de compétitions est fait d’une succession de courses, le milieu du biathlon est un petit monde et si tu adoptes ce genre d’attitude, tu peux vite être catalogué … Il faut rester humble.
Le biathlète entretien-t-il sa carabine seul ou comme pour les skis, y a-t-il un responsable technique dédié à cette tâche ?
Franck Badiou est le responsable armurerie et les biathlètes ont le soutien du staff pour l’entretien du matériel de tir.
=> Lire l’interview de Franck Badiou sur ce lien : https://www.altitude-biathlon.com/interview-franck-badiou-entraineur-de-tir-biathlon/
Les meilleurs biathlètes ont un équipementier pour les skis. Est-ce la même chose pour le tir?
Non. Chaque athlète achète sa carabine. La principale marque est ANSHUTZ. Il y a une marque russe, IZHMASH*, mais il y en a peu sur le circuit …


Les filles ont-elles fait des progrès notables en tir pour cette saison qui arrive ?
J’ai besoin de quelques courses pour évaluer les effets du travail …
Pourquoi du 22 long rifle ?
C’est un petit calibre, précis. C’est sans doute pour ces raisons …
Ton rôle d’entraineur en tir nécessite-t-il aussi de veiller à prévenir les accidents, à faire de la prévention auprès des athlètes ?
On a souvent tendance à oublier que nous avons une arme dans le dos (3,5kg minimum). Je fais souvent des rappels, je préconise aussi un cadenas sur les chargeurs …
Les biathlètes sont ils des fondeurs à l’origine, passés au tir, ou des tireurs passés au ski ?
Pour tous, ce sont d’abord des fondeurs. Mais l’idée que les mauvais fondeurs passent au biathlon n’est pas vraie. Aujourd’hui, on peut choisir dès les petites catégories sa discipline. Et vu le niveau, les biathlètes restent de très bons fondeurs. C’est d’ailleurs très exigeant car il faut être fort en ski, ET en tir. Un bon biathlète doit être complet.

Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Guillaume TROLONG-BAILLY
*Carabine Biathlon 7-4 – IZHMASH – Calibre 22LR-répétition tir rapide-Culasse linéaire. Conçue par le département militaire de BAÏKAL (RUSSE)
Altitude Biathlon : Quel est ton parcours pour aujourd’hui être responsable fartage et responsable des techniciens de la cellule « France » en biathlon ?
Grégoire Deschamps : Je suis responsable fartage et responsable des techniciens depuis 9 ans pour l’équipe de France de biathlon. Mais je travaille pour l’équipe de France de biathlon depuis 14 ans. Ancien fondeur et biathlète, j’ai été compétiteur sur le circuit national, le circuit européen… Je suis donc quelqu’un d’avant tout passionné de ski de fond.
Avant d’être technicien, j’ai été entraineur du Comité de Savoie, de 2005 à 2006. Puis j’ai été techniciens de Vincent Jay et Marie-Laure Brunet entre les Jeux Olympiques de Turin 2006 et ceux de Vancouver en 2010.
As-tu une formation en chimie ?
Non, ce n’est pas nécessaire à notre niveau. Ce sont les marques de fart qui doivent être compétentes sur ces sujets.
Combien de personnes travaillent au sein du service technique de l’équipe de France de biathlon ?
Neuf personnes travaillent au sein du service technique de l’équipe de France de biathlon. Cinq travaillent sur le circuit de la Coupe du monde, deux sur le circuit IBU Cup, et une sur le circuit national. Je suis le seul à travailler au sein de l’équipe à l’année. Je suis aussi responsable du recrutement, de la formation des nouvelles personnes qui travaillent au sein de l’équipe …

©Grégoire Deschamps (2ème en haut en partant de la gauche) et son équipe de techniciens devant le camion de fartage
Peux tu expliquer ce qu’est le fartage ?
Le fartage, c’est utiliser de la chimie pour améliorer la vitesse de déplacement d’un ski sur la neige.
Comment se déroule une année ? L’hiver, fartage et préparation des skis mais quid du printemps et de l’été ?
L’hiver, nous sommes essentiellement occupés à entretenir les skis, farter les multiples paires des coureurs de l’équipe de France, faire des essais de glisse, entretenir l’inventaire et répertorier chaque paire. L’hiver, nous travaillons entre 12 et 13h/jour, 6 jours sur 7. La période Avril/Mai est globalement calme. Le printemps, c’est aussi la période durant laquelle je sélectionne auprès des équipementiers les paires nécessaires à chaque coureur. Chaque coureur a en moyenne une trentaine de paires de skis fournie par son équipementier et chaque saison, je veille à renouveler une dizaine de ces paires. Et comme il y a plusieurs équipementiers, cela me prend un peu de temps 🙂
Pourquoi est-il nécessaire d’avoir autant de skis ?
Chaque paire de skis correspond à un type de neige précis. Chaque paire est répertoriée, pour une neige bien précise. A chaque température de la neige et du taux d’hygrométrie correspond une paire de ski. Et la composition des neiges varie aussi en fonction du secteur géographique. Les neiges rencontrées en Asie par exemple lors des derniers Jeux Olympiques n’ont pas les mêmes caractéristiques qu’en Europe… La tâche est donc complexe et nous travaillons avec les équipementiers pour que des skis soient fabriqués pour répondre à chaque type de neige. Il nous est donc nécessaire d’avoir de nombreuses paires pour parer à toutes éventualités.
Les athlètes équipés par les mêmes équipementiers peuvent ils se prêter les skis ?
Oui. Par exemple, Simon Desthieux et Antonin Guiguonnat ont le même équipementier et une morphologie semblable. Donc, plutôt que de constituer une « housse » d’une trentaine de paires par athlètes, nous constituons un seul et même lot d’une soixantaine de paires pour Simon et Antonin. Les skis sont de moins en moins nominatifs.
Les farts utilisés sont-ils payés par la FFS ou s’agit-il de sponsors privés ?
Les farts sont payés par la fédération française de ski.
Les coureurs ont-ils des exigences ou des « manies » particulières à votre égard ?
Non pas particulièrement. Justine Braisaz aime bien essayer la paire choisie et skier avec un quart d’heure avant que nous la préparions. Mais c’est sans doute un besoin pour elle de reconnaitre le matériel, de se rassurer avant de prendre le départ. Les athlètes font confiance au staff et partent avec les skis que nous leur donnons.

Lors des jours de réussite, on imagine que l’ensemble du staff est heureux et les coureurs mettent d’ailleurs souvent en avant l’implication de l’ensemble du staff, mais les jours de défaite, n’êtes-vous pas la première cible de la contreperformance ?
En cas de problème sur une course, d’une contre-performance d’un athlète, on parlera évidemment des techniciens mais ça fait partie du jeu. Mais l’équipe que nous formons avec les athlètes est saine, et les mauvais jours, on est en lien les uns avec les autres, on échange.
Les budgets des scandinaves et notamment des norvégiens sont bien plus importants que ceux de la fédération française de ski. Est-ce que ce manque d’argent se ressent sur votre champ d’action ? Et si oui, qu’est-ce que les norvégiens ont et que nous n’avons pas ?
Il y a peu d’écart je trouve. Le camion de fartage des français est le plus gros de la coupe du monde. Les autres nations nous l’envient. Nous avons les armes pour nous battre.
Les paires de ski viennent du service « course » des équipementiers. Un amateur peut-il trouver dans le commerce une paire de ski tout aussi performante que celle des skieurs de haut niveau ?
Oui, des marques et notamment les deux marques françaises (Salomon & Rossignol) vendent des skis du service course en showroom, accessibles aux skieurs amateurs. Mais ces skis sont vendus plus chers. Les skis trouvés dans le commerce sont généralement assez polyvalents alors que les skis réservés aux athlètes sont vraiment très typé très spécifiques.
Comment concilier ta vie professionnelle et ta vie de famille ? (Car tu es tout l’hiver sur le circuit de la coupe du monde de biathlon …) ?
En effet, je suis absent une grande partie de l’hiver et la famille doit être prête à cela. Mais en contrepartie, j’ai de longues périodes calmes notamment au printemps. C’est un équilibre à trouver.
Les farts, et notamment les CERA sont très dosés en FLUOR. Ce composé chimique n’est pas écologique. Veillez-vous à utiliser des farts moins fluorés ?
On aimerait bien utiliser des farts moins fluorés mais le fluor reste irremplaçable en termes de performance.
En relais, les biathlètes qui partent en second, troisième ou quatrième peuvent ils changer de skis au dernier moment si les conditions évoluent ?
Lors d’un relais, les skis des athlètes sont choisis et préparés sur l’instant. Lorsque le premier relayeur skie, les skis des autres relayeurs sont en cours de préparation. Nous avons des écrans de télévision dans le camion, nous regardons comment le premier relayeur glisse par rapport aux autres concurrents et on adapte le fartage en fonction.
Passez vous plus de temps sur les skis de Martin que sur ceux des autres biathlètes au vue de son statut et des attentes forte de tous à son sujet ?
Nous accordons peut-être une attention un peu plus forte aux skis de Martin mais il est notre « vitrine ». Et nous sommes très consciencieux et rigoureux auprès de chaque athlète. Pour Martin, Rossignol met le paquet pour qu’il ait à la base de supers skis.
Peux-tu nous décrire l’ambiance d’avant course ?
Il y a un peu de tension dans les phases d’attente mais une fois qu’on est dans l’action, on fonce. On connait notre boulot.
Peux-tu me raconter une anecdote vécue au sein de l’équipe de France ?
En mars 2015, Marie Dorin devient championne du monde de sprint à Kontiolahti. 5 minutes avant son départ, on décide de changer de paire de ski, de farter une nouvelle paire. Elle prend la paire de ski préparée une minute avant de s’élancer. Et elle gagne….
Les athlètes sont ils reconnaissants de votre travail ? Ils vous doivent certaines victoires pas vrai ?
Oui, l’ambiance est vraiment saine et bonne et les athlètes sont reconnaissants. Il y a une belle entente entre nous.
Si demain, je viens comme spectateur d’une manche de la coupe du monde, est-ce que je peux venir visiter le camion fartage de l’équipe de France et prendre une leçon de fartage ?
Nous ne pouvons prendre du temps pour ça car nous travaillons près de 12 heures/jour en hiver. Mais la FFS vend des pack VIP et dans ces packs, il est possible de nous voir travailler dans le camion.
Dernière question : Si je suis skieur amateur et que je veux farter mes skis dans des moyens raisonnables, quels sont tes conseils ?
Je conseillerai d’entretenir les skis régulièrement avec une base hautement fluorée, de ne pas mettre de CERA mais des farts liquides hyperfluorés. Des progrès importants ont été faits sur ces farts liquides qui sont performants et qui s’appliquent facilement, même depuis le coffre de la voiture.
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Guillaume TROLONG-BAILLY
Altitude biathlon : Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu nous parler de ton parcours jusqu’à ton accession à la coupe du monde ?
Émilien Jacquelin : J’ai commencé le ski de fond à l’âge de 5 ans à Villard de Lans sur le plateau du Vercors, puis le biathlon à l’âge de 13-14 ans. Mes 3 frères avaient déjà ouvert la voie. À cette époque-là il y avait des champions comme Raphaël Poirée (lire l’interview de Raphaël Poirée sur ce lien https://www.altitude-biathlon.com/interview-biathlon-raphael-poiree/ ) qui m’ont aussi donné leur passion et l’envie de faire ce sport.
J’ai participé au Festival Olympique de la Jeunesse Européenne où je gagne ma première compétition internationale. Après mes années juniors, j’intègre l’Ibu Cup en 2015-2016. Puis la Coupe du monde en 2017-2018.
Tu reviens de 15 jours de stage à Sjusjøen en Norvège, comment cela s’est passé ?
Très très bien. Après c’est sûr nous avons eu une météo capricieuse, ce ne fût pas les meilleures conditions possibles d’entraînement sur neige mais au niveau du travail que l’on a effectué, tout au long de ces 15 jours, cela c’est super bien passé. Toute l’équipe commence à être prête pour les premières courses, l’ambiance est très bonne, comme elle l’a été tout au long de la préparation. C’est super agréable pour moi de s’entraîner dans des conditions pareilles.

Emilien Jacquelin lors de la poursuite d’Antholz en Janvier 2018. Photo Stéphane Bataille
Sur quels axes as-tu le plus travaillé ?
Personnellement sur ces 15 derniers jours, j’ai mis l’accent sur des détails techniques de ski, notamment le décalé (pas de montée en ski appelé aussi temps de base) et aussi au niveau de la gestion de course. Ce dernier point m’a souvent fait défaut l’an dernier où je partais vite et j’avais vraiment du mal à finir mes courses. Donc nous avons beaucoup travaillé là-dessus avec mon coach Vincent Vittoz (lire l’interview de Vincent Vittoz sur ce lien https://www.altitude-biathlon.com/interview-biathlon-vincent-vittoz/).
Nous avons aussi effectué 3 chronos et ces chronos ont montré qu’il y avait du positif et que c’était en train de se mettre gentiment en place.
La saison dernière tu alternais entre la Coupe du monde et l’Ibu Cup, quel est le plus difficile pour toi dans ces moments-là ? La préparation est-elle différente?
Oui. Clairement l’an dernier, je m’étais préparé pour être bon sur le circuit Ibu Cup avec un objectif de top 10 et claquer des podiums… C’est sûr que dès le début de saison, il a fallu réévaluer mes exigences mais voilà c’est ce que je voulais faire.
Je suis redescendu 2 fois de coupe du monde et à chaque fois j’ai fais un podium pour remonter illico en Coupe du monde. A chaque fois ce sont des situations différentes. Faire des allers-retours ce n’est pas évident à gérer pour un sportif. Évoluer entre 2 circuits n’est pas la meilleure chose qui soit avec les voyages qui sont fatigants, mais c’est aussi une façon de se pousser à être performant sur tous les week-ends. C’est une remise en question personnelle, il ne faut pas voir cela comme un échec. Si on retourne sur un circuit IBU CUP, c’est que l’on a pas été performant et il faut réussir à mettre tous ces aspects négatifs de côté pour se concentrer seulement sur les échéances à venir.
Mais ce dont je suis le plus fier l’an dernier, c’est quand j’ai dû retourner en IBU CUP face à Jean-Guillaume. J’ai dû mettre de côté l’amitié, avec tout le respect et tout ce que Jean-Guillaume a pu m’apporter quand je regardais ses courses à la télé. « Se battre » contre un co-équipier n’est pas une chose facile, c’est beaucoup d’émotions. J’aurai préféré ne prendre la place de personne mais cela fait partie du haut niveau et eux aussi, à mon âge, ils ont dû connaître la même situation. On le voit en ce moment entre Simon FOURCADE et Fabien CLAUDE qui connaissent la même situation.

Tu nous as ébloui sur certains tirs avec un enchaînement et une réussite incroyable, as-tu gardé cet esprit ou as-tu au contraire calmer le jeu ?
À vrai dire l’an dernier, j’ai plutôt eu l’impression de tirer doucement. Je pense être capable de tirer plus vite que je ne l’ai fait. Cette année je vais plutôt mettre l’accent sur la régularité et donc cela passe par des tirs un peu moins rapides. Après j’ai un tir rapide et c’est comme cela que je me suis construis, c’est ma manière de tirer mais au final le temps de tir n’est pas si impressionnant que cela. C’est vraiment l’enchaînement des balles qui est rapide, je n’ai pas forcément l’impression de prendre des risques. En tout cas plus les années passent moins j’ai l’impression d’en prendre, tout en continuant de tirer vite. C’est certainement un plus mais je ne pense pas tout chambouler mon niveau du tir.
On le sait, vous êtes nombreux à vouloir percer en Coupe du monde mais il n’y a pas de place pour tout le monde, peut-on savoir quels sont les objectifs et critères fixés par l’encadrement pour rester en Coupe du monde ? Existe t-il un contrat entre vous ?
Non. C’est sûr que nous avons une équipe très compétitive. En tout cas les 6 sélectionnés pour la Coupe du monde seront capables de briller, cela est une évidence et les places seront chères et dures à prendre. Après non, nous n’avons pas encore de détails sur les critères pour rester en Coupe du monde ou redescendre sur le circuit IBU CUP. Mais voilà, nous le savons si nous ne sommes pas bons en Coupe du monde nous redescendrons c’est le jeu et tout le monde le prend avec philosophie. Cela est moins pris comme une sanction au vu de la densité du groupe France aujourd’hui. Il ne peut pas y avoir de place pour tout le monde c’est clair.
L’année dernière tu nous as montré qu’il faudra compter sur toi, avec un excellent relais en Autriche où tu passes le flambeau en 3ème position à Quentin. En Janvier en Italie, tu termines 5ème du sprint et 6ème de la poursuite, tu remplaces Quentin pendant les JO et tu finis la saison avec le trophée de la révélation de l’année, une année plutôt réussie ?
Clairement, c’est sûr que c’est une année plus que réussie. Avant le début de saison, je me suis donné comme objectif, en étant en Ibu Cup de découvrir la Coupe du monde. J’avais cela dans un coin de la tête. Mais au final, j’ai commencé directement dans le grand bain et j’avais vraiment envie d’y rester. Chaque week-end c’était une nouveauté, un relais en Coupe du monde j’avais jamais fait. Chaque course il fallait donner le meilleur de soi-même. Et c’est sûr que le podium en Autriche c’est beaucoup d’émotions et je suis fier de l’avoir fait. Quelques minutes après on m’annonçait que je redescendais en Ibu Cup et que donc, je n’assisterais pas à la Coupe du monde du Grand Bornand. C’est surtout cela en fait qui est dur quand on fait des allers-retours c’est que parfois on ne peut pas tout maîtriser. Antholz était un week-end presque parfait côté sportif mais c’était difficile mentalement car je venais de perdre mon grand père la veille de la course. Au final tout au long de la saison c’était une super belle année mais il y a eu pleins de rebondissements, des hauts et des bas bref un ascenseur émotionnel pas facile à gérer.
Le graal courir aux JO. J’y pensais forcément comme beaucoup. Bien sûr j’avais envie d’y aller mais il y a une différence entre avoir des rêves et vivre ses rêves. Je ne sais pas si l’on peut parler de chemin parcouru, cela manquerait d’humilité de dire que j’ai franchi toutes les étapes. J’ai eu de la chance de faire des courses pleines au bon moment, j’ai aussi eu de la chance de découvrir les JO et de participer au relais. C’est sûr ce sont des expériences incroyables, en tout cas dans ma vie d’homme mais en tant que sportif de haut niveau j’aspire à plus haut !
Que vises-tu cette année ?
En ayant fait déjà 5ème et 6ème en Italie, je ne peux pas me permettre de dire qu’un objectif serait d’aller chercher un top15. Cela serait bête de ma part, cela serait se mettre des barrières. Nous avons très bien travaillé avec les coachs, je pense aussi avoir passé un cap. Ensuite les courses, c’est toujours des situations différentes par rapport à des chronos ou des séances d’entraînement mais aujourd’hui j’espère ne pas me tromper en disant vouloir être dans les 30 meilleurs au classement général. J’ai envie d’utiliser mon potentiel à 100% et ne pas me poser de questions.

On sait que tu travailles beaucoup avec ton frère Clément et sa Start-up «Athlétics 3D», peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration ? Qu’est ce que cela t’apporte en compétition ?
Oui cette année je travaille surtout sur des pièces ergonomiques, des petits détails qui font que j’évolue par rapport à l’an dernier et cela se passe très bien. Après avoir travaillé le modèle de ma crosse la saison dernière, il y a plusieurs pièces sur ma carabine de biathlon que j’utilise et qui sont faites par mon frère clément. Par exemple sur le becquet, la partie haute où l’on pose l’épaule sur le tir couché. Nous avons travaillé sur des pièces en 3D, cela me permet de tester de nombreuses pièces différentes et de les faire évoluer chaque jour avec de nouvelles dimensions. C’est un gain de temps et c’est une aventure familiale très chouette, c’est top de vivre cela avec lui.
On sait que le sport de haut niveau prend énormément de temps, comment trouves t-on le temps d’avoir d’autres passions, d’autres passe-temps ?
(Rires) Cela va faire rire les autres mais cela dépend vraiment de mes humeurs on va dire. Il y a des jours où pour vraiment me changer les idées, je fréquente les musées, j’écoute de la musique de style varié. J’aime beaucoup tout ce qui est artistique. De manière générale J’aime bien l’Art même si visiter des expositions c’est un peu dur sur Villard de Lans.
Avec Antonin on s’amuse aussi pas mal sur des jeux vidéo (Rires) entre les entraînements. J’aime aussi beaucoup le VTT, le vélo dans son ensemble, ce sont des choses qui me tiennent vraiment à cœur.
Le plateau du Vercors c’est top pour s’entraîner et puis j’ai la chance du coup de m’entraîner quasi tous les jours avec Martin et Simon FOURCADE ((lire l’interview de Simon Fourcade sur ce lien https://www.altitude-biathlon.com/interview-biathlon-simon-fourcade/ ) et cela n’a pas de prix. Ce sont des gens que j’ai admiré étant plus jeune et aujourd’hui, s’entraîner avec eux, même si je ne leur dis pas, c’est un réel bonheur, pour l’enfant que j’étais, il y a quelques années et pour le jeune adulte que je suis encore aujourd’hui.
Merci à Emilien pour sa gentillesse et sa disponibilité.
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Stéphane Bataille
Altitude Biathlon : Bonjour Raphaël Poirée, que devenez-vous ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre vie actuelle, votre quotidien ?
Raphaël Poirée : Alors mon quotidien se résume à ma famille et mon travail. Mon travail aujourd’hui est assez nouveau, je viens de changer de fonction dans les travaux public. Je bosse pour une boîte d’intérim toujours dans le bâtiment où je gère environ cinquante travailleurs étrangers et m’assure que tout fonctionne bien dans leur travail du point de vue sécurité, du relationnel avec leur collègues et autres besoins. Le relationnel reste un challenge pour moi qui ai toujours été assez réservé, je suis aujourd’hui constamment au contact avec l’humain. Sinon j’ai mes trois filles (avec Liv Grete-Poirée) et ma nouvelle compagne a trois filles elle-aussi. Donc je suis à 50% avec mes filles et 50% avec ma nouvelle femme.
Vous avez fait découvrir le biathlon à toute une génération de français; vous avez été leur idole pendant de longues années et vous êtes encore très populaire en France. En êtes-vous conscient ? Quel regard portez-vous sur votre carrière de biathlète ?
On va dire que je n’y pense pas vraiment en dehors de la saison de biathlon. Après, c’est sûr que l’hiver comme on parle plus de biathlon je me rends compte de l’impact que ça a eu auprès des gens. Ce fut le cas notamment l’année dernière quand j’étais sur la Coupe du Monde au Grand Bornand. En fait, c’était la même génération qui m’avait suivi dans mon parcours et qui était là présente au Grand Bo et c’est vrai que cela fait très plaisir, c’était très fort comme émotion. Martin me l’a aussi fait remarquer.
Ce n’est pas moi qui ai commencé à faire connaître le biathlon mais j’y ai participé c’est certain, tout comme Martin le fait aujourd’hui.
Après votre retraite, en 2007, vous avez un peu entraîné en Norvège (nb : il a entraîné l’Équipe B puis les juniors dames) puis vous êtes parti entraîner pendant un an l’équipe biélorusse masculine de biathlon. Pourquoi ces choix ? Pourquoi ne pas avoir été tenté par la reprise d’un groupe en France ?
En fait, j’avais signalé à l’équipe de France que je voulais aider mais ils n’avaient pas besoin de moi à ce moment-là. C’est alors que la Norvège m’a contacté, moi j’attendais toujours du côté français mais je n’ai jamais eu de réponse.
Pourquoi ça ne s’est pas fait ? Je pense que cela tient au fait que j’ai réalisé ma carrière un peu à part du groupe. À mon époque l’équipe de France n’avait pas encore la possibilité de s’entraîner le mieux possible, pour être au top niveau. Je suis donc allé en Norvège et ailleurs pour chercher ce que je voulais. Ce sont des choix que j’ai assumé et qui ont été payants. Du coup, après ma carrière, les Norvégiens sont venus me chercher directement et j’ai accepté.
Serait-ce une piste envisageable à l’heure actuelle d’entraîner en France ?
Non maintenant c’est fini pour moi, j’ai ma vie ici en Norvège et je ne repartirai pas en France pour entraîner et laisser ma famille. C’est trop tard.
Vous avez entraîné la jeune biathlète Norvégienne Thekla Brun-Lie, est-ce encore le cas aujourd’hui ?
Disons que Thekla parle français et on s’entend bien. Je l’ai entraîné quand elle était dans le groupe junior, elle est d’ailleurs devenue championne du monde. Elle avait à chaque fois un nouvel entraîneur et ça ne fonctionnait jamais bien dans son encadrement. Alors elle me rappelait pour remettre les bases à zéro, rétablir sa forme physique et son niveau de tir. Je n’étais pas son coach à 100% pour elle mais on va dire que je l’ai aidée. En fait, quand ce sont des athlètes qui demandent, qui viennent te voir chez toi, c’est toujours plus facile. J’ai eu donc plusieurs athlètes, quelques allemands, quelques norvégiens, Myriam Gossner par exemple. Ce sont eux qui m’ont appelé et je les ai aidé, ça s’est fait comme ça.
La médaille d’or olympique est la seule ligne qui manque à votre bien riche palmarès. Avez-vous un regret ?Alors on a toujours un regret c’est sûr. Après bon, le plus important est de savoir pourquoi cela n’a pas fonctionné ce jour là. Avec mon ex-femme, Liv Grete, on avait voulu trop bien faire, et comme souvent en biathlon ce n’est pas bon de trop penser au résultat, on a pas réussi à réaliser ce qu’on voulait. Et puis, c’était une course en altitude, je n’étais pas habitué, ce n’est pas une excuse, ce n’est pas que ça, mais voilà c’est un tout qui a fait que ça n’a pas fonctionné.
Vous avez à plusieurs reprises remporté le gros globe de la Coupe du Monde (x4). Quels sont vos pronostics pour le classement général cette saison ? Au-delà de Johannes Boe, qui pensez-vous capable de se dresser sur la route de Martin Fourcade ?
Il n’y a que Johannes qui puisse battre Martin Fourcade actuellement. Si on regarde les dernières saisons, il n’y a jamais trop de surprises. Ce qui est bien pour cette saison, c’est qu’ils vont être deux à se battre et que Martin Fourcade ne va pas être tout seul, c’est beaucoup mieux pour l’intérêt de la compétition.
Ce duel-là nous fait penser à ce que vous avez vécu avec le tout récent retraité Ole Einar Bjorndalen ? Que pensez-vous de son incroyable longévité ?
C’est tout simplement impressionnant. Il a toujours fait du biathlon car c’était un jeu pour lui. Il trouvait toujours de nouvelles choses à travailler avec toujours une forte motivation ancrée en lui. Il faut absolument respecter ce qu’il a fait pour le biathlon. Maintenant il a sa femme, il est père de famille.
pensez-vous que Simon Desthieux, avec sa progression de la saison passée et la marge qu’il lui reste, pourrait remporter le général de la Coupe du Monde d’ici 2-3 ans ?
Pourquoi pas. Après on a vu sur les différentes années que c’était au niveau du tir qu’il avait des problèmes, car le physique, le niveau de ski, il l’a. Mais le biathlon c’est deux éléments à prendre en compte ; le physique et le mental. Donc il faut qu’il mette le mental avec le physique en même temps pour qu’il puisse espérer gagner le général un jour. Il faut voir.
Avec ces jeunes qui montent comme Emilien Jacquelin, Fabien Claude, Justine Braisaz ou encore les sœurs Chevalier, que pensez-vous de la relève de l’Équipe de France en général ? .
C’est une super équipe. Je pense que c’est une des meilleures équipes que la France ait jamais eu. Après ce sont des jeunes, on ne peut donc pas dire qu’elle va devenir la meilleure équipe du Monde tout de suite. Il faut prendre le temps de se former et avec l’expérience ça ira. Encore une fois, le biathlon ce n’est pas que du physique mais aussi du mental, il faut donc tenir sur la durée. On a vu Justine Braisaz qui l’an dernier fait un super bon début de saison, mais qui ne tient pas la suite. Il faut du mental, et pour cela il faut du temps.
Pensez-vous qu’ils soient trop jeunes pour faire une saison complète en Coupe du Monde ?
Non, après tout dépend la personnalité de chacun. Si tu peux patienter et attendre alors c’est très bien. Si par contre tu veux tout casser d’entrée et gagner alors là ça ne marchera pas, ça fera plutôt le contraire. Et ça, ça dépend des personnes, on est tous différent.
Allez-vous participer à des retransmissions sur les chaînes télévisuelles de nouveau cette saison ? Que ce soit sur Eurosport ou l’Équipe 21 ?
Oui, je vais commenter pour l’Équipe Tv, être sur les championnats du monde à Östersund et sur l’étape d’Oslo.
Que pensez-vous de cette nouvelle notoriété du biathlon sur les chaînes Télé? Avez-vous un regret de ne pas avoir eu cette médiatisation-là lorsque vous étiez biathlète ? Est-ce que cela vous a manqué ?
C’est vrai que l’on s’est battu pour faire connaître le biathlon. On a donné tout ce qu’on pouvait sur les pistes pour montrer une belle image de notre sport. Il y a une évolution depuis les années 80 jusqu’à maintenant, cela s’est vu sur les Jeux Olympiques, où à chaque fois, les courses de biathlon sont retranscrites. Je pense notamment aux Jeux d’Albertville en 1992 avec la médaille d’or des françaises en relais. (nb : pour la première participation des femmes en biathlon aux JO, l’équipe féminine composée d’Anne Briand, Corinne Niogret et Véronique Claudel – sous la houlette de leur entraîneur Francis Mougel, obtiendra le titre sur le relais). Ce titre a eu pas mal d’impact. Et puis aujourd’hui il y a tous les médias, tous les biathlètes sont sur Facebook, Twitter, bref, on peut parler du biathlon sans fin, et partout, c’est un grand changement. Je suis bien content d’être dans ma génération et de ne pas avoir connu ça car c’est maintenant quelque chose qu’il faut gérer en plus, c’est très prenant, c’est une pression en plus je trouve.

©Raphaël Poirée
Revenez-vous parfois skier en France ? Par exemple, est-ce que vous pourriez participer dans un avenir proche à la Transjurassienne ? Ou bien est ce que la compétition est vraiment derrière vous ?
Non, je continue à faire du ski mais maintenant c’est pour le plaisir . Je m’arrête tout le temps, je prends des photos, et je n’ai plus envie de pousser mon corps et d’avoir mal. Je pars découvrir les paysages, j’aime être dans la nature et quand je reviens en France justement je redécouvre de beaux endroits.
Si vous étiez encore biathlète aborderiez-vous votre carrière de la même façon ? Aimeriez-vous faire partie de ce groupe et courir contre Martin Fourcade par exemple ?
Cela aurait été un rêve de courir avec Martin, parce que c’est le meilleur biathlète qui ait jamais existé, c’est le plus complet et j’aurais appris énormément à son contact. Donc oui, cela aurait été un grand plaisir de courir contre Martin Fourcade.
De manière général l’équipe de France est beaucoup plus professionnelle, elle a plus les moyens, elle se donne aussi plus les moyens. Il y a par exemple moins de différences au niveau du fartage, de la glisse avec les Norvégiens. Par exemple avec l’achat en 2007 d’une structureuse (machine qui permet aux techniciens de créer à volonté des rainures sous les skis pour favoriser la glisse en limitant le frottement sur la neige), bien que les Norvégiens en possédaient déjà une depuis les JO de Salt Lake City en 2002 … Cette machine est en plus désormais transportable dans un gros camion pour se déplacer sur les différentes épreuves nordiques.
Si vous deviez choisir le meilleur du système Français et le meilleur du système Norvégien, quels seraient vos choix ? Et inversement, quels seraient pour vous les poins faibles de ces deux systèmes ?
Le meilleur de la Norvège, c’est que c’est un comité, une Équipe Olympique totale. Ils ont une base à Oslo où les meilleurs athlètes du monde peuvent aller et surtout où ils peuvent utiliser les meilleurs entraîneurs du monde, sur la musculation et pleins d’autres aspects. C’est justement quelque chose que je suis allé chercher et que j’ai utilisé là-bas car ça manque énormément en France. Le Comité Olympique en Norvège n’est pas du tout le même que le Comité Olympique Français. En France c’est plutôt des gens qui se rassemblent et font un buffet [rires]. En Norvège c’est du haut niveau, ils mettent de l’argent pour obtenir le meilleur.
Pour les points faibles en Norvège c’est clairement le tir, et le fait aussi que les jeunes commencent trop tôt, avec des parents qui sont vraiment toujours derrière eux. Les parents se rendent trop disponibles et font pas mal d’erreurs, ils poussent et ils pressent leurs enfants pour qu’ils deviennent les meilleurs. C’est comme ça que toute une génération est passée à la trappe. Alors qu’en France, on laisse les athlètes prendre leur temps et c’est super important.
Et aussi, le vrai point négatif de la France c’est le manque d’ouverture d’esprit. Le biathlon c’est un cocon, un cocon bien trop fermé, où tout le monde se connaît.
Pour finir, quel est votre plus beau souvenir de carrière ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre vie d’athlète ?
On va dire que c’est d’avoir fait le plus beau métier du monde et on ne peut pas rêver d’un meilleur travail, un travail-passion. Je ne me rappelle pas précisément des courses et de ce que j’ai mis en place à ces moments-là, mais je me souviens de tout le travail que j’ai accompli pour en arriver là. J’ai appris à connaître mon corps ce qui est énorme pour moi.
Un dernier mot ?
Je suis super content qu’il y ait des Coupes du Monde en France aujourd’hui. On le mérite et on l’attendait depuis un bon moment.
Donc vous auriez aimé vous aussi courir en France ?
Oui bien sûr. Nous avons quand même fait les Championnats d’Europe au Grand Bornand là encore mais il n’y avait pas autant de monde. C’était vraiment un grand plaisir de courir chez soi et quand on voit maintenant les gens comme au « Grand Bo », on mesure le changement. Aujourd’hui je suis un peu en dehors du monde du biathlon, je ne suis plus du tout les infos sauf bien sûr quand la saison commence et je m’y intéresse alors forcément un peu plus, mais maintenant on va dire que j’ai une autre vie.
Merci pour vos réponses et votre sympathie, on a hâte de vous revoir sur nos écrans télé cet hiver !
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Marianne Crouvezier
Altitude biathlon : Vous êtes actuellement entraîneur de l’équipe A de biathlon féminin, pouvez vous nous parler de votre parcours professionnel.
Fred Jean : J’ai arrêté ma carrière en tant que biathlète de haut niveau (3 titres de champion de France) au printemps 2011 et étant passionné par l’entraînement et le biathlon j’ai voulu poursuivre dans ce domaine. J’ai donc passé mon BE2 (brevet d’état 2ème degré) d’entraîneur option ski nordique.
Ensuite, j’ai pris en main les cadets du département du Jura (où je vis) pendant deux ans avant d’être recruté pour m’occuper du Pôle France (maintenant appelé Centre National d’Entraînement) pendant quatre ans.
J’étais présent auprès des juniors et du staff de l’équipe de France et je suis devenu par la suite responsable du groupe B de biathlon français (5 filles et 5 garçons) sur le circuit IBU CUP (anti-chambre du circuit coupe du monde).
C’est après une très bonne saison, à tous les niveaux, que je m’occupe désormais de l’équipe de France A de biathlon féminin. C’est vrai que c’est une ascension rapide mais au vu des résultats cela me paraît cohérent.
L’année dernière vous étiez entraîneur de l’équipe B, qu’est ce qui change cette année ?
Cette année je n’ai « que » les filles à entrainer. C’est un changement dans la manière de coacher le groupe, les choses ne s’expliquent pas de la même manière que l’on ait affaire aux garçons ou aux filles. J’ai donc dû mettre de côté le discours pour les garçons pour manager autrement.
Je suis concentré à fond sur les dames contrairement à l’année dernière ou je jouais sur les deux tableaux, mais reste disponible pour un éventuel renfort auprès des gars. Je ressens moins de stress sur la course des garçons que sur celle des dames.
Comment abordez-vous les entraînements ?
Chaque entraîneur a sa méthode de travail j’emmène avec moi ma méthode auprès des filles. Il est évident que l’on ne travaille pas de la même manière avec Vincent Vittoz. Si les séances d’entraînements ne sont pas structurées de la même manière elles se recoupent quand même sur beaucoup de points. Chacun à sa spécificité, ses idées, sa façon d’exprimer les choses.
Au niveau physique cela fait plus de 20 ans que le biathlon français fonctionne très bien, je n’aurai rien à révolutionner à ce niveau là, mais tout en gardant les choses qui fonctionnent depuis des années je rajoute ma touche personnelle avec un côté plus ludique. En espérant que ces choix-là paieront.
Les entraînements sont ils plutôt collectifs ou individuels ?
Les programmes d’entraînements sont individualisés quand les athlètes sont à la maison et personnalisés en fonction des besoins, des envies et des lieux de vie de chaque athlète. Par contre quand on est en stage c’est vraiment des programmes collectifs pour qu’il y ait une émulation au sein du groupe. Les stages permettent de créer une ambiance et une vraie cohésion d’équipe, le programme du stage est vraiment collectif, sauf cas particulier, blessure ou maladie…etc).
C’est un sport plutôt individuel mais qui demande un esprit d’équipe comment gérez vous cela ?
Un sport individuel certes mais avec beaucoup de disciplines où le collectif ressort (relais mixte , single mixte , relais). Je pars du principe que si on arrive à créer une émulation dans l’équipe, les biathlètes seront capables de fonctionner aussi bien sur les courses de relais que sur les courses individuelles. Il faut pour cela rassembler le groupe et créer une bonne ambiance de travail. J’essaie d’amener ce petit plus au sein de l’équipe pour que ce soit bénéfique pour tous les cas de figure suivant un leitmotiv : Fédérer un groupe pour « performer » en individuel et en équipe.
Pouvez-vous nous résumer comment s’est déroulée la préparation de cette nouvelle saison de biathlon ?
Avril : repos « en mode off » c’est le temps des vacances
Mai : début des entraînements et des stages collectifs avec du travail musculaire important
Eté : beaucoup de foncier pour se construire une bonne base d’endurance avant l’hiver.
Début d’automne : Début du travail d’intensités avec des entrainements proches des vitesses de compétition. Nous sommes actuellement dans le dernier mois de préparation = moins d’heures d’entraînements et plus d’intensités, on affûte la « machine » avant les premières compétitions. Aujourd’hui le gros de la préparation est terminé.
À la fin de notre stage en Suisse, nous serons à la veille des premières vraies compétitions (départ pour Lenzerheide le 12 Novembre). Ces courses du 22 et 23 novembre prochains, seront déterminantes pour la sélection du début de saison en coupe du monde.
Les filles sont dans un bon état d’esprit pour aborder ce début de saison, avec une bonne préparation sans encombres. J’espère que les choix et la stratégie sportive vont payer !
D’ailleurs parlez nous de cette sélection pour la coupe du monde
A l’issue de la saison dernière et par rapport à son classement mondial, la France dispose de 6 places sur la coupe du monde. A ce jour on a les 3 athlètes du groupe A qui sont déjà sélectionnées pour les premières coupes du monde (Justine BRAISAZ/ Anaïs BESCOND (Lire l’interview d’Anaïs BESCOND) et Anaïs CHEVALIER) et derrière il reste 3 places à prendre et elles sont 4. (AYMONIER Célia/ CHEVALIER Chloé/ LATUILLIERE Enora (Lire l’interview d’Énora Latuillière) SIMON Julia). Donc l’athlète non sélectionnée ira sur le circuit IBU cup au début de saison et pas en coupe du monde.
Dans quel état d’esprit sont-elles à quelques jours du début de saison ?
Ce sont les filles qui nous ont donné leurs objectifs pour la saison et pas l’inverse car elles savent bien qu’on sera tous attendus sur les championnats du monde qui auront lieu au mois de mars 2019. Ça ne sert à rien qu’on leur mette une pression supplémentaire, nous sommes là pour les aider à accomplir leurs objectifs. Justine Braisaz et Anaïs Bescond ont annoncé la couleur, elles jouent le classement général.
Anais Chevalier qui avait été blessée au printemps 2017 a pour objectif de retrouver son niveau d’il y a deux ans et de jouer régulièrement devant. Elle a su nous le montrer l’année dernière avec ses podiums.
Celia Aymonier, Julia Simon, Chloé Chevalier et Enora Latuilliere qui devront mettre en application, sans se mettre la pression, tout ce qu’elles ont appris jusqu’à présent. Elles ont vraiment le niveau pour faire de belles choses sur la coupe du monde.
Nos françaises n’ont pas à rougir des étrangères on a une équipe très forte sur le papier.
Parlez-nous de votre collaboration avec l’entraineur de tir Vincent Porret
Nous sommes deux anciens athlètes qui coachons ensemble aujourd’hui. Nous avons couru ensemble en équipe de France junior, c’est une logique qui continue.
Nous formons un très bon binôme, nous avons pu le voir l’année dernière avec l’équipe B, tant sur le plan humain que sportif. Nous sommes enchantés de « driver » l’équipe A ensemble cette année.
On espère vraiment tous les deux que ça va fonctionner car on est sur la même longueur d’onde au niveau du coaching.
Un dernier mot ?
Le biathlon c’est une grande famille. Depuis des années on passe énormément de temps avec nos athlètes et nos collègues de boulot, c’est à nous de garder cette ambiance et ces liens pour travailler ensemble pour que ça marche à tous les niveaux !
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Faustine Chaix
Photos avec l’aimable autorisation de ©Fred Jean
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Bonjour Siegfried Mazet, vous allez entamer votre troisième saison au sein de l’équipe Norvègienne hommes de biathlon. L’intégration est maintenant complète je suppose et votre défi (nb : de quitter la France pour partir entraîner en Norvège, dans un groupe inconnu) est donc en partie relevé ?
Siegfried Mazet : Oui le pari est bien relevé, après c’est un projet sur du long terme, quand on commence à travailler avec une équipe quelle qu’elle soit (Française, Norvégienne, Allemande ou autres), le temps que les gens se connaissent, s’apprivoisent, et que le fonctionnement se mette en place, il faut au minimum deux années. Deux années et rentrer à la maison n’aurait eu aucun sens pour moi, car cela se met en place sur du long terme, donc là le projet n’est pas entièrement réalisé mais il est sur de bons rails.
Est-ce que votre façon d’entraîner l’équipe de Norvège est similaire à ce que vous mettiez en place avec l’Équipe de France ou la gestion est différente ? Précisez-nous votre rôle, votre fonction au sein de cette Équipe de Norvège.
Les Norvégiens sont venus me chercher car ils avaient besoin de quelqu’un pour améliorer leur entraînement au tir. Ce qu’il faut savoir c’est que, historiquement, les Norvégiens ont toujours plus ou moins dominer le biathlon, notamment grâce à la partie ski de fond et non avec le tir. C’est seulement sur ces dix dernières années car le biathlon a évolué car de bons skieurs sont devenus de bons tireurs. Cependant, ils sont restés sur les mêmes schémas d’entraînement qu’en ski de fond, ils n’avaient pas de philosophie au tir. C’est pourquoi ils m’ont recruté mais qu’ils ont aussi recruté au printemps dernier un italien (Patrick Oberreger pour le tir féminin) pour les aider à compléter ce qu’ils leur manquent sur ces dernières années.
Ma façon d’entraîner est forcément un peu différente puisque la culture n’est pas la même, il y a pleins de petites choses différentes qui font que l’entraînement doit être adapté aux envies de la personne en face de soi, mais cela reste semblable même ailleurs. La façon dont je m’exprime est différente puisque la culture scandinave n’est pas comme la culture française, mais dans l’ensemble il n’y a pas de gros écarts en termes de gestion. Il reste qu’en tant qu’entraîneur en Norvège je ne suis pas le même que lorsque j’étais avec les Français.
Vous avez amenez Johannes Boe a obtenir sa première médaille olympique individuelle sur l’épreuve des 20km des JO de Pyeongchang. Quels points avez-vous particulièrement travaillé avec lui, qui nous le savons manque de régularité au tir ?
Alors justement la réponse est là [rire]. L’objectif était de construire avec Johannes quelque chose qui lui permettre d’être le plus régulier possible sur chaque course. Il fallait que chaque course soit une marche de plus, une marche plus haute que la précédente à franchir. En fait, Johannes a tendance à gravir 4 marches et à en redescendre ensuite de 3. C’est-à-dire qu’il arrive à rester sur un bon niveau, un niveau constant, juste parce qu’il fait un gros coup d’éclat avant de redescendre un peu plus bas dans le classement. C’est d’ailleurs la grande différence qu’il a aujourd’hui avec Martin Fourcade. Martin lui gravit chaque année, à chaque course, un petit pas de plus sans jamais redescendre. Donc le but pour Johannes est de faire des plus petits pas, mais pour ne pas avoir à les redescendre ensuite sur les autres courses.
En tant que rival proclamé de Martin Fourcade pour la course au globe , pensez-vous qu’il sera prêt cette année à batailler durant toute la saison malgré ses contretemps à l’entraînement ? (nb : coupure d’un mois entier au mois de mai pour son voyage de noce, norovirus en septembre et blessure au dos fin octobre)
C’est vrai que vu comme ça, mis bout à bout, ça fait beaucoup. Mon collègue avec qui je travaille pense que ce sera assez difficile pour lui de retrouver son niveau, mais moi j’y crois, j’y croirai même si on a juste 10% de chance de l’atteindre, peu importe.
Je ne veux absolument pas rentrer dans une atmosphère négative autour de cela en se disant que ça ne peut pas être jouable. Ça va être jouable mais ce sera difficile certes. Mon rôle est de motiver les gens à aller chercher ce qu’ils ont à aller chercher, c’est-à-dire l’atteinte de leurs objectifs même si leur préparation a été tronqué. La deuxième chose, en considérant que ce qui a été fait en amont dans la préparation, et malgré ces quelques semaines d’entraînement manquées, on se dit qu’au final ce n’est pas grand chose. Il faut voir les choses différemment ; Johannes s’entraîne depuis 10-12 ans régulièrement. Donc oui, il risque d’avoir un démarrage poussif en début de saison mais il va certainement monter petit à petit en puissance au fur et à mesure des courses. Il reste cependant une part de mystère, on ne peut pas savoir et prédire comment le corps fonctionne et celui qui le sait est vraiment fort et malin. Et ça, Dieu seul le sait et il n’est pas bavard !
Pensez-vous qu’il pourra tenir un tel niveau de performance sur plusieurs années ?
Je pense que oui. On connaît le potentiel de Johannes depuis 2013, et à partir du moment où il a cette possibilité d’aller vite sur les skis comme il l’a montré plus d’une fois, et qu’on sait qu’il est capable de tirer plutôt bien, on se dit que tout est possible. Johannes est fort mentalement et physiquement , mais que fait-on, que travaille t-on une fois que l’on a cela ? Johannes a le potentiel mais est-ce qu’il va réussir à toujours le montrer ? C’est vraiment la question. Moi je n’ai aucun doute sur ce qu’il peut réussir à faire mais c’est à lui de savoir ce qu’il souhaite réellement, s’il a envie de s’impliquer à fond dans sa discipline, avec toutes les contraintes que cela exige. Je pense qu’il est en ce moment en train de voir plus loin, d’avoir cette maturité nécessaire pour organiser tout ce qu’il y a autour de l’entraînement pour aller justement vers cet objectif-là, être le meilleur. Je pense aujourd’hui qu’il a cette conviction, qu’il a ce but, mais il reste du chemin.
Que pouvez-vous nous dire sur le reste du groupe, sur l’ambiance, sur les potentiels nouveaux arrivants, après les retraites des aînés Ole Einar Bjørndalen et Emil Svendsen ?
C’est à chaque fois la grande question, on me l’a beaucoup posé en Norvège, en me disant qu’il va y avoir un creux, qu’il ne resterait plus que Johannes et Tarjei Boe. Au contraire, ces deux retraites font peut-être faire du bien au reste de l’équipe, dans le sens où cela va permettre à certains athlètes de se libérer, de se décomplexer. Ils vont prendre de l’autorité puisqu’ils ne seront plus dans l’ombre. Ils seront plus confiants, émancipés et moins remis en question sur leur statut au sein du groupe a toujours lutter pour les sélections et pour se qualifier pour la Coupe du Monde. On travaille mieux dans la sérénité qu’avec de l’anxiété.
C’est le cas de Lars HelgeBirkeland n’est-ce pas ? (il a remporté un chrono test avec les allemands et les italiens lors de leur stage à Oberhof)
Oui c’est exactement ça, les gens ont besoin d’un peu de place. Gagner à été pour lui est un bon indicateur puisqu’il se confrontait aux allemands et aux italiens. Y a eu des bonnes choses, mais ça c’est juste la première phase. Les athlètes ont besoin de gagner en confiance en soi mais aussi celle des entraîneurs pour pouvoir ensuite être performant. Et quand tu luttes pour les sélections en permanence tu ne peux pas trouver cette confiance là. C’est le cas donc pour Birkeland mais aussi pour Henrik L’Abée-Lund et Vetle Sjastad Christiansen. Je pense qu’ils vont montrer de belles choses par la suite.
Les sélections norvégiennes vont avoir lieu dans quelques semaines à Sjusjøen , Qui sont des biathlètes protégés pour la première coupe du monde à Pokljuka en Slovénie et ceux qui doivent encore se battre pour obtenir leur ticket ? Pouvez-vous nous expliquer comment vont être attribués ces places ?
Alors non, ça je ne sais pas qui l’a dit mais il ne va pas y avoir de sélections Norvégiennes à Sjusjøen pour les coupes du monde. Il y a des sélections uniquement pour l’Ibu Cup (nb : le deuxième circuit de la Coupe du Monde). Donc ces courses ne vont pas compter pour la Coupe du Monde puisque notre groupe d’athlètes est déjà présélectionné (sauf évidemment maladies ou blessures). Il y a juste une petite chose qui a changé récemment, le vainqueur de l’Ibu Cup de la saison passée est d’office qualifier pour la première Coupe du Monde, c’est le cas de Vetle Sjastad Christiansen. Il s’entraîne donc déjà avec le groupe élite. Cela libère ainsi une place pour un septième athlète, qui lui sera sélectionné sur le chrono de Sjusjøen et sur l’Ibu Cup (nb : Ibu Cup à Idre, en Suède)

Y-a-t-il une différence notoire sur les moyens (financiers, humains, matériels) entre les fédérations françaises et norvégiennes ?
Ah oui je l’attendais cette question, il va falloir la mettre en gros dans votre interview :-), Je vais faire une réponse assez longue pour que les gens l’entendent bien car, c’est important 🙂 !
En fait on compare trop souvent un pays de 5 millions d’habitants avec un pays de 66 millions. Donc est-ce réellement comparable déjà compte tenu de cet aspect-là ? On compare un pays [la Norvège] où le ski de fond est le sport numéro 1, que ce soit en pratique loisir ou en mode compétition, alors qu’en France ce n’est pas du tout le cas. Donc forcément qu’il y a déjà davantage de moyens en Norvège, qui plus est sont pour beaucoup apportés par des sponsors privées, et c’est là toute la différence entre les deux fédérations de ces deux pays.
La Fédération Française de Ski (FFS) possède une convention avec le Ministère Français, celui-ci lui reversant une somme d’argent, environ, environ 500 000 euros chaque année pour le biathlon en plus des CTS (conseillers techniques sportifs) et des cadres mis à disposition, non compté dans le budget de la FFS. Il me semble que pour toute la FFS, c’est 4 millions d’euros et 80 cadres qui lui sont alloués par le Ministère, sans oublier non plus les primes versées par l’État pour les athlètes français, alors que ce n’est pas le cas en Norvège !
En Norvège, l’État n’intervient pas dans la Fédération, donc voilà pourquoi il est difficile de faire un ratio ou de comparer ces deux systèmes, car ils fonctionnement différemment. Et ça c’est important car beaucoup de monde ont des fantasmes sur la Norvège. C’est difficile d’évaluer le montant que verse le Ministère des Sports à la FFS, mais je pense qu’en France il n’y a tout de même pas de quoi se plaindre. Les athlètes véhiculent beaucoup d’images, d’informations sur les réseaux sociaux, et en ayant été moi-même leur entraîneur j’ai constaté qu’ils ne se rendent parfois pas compte de leur chance ! Ils ont leurs sponsors, qu’ils mettent bien en avant, mais ils oublient toujours le plus important : le Ministère des Sports. En effet, c’est le plus gros de leur sponsor et ils devraient le mettre en avant sur chacune de leur publication.
Outre l’aspect financier, globalement c’est la vision de ces deux Fédérations qui n’est pas la même non plus, avec des choix qui sont donc aussi forcément différents comme par exemple embaucher des entraîneurs étrangers pour leur équipe, le payant un peu plus. La Norvège sait que cela représente un investissement.
Allez-vous être présent derrière la jumelle (de tir) sur toutes les étapes de la Coupe du Monde ? Comment va se construire votre saison hivernale ?
Oui, je serai présent sur toutes les étapes de la Coupe du Monde comme je l’ai toujours été, mis à part peut-être pour une impasse en cours de saison. Ça ne fait pas sens pour moi de rater une coupe du monde, surtout en tant qu’entraîneur de tir car il y a beaucoup de choses à travailler, c’est un travail de longue haleine, il faut être présent constamment. Je me dois d’accompagner au plus prés mes athlètes.
Si vous deviez donner trois mots pour définir votre métier d’entraîneur de tir et même le tir en général, quels seraient t-ils et pourquoi ?
Trois mots ? C’est pas beaucoup trois mots [rire] ! C’est ce genre de questions que je n’aime pas trop car je vais avoir des idées et dans 5 minutes d’autres mots me viendront à l’esprit. Alors, allons-y pour trois mots… :
« Confiance » : Évidemment il faut suffisamment de confiance en soi pour être capable de reproduire ce que l’on fait à l’entraînement, le jour de la compétition
« Maîtrise » : J’entends par là la maîtrise sur les éléments extérieurs (même si on ne les maîtrise jamais vraiment à vrai dire), le fait qu’il faut savoir s’adapter sans cesse. Bien sûr on ne peut pas tout maîtriser, mais le but est de réussir à maîtriser de la meilleure manière possible ce que l’on peut et pense pouvoir maîtriser, qui à priori n’est en soi justement pas maîtrisable. C’est par exemple savoir s’adapter aux conditions climatiques, au vent, aux concurrents etc.
« Playful » : Être joueur. Avant tout cela reste un jeu au fond des choses. Et si on le prend trop au sérieux, alors on risque de tomber de trop haut. Il faut garder le tir comme un bon jeu et trouver ainsi de l’inspiration dans la façon de jouer.

Enfin, une dernière petite question puisqu’il faut bien l’avouer, nous sommes un peu chauvin, n’êtes-vous pas un peu nostalgique de la vie en France ?
Non, non, vous savez en étant chauvin justement j’apprécie d’autant mieux les choses de mon pays (la France), car je les vois d’une autre façon, sous un autre angle. On a tellement de choses devant notre nez qu’à force on ne les voit plus, des choses dont ne faisait plus attention on les voit avec une autre perspective, depuis autre point de vue, ça les remet en avant.
Je n’ai pas de regret dans mon choix, et je suis même très heureux de l’avoir fait, et d’avoir pris ces risques. Car quand je reviens en France, même si j’adore la Norvège, j’aime vraiment beaucoup mon pays et quand je revois mon pays sous cet autre point de vue alors je l’apprécie davantage et c’est encore plus agréable.
Merci pour votre disponibilité et belle saison à vous !
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Marianne Crouvezier
Bonjour Stéphane Bouthiaux, après une dizaine d’année en tant qu’entraîneur physique de l’Équipe de France masculine de Biathlon, racontez-nous un peu comment s’est passé votre transition pour être, aujourd’hui, Directeur Technique National du ski de fond et du biathlon ?
Stéphane Bouthiaux : Cette transition s’est faite de manière très naturelle. C’est un poste que l’on m’avait proposé depuis deux saisons déjà, par l’ancien DTN Fabien Saguez et le président Michel Vion. Voilà onze ans et trois Olympiades que j’étais coach physique en biathlon pour les garçons, il était temps pour moi de passer la main pour donner aussi un nouveau souffle aux athlètes. En effet, sur ces années-là l’Équipe a très peu changé, c’était aussi bien pour eux que pour moi d’évoluer, de changer, et d’aller vers de nouvelles missions.
Justement, pouvez-vous nous expliquer vos nouvelles fonctions et missions ?
En fait, mon statut est vraiment axé sur la politique nationale à la fois du ski de fond et du biathlon. Donc c’est prendre du recul sur ce qui s’organise dans les disciplines aujourd’hui, la manière dont elles sont organisées et réfléchir ainsi à une évolution à moyen et long terme pour se développer et continuer à avoir d’aussi bons résultats, voire mieux.
Vous avez amené Martin Fourcade à atteindre le rang de numéro 1 mondial, la pression et l’enjeu devaient être énormes à gérer. Pouvez-vous nous en parler ? Est-ce qu’aujourd’hui l’enjeu et la pression sont-ils les mêmes ?Il est évident que quand on arrive aux Jeux Olympiques avec Martin Fourcade ultra-favori, on est forcément attendu, lui sportivement et moi en tant qu’entraîneur. Donc c’est compliqué à gérer, la pression est vraiment importante sur nos épaules, c’est forcément plus facile avec des outsiders. Le fait qu’on ait pas le droit de se rater avec Martin Fourcade donne une pression importante et le meilleur moyen de l’évacuer c’est d’obtenir des résultats avant la grande compétition, afin que l’athlète et l’encadrement emmagasinent un maximum de confiance.
Sur vos onze années en tant qu’entraîneur, y a t-il des éléments que vous changiez au fil des ans dans la manière d’entraîner ?
Oui, on fait toujours évoluer par petites touches, on essaie d’apporter des choses nouvelles dans l’entraînement pour faire évoluer les athlètes et éviter de tomber dans la monotonie. C’est pourquoi d’ailleurs il était important de renouveler le staff. Car même si on change des choses, le discours envers les athlètes reste toujours le même donc cela fait du bien pour eux d’avoir de nouveaux propos pour se motiver à aller chaque jour à l’entraînement, à aller chercher des choses nouvelles. Changer le staff permet de renouveler le discours et de conserver la motivation au sein des athlètes.

Coupe du monde au Grand Bornand décembre 2017 ©Marie Le Bob
Malgré l’engouement énorme provoqué chez nos jeunes Athlètes par le numéro 1 mondial notamment, il semblerait que les moyens mis à leur disposition ne soient pas vraiment optimaux, dans le sens où le biathlon demande un investissement financier important (pour les sportifs, parents, clubs, les bénévoles etc). Ainsi, n’y a t-il pas une crainte que la fédération passe à côté de biathlète de talents ? Est-ce que des nouvelles choses vont être mises en place au sein des clubs, des comités, pour amener ces jeunes vers le plus haut niveau justement ?Alors, amenez le plus de jeunes vers le haut niveau reste compliqué dans la mesure où le biathlon est un sport compliqué, dans le sens où les règles de sécurité sont très strictes et qu’il faut beaucoup d’encadrement. Au niveau des clubs, nous avons mis en place des formations organisées par la Fédération pour les bénévoles, afin qu’ils œuvrent dans les clubs et qu’ils soient formés pour accueillir les jeunes qui viennent faire de plus en plus de biathlon, dans de bonnes conditions. Après, le biathlon, il ne faut pas rêver, ne sera jamais une discipline de masse car cela demande trop de matériels et trop de structures. Mais on fait en sorte de ne pas rater des jeunes qui pourraient éventuellement devenir de futurs stars de haut niveau en biathlon.
Si l’on revient à votre 1er statut, celui d’entraîneur, lorsque vous étiez au bord de la piste à communiquer des informations aux biathlètes tricolores, pouviez-vous prendre des informations sur les concurrents également ? Comme juger de leur état de forme et de leur niveau pendant la course ?
Bien entendu, on donne des informations à nos athlètes et elles sont essentiellement chronométriques. Nous en donnons aussi sur l’évolution des conditions extérieures qui peuvent influencer les réglages de la carabine pour le tir, donc c’est principalement si le vent a forci, s’il a changé de direction. Ainsi, entre chaque tir couché par exemple, nous leur disons s’ils doivent changer leur réglage (nb : ce que l’on appelle les « clics » sur la carabine qui permettent de modifier, de bas en haut et de droite à gauche, le groupement des balles dans la cible) et ils l’effectuent eux-mêmes avant le tir qui arrive, pour compenser les conditions météorologiques. Au niveau des concurrents, on donne des écarts chronométriques, en fait nous avons des points intermédiaires sur le parcours et nous sommes reliés avec le chronomètre officiel de la course, comme cela nous avons des points de renseignements précis à leur donner. Ensuite, eux-mêmes, par rapport au fait qu’ils soient en avance ou en retard, selon combien de seconde, peuvent évaluer en direct l’état de forme de leur adversaire.
Cachez-vous alors parfois des informations à vos athlètes, comment cela joue sur leur moral ?
Les informations jouent forcément sur le moral des athlètes dans un sens comme dans un autre, mais il faut savoir qu’ils ont aussi leur propre sensation. Quand on arrive en Coupe du Monde, on a déjà un passé d’athlète de haut niveau donc généralement on se connaît bien et on arrive à savoir rapidement si oui ou non on est bien dans la course. Alors leur mentir, oui ça peut arriver, mais juste d’une ou deux secondes à la limite. Ce serait surtout par rapport à l’évolution de leur temps dans le dernier tour, quand il s’agit d’aller chercher un podium pour jouer sur l’effet psychologique. Mais on ne va pas jouer non plus sur de trop grosses différences dans les intermédiaires, deux secondes, jamais plus, juste pour leur permettre de s’arracher encore un peu plus dans le dernier tour.
Pouvez-vous nous dire un mot sur le nouveau staff de l’Équipe de France ? Notamment avec l’arrivée de Vincent Vittoz qui a pris votre poste au printemps, mais aussi de Patrick Favre pour la partie tir. Et du côté féminin ?
Coté masculin, on a donc l’arrivée de Vincent Vittoz (Lire l’interview de Vincent Vittoz) que j’ai moi-même embauché. Il a été très rapidement intéressé par le projet et motivé à venir encadrer cette équipe de France. Il a d’ailleurs tout de suite répondu par la positive, ce qui nous a vraiment prouvé sa motivation. Il a une expérience d’athlète énorme puisqu’il a été champion du monde de ski de fond, mais aussi une expérience d’entraîneur puisqu’il a entraîné pendant sept ans les U23 en ski de fond, donc des athlètes déjà de très haut niveau. Il a d’ailleurs réussi à faire obtenir de très bons résultats à ceux-ci, comme le titre de champion du monde en relais. Et aussi, ces athlètes-là sont aujourd’hui en grande majorité dans l’Équipe National de ski de fond.
Je pense qu’il va amener de la nouveauté, de la motivation et de la fraîcheur, ce que le groupe a besoin. En parallèle, nous avons aussi l’arrivée de Patrick Favre pour le tir. Lui aussi a été athlète de haut niveau puisqu’il avait fait 2ème du général de la Coupe du Monde. Côté entraînement, son potentiel est là lui aussi puisqu’il entraînait les filles en Italie, avant de s’occuper de l’ensemble de l’Équipe Italienne, donc au niveau du tir il a une grosse expérience qui n’est pas à démontrer. Il a la capacité à continuer le boulot qu’il a fait depuis des années avec ces biathlètes italiens.
Pour les filles, la venue de Fred jean et de Vincent Porret va apporter également un souffle nouveau. Ce sont deux jeunes issus des Équipes de France, ce ne sont pas des athlètes qui ont évolué sur le circuit Coupe du Monde, car ils ont beaucoup galérer à obtenir leur ticket, mais de ce fait ils ont explorer beaucoup de domaines pour voir comment progresser. Ainsi, ils ont une grosse motivation pour être arrivé à ce poste-là et on leur fait entièrement confiance pour remplir les résultats obtenus jusqu’à aujourd’hui. Ils vont ainsi apporter de la fraîcheur et de la nouveauté dans le discours.

La relation entraîneur-entraîné est particulière. Est-elle plus compliquée avec certains athlètes qu’avec d’autres ? Comment gériez-vous ces relations, car je suppose que le discours n’est pas forcément toujours le même selon les différents caractères ?
Une chose d’abord est commune, il s’agit des réunions d’avant course durant la saison hivernale. C’est une réunion commune où l’on donne les informations, les consignes à respecter et on apporte la motivation à tous, on agit de la même manière. Par contre, au quotidien, nous avons des discussions personnelles, que ce soit d’ailleurs en période de compétition ou d’entraînement, avec chacun des athlètes. Nous discutons sur leurs feedbacks après leur entraînement ou leur course, et en retour nous leur donnons nos ressentis sur ce qu’ils ont produit, sur ce que l’on a vu de leur performance. Donc forcément le discours est adapté à chacun, mais le discours est aussi différent selon la situation de l’athlète, qu’il soit en forme ou non, malade ou blessé. Le discours s’adapte vraiment à la personne à qui on a à faire, à sa personnalité mais aussi à la connaissance que l’on a de lui.
Je rebondis justement sur ces derniers points, il n’y a pas de préparateur mental au sein des Équipes c’est bien cela ? Vous devez donc jouer ce double rôle d’entraîneur physique mais aussi un peu mental ?
Pour la préparation mentale le problème c’est que c’est un milieu difficile à cerner, et qui est fortement influencé par la personnalité du préparateur mental. C’est pourquoi nous ne sommes jamais aller jouer sur ce terrain là, ou alors quelques fois mais c’était voué à l’échec. Du coup, certains athlètes décident de travailler avec des préparateurs mentaux, mais ça reste une démarche personnelle et ce n’est pas à nous de leur imposer quelqu’un où ils ne se retrouveraient pas forcément dans le discours.
Quels contacts gardez-vous avec l’équipe de France de biathlon aujourd’hui ? Vous êtes justement allé à Sjusjoen en début de semaine rejoindre le groupe, c’est bien ça ?
Le contact n’est pas quotidien mais c’est vrai que je suis toujours très présent, car je vais être aussi beaucoup sur les compétitions cet hiver, donc le contact reste très proche. Je suis responsable des sélections pour la relève, les groupes juniors, le groupe B, donc avec tout le staff je gère plus de 50 personnes c’est un gros travail de management et c’est un travail quotidien où je dois rester informé.
C’est peut-être aussi un besoin de rester au contact avec eux, de ne pas couper du jour au lendemain ?
Oui, je ne peux pas effacer ces onze dernières années où j’étais 210 jours avec eux c’est évident. Il y a des liens qui se sont crées, et je suis heureux quand je les retrouve et je pense qu’eux aussi le sont. Je ne suis pas omniprésent car je ne voudrais pas venir, de manière non attentionnelle, perturber le nouveau staff et ce qu’ils mettent en place.

©Marie Le Bob
Enfin, quel regard portez-vous sur votre parcours et sur celui à venir ? Vos nouvelles ambitions ? Aviez-vous eu besoin aussi d’un peu plus de stabilité aujourd’hui ?
Disons que le regard que je porte sur mon parcours est que celui-ci est passé par tous les étages de la fusée. J’ai moi-même été athlète pendant douze ans, puis j’ai été entraîneur de club, ensuite j’ai passé mon professorat de sport qui m’a permis d’être placé au sein de la région Franche Comté et ainsi d’entraîner 6 ans au comité. Après, j’ai encadré pendant 4 ans le groupe jeunes/juniors au Pôle France de Prémanon pour finir ensuite sur le circuit Coupe du Monde. Donc c’est un parcours global, j’ai une connaissance complète de tout le système français. Ce n’est pas pour me mettre en avant mais je suis assez fière des résultats obtenus, 3 de mes athlètes sont champions olympiques ; Martin Fourcade, Vincent Jay (sur le sprint de Vancouver en 2010) et Simon Desthieux (sur le relais mixte à Pyeongchang en 2018). J’ai gagné des classements généraux de la Coupe du Monde, de nombreuses médailles olympiques et mondiales c’est pourquoi aussi c’était une bonne décision d’arrêter au printemps, c’était le bon moment. Je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus, j’étais au bout du projet avec mes athlètes. Suite aux JO de Sotchi, j’avais un contrat moral avec Martin Fourcade, celui d’aller jusqu’aux JO de Pyeongchang. Il était super satisfait de notre collaboration et des liens que nous avons tissés. Je parle souvent de Martin car ça fait depuis 2006 que je suis avec lui donc forcément j’ai crée plus d’affinité avec lui que l’ensemble du groupe.
Pour la suite à venir, j’attends déjà de faire la saison complète, et de prendre du recul car ce n’est pas forcément facile de passer du côté de la piste à un poste aujourd’hui plus managérial. J’accumule un tas d’informations que je n’ai pas forcément encore, donc j’attends de voir comment cela va se passer. Au niveau de la stabilité, je passe beaucoup de temps en voiture donc je bouge encore pas mal ! Je ne suis encore pas beaucoup à la maison, certes plus qu’avant mais c’est surtout que je pars sur des périodes moins longues.
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Marianne Crouvezier
photo entête ©Nordic Focus
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Comment devient-on entraîneur de l’équipe de France hommes de biathlon ? On se fait recruter, on signifie son intérêt pour la place vacante ? On soumet un projet ?
Pour ma part on se fait recruter. La famille du ski est un petit milieu. C’est la DTN (direction technique nationale), en l’occurrence Stéphane Bouthiaux (Lire l’interview de Stéphane Bouthiaux) l’actuel directeur des équipes de France, qui s’est mis à la recherche d’entraîneurs potentiels pour les équipes de France. Il y a des choix qui sont faits par cette instance, en se basant aussi sur des attentes de certains athlètes. Pour ma part, Stéphane m’a contacté pour savoir si le poste m’intéressait.
Après ces presque 6 premiers mois passés au contact du groupe, quel est votre ressenti, votre analyse sur celui-ci ?
Pour moi ce fut un nouveau projet, surtout venant d’un parcours du ski de fond. C’était une nouvelle approche, une nouvelle évolution dans ma carrière professionnelle d’entraîneur aussi. Ces six premiers mois ont surtout été de la découverte, une prise de contact : apprendre à connaître les athlètes et davantage le milieu. Après il me reste une saison pleine à vivre pour mieux comprendre et appréhender la finalité, parce que tout ce passe l’hiver finalement . Essayer aussi de faire passer mes idées au niveau de l’entraînement physique, et aussi de comprendre ce sport, où il y a deux disciplines à travailler, et où ces deux disciplines doivent être complémentaires. Il y a d’autres contraintes par rapport à une seule discipline comme celle d’où je viens. Il faut adapter au mieux l’entraînement pour que les athlètes s’y retrouvent.

Le groupe A en séance de musculation à Sjusjøen – Novembre 2018 ©vincent vittoz
Quel rapport entreteniez-vous avec le biathlon avant d’arriver à ce poste d’entraîneur ?
Comme je l’ai dit, ce sont deux disciplines nordiques qui sont proches dans un petit milieu où la base est la même : On évolue dans les mêmes clubs. Dans mes années junior j’ai côtoyé certains biathlètes, comme Raphaël Poirée et Julien Robert et avec qui j’étais à l’internat au lycée d’Albertville, c’était il y a plus de 20/25 ans en arrière (en 93 ou 94). J’ai fait mon service militaire avec eux car à l’époque il y avait encore le service militaire. J’ai toujours été proche du monde du biathlon aussi à travers l’équipe de France militaire de ski, notamment lors des Championnats du monde militaire de ski et dont faisait aussi partie Sandrine Bailly, Florence Baverel ou encore Vincent Defrasne. Ce sont tous des athlètes que j’ai côtoyés très régulièrement. Même compétiteur et venant du ski de fond, c’est une discipline que l’on côtoie très régulièrement, sans parler maintenant des championnats de France de fin de saison que nous partageons, mais aussi des stages, des Jeux Olympiques… Ce n’est pas le même circuit ni le même milieu, mais on a quand même des affinités et certains regroupements qui font que nous ne sommes pas si éloignés que ça.
Avez-vous déjà eu l’occasion d’être compétiteur dans cette discipline ? Ou spectateur devant votre télé ? Est-ce que vous vous êtes déjà essayé au tir ?
J’ai fait une fois un biathlon, il y a 15 ans en arrière, sur une finale de la Coupe de France au Grand Bornand. C’est la seule fois où je me suis vraiment essayé au biathlon. J’ai aussi participé à des patrouilles au sein de l’armée lors de ces mondiaux militaires, mais j’étais chef de patrouille et donc pas autorisé à tirer. Par contre pour gagner du temps sur les skis sur cette épreuve, j’ai porté la carabine de Raphaël Poirée ou de Vincent Defrasne sur le dos, parce que le chef de patrouille, contrairement aux trois autres patrouilleurs, n’avait pas de carabine sur lui. Donc oui, on peut dire que j’ai quand même eu des « contacts » de longue date avec le biathlon.
Comment s’est passée la « passation de pouvoirs » avec Stéphane Bouthiaux (interview à venir) ? Vous déclariez au printemps que vous ne vouliez « rien révolutionner ». Qu’en est-il aujourd’hui, qu’avez-vous conservé, qu’avez-vous changé ?
Sur la passation je dirais que Stéphane Bouthiaux m’a vraiment accordé toute sa confiance. Je crois qu’à partir du moment où il a fait le choix d’arrêter le coaching, il s’est vraiment mis en retrait. C’est une décision qui a dû lui coûter car c’est quelqu’un qui adore le contact humain et l’entrainement. Pour le bien de l’équipe il s’est vraiment mis à l’écart sur toute cette partie-là. Il ne juge pas le travail qui est effectué, même s’il n’aurait peut-être pas organisé les choses de la même manière. Pour moi je trouve que cette attitude montre qu’il me fait pleinement confiance pour mener à bien sa succession. Il est là en soutien bien sûr, il ne reste pas loin et on se croise parfois. Il organise maintenant notre logistique, entre autre, et fait tout pour nous faciliter le travail. Il nous laisse porter notre projet, et surtout pour ma part le projet de la préparation physique des athlètes.
Justement vous parliez d’un « nouveau discours » dans ce que vous vouliez apporter, comment se matérialise t’il aujourd’hui ?
On ne va pas changer du tout ou tout mais certaines demandes ont été écoutées comme de modifier le programme de musculation. C’est vrai que cela a été une forte demande. Pour ma part j’ai côtoyé plusieurs préparateurs physiques, en tant qu’athlète ou en tant que coach, notamment pendant ces sept dernières années où j’ai été entraîneur des espoirs en ski de fond. J’ai du coup mis en place un programme différent de ce qu’ils avaient l’habitude de faire jusqu’ici. Je pense que c’est la plus grosse évolution de l’été dernier.
Il y a aussi le travail au niveau du tir qui doit être effectué. Patrick Favre a mis également en place des séances un tout petit peu différentes (Lire l’interview de Patrick Favre dans le dernier NordicMag). Mais les contraintes liées aux pistes qui sont organisées autour du pas de tir, restent nos lieux d’entraînement principaux et on ne va pas changer toutes les habitudes.
Une question particulièrement par rapport à Martin Fourcade. Avez-vous proposé du changement ou des améliorations dans sa technique de ski ?
C’est compliqué à 30 ans de dire qu’on va changer les techniques de ski. Même à 22/23 ans on se rend compte qu’au niveau de la technique il y a beaucoup de choses qui doivent être faites avant, dans les très très jeunes catégories. On peut peaufiner des détails mais on ne va pas révolutionner une technique. On va essayer d’optimiser certains gestes, on va peut-être, par des nouveaux mots, des nouveaux discours, apporter des nouvelles sensations techniques à l’athlète Au niveau gestuel, on ne va pas avoir une énorme révolution parce que c’est tellement ancré dans chacun d’eux depuis tellement d’années, que ce serait vraiment compliqué de tenter de révolutionner une technique.

Stage d’été et ski à roulettes pour l’équipe de France de biathlon ©l’estrepublicain
En tant qu’ex-fondeur de haut niveau, nous avons lu que vos entraînements étaient davantage basés sur du feeling au jour le jour, plutôt qu’un entraînement calibré à base de fractionnés. Est-ce que c’est quelque chose qui a évolué chez vous ?
Je dirais qu’en tant qu’athlète j’ai plutôt énormément travaillé avec l’altitude et la basse intensité. C’est vrai que c’était même un peu ma marque de fabrique et de celle de l’équipe de France emmenée par Roberto Gal. On était tellement souvent sur des glaciers, à travailler avec l’altitude, qu’on faisait énormément de basse intensité à l’entraînement. Aujourd’hui on a un peu évolué, même au niveau du ski de fond français. Moi ma méthode, si on doit parler de méthode, elle vient aujourd’hui des sept années de coaching que j’ai faites avec l’équipe de France de ski de fond, où j’ai côtoyé une douzaine d’entraîneurs. Avec ces anciens collègues, on a énormément échangé, on a essayé d’évoluer. Et c’est vrai aussi qu’aujourd’hui nous sommes moins au contact de l’altitude, notamment à cause de la recherche constante de sites d’entraînement proches de stands de tirs. Il y a aussi une évolution générale ces dernières années où l’on est beaucoup plus sur des pistes de skis à roulettes; on va chercher la neige un petit peu plus tard et parfois même nous avons recours à une piste de ski réfrigérée comme le tunnel à Oberhof. C’est vrai que ça nous amène à moins travailler en contact avec l’altitude mais du coup on peut se permettre de faire un peu plus de séances de fractionnés dans notre préparation. C’est un équilibre au niveau de la planification que j’ai proposé, avec une quantité de travail qui est de toute manière importante, et puis des séances spécifiques qualitatives à de l’allure course où les athlètes prennent des repères importants.
Entre les stages, les biathlètes ont-ils des « devoirs à la maison » ?
Ah oui bien sûr ! Le sport de haut niveau et la réussite passent par un travail quotidien. De toute manière c’est avant tout une passion ! On est en stage environ 12 à 15 jours par mois, mais le reste du temps bien sûr qu’ils doivent travailler chez eux. En regroupement lors des stages on va mettre en place des séances collectives, à la maison ce sera plus du travail individuel. Chacun trouve un équilibre là-dedans. Parfois c’est bien aussi de pouvoir s’entraîner seul chez soi aux horaires que l’on souhaite. On a aussi affaire à des contraintes familiales ou des contraintes qui peuvent être un peu différentes selon l’âge des athlètes. Martin a deux filles à gérer à la maison ou les jeunes comme Fabien Claude ou Emilien Jacquelin qui eux peuvent avoir à l’inverse besoin de plus de temps libre à certaines périodes notamment au printemps pour aller à l’université. Chacun à ses contraintes personnelles et là-dedans on trouve des équilibres pour qu’ils pratiquent hors stages car ils doivent le faire. Je me répète mais je pense que ce n’est pas une contrainte, au contraire c’est leur passion.
Quand on a quelqu’un du calibre de Martin Fourcade dans son équipe, est-ce qu’on entraîne « Martin Fourcade et les autres » ? L’entraînement est-il calibré pour chacun ou pour tous ? Est-ce qu’il faut connaître parfaitement ses athlètes?
Il y a une ligne directrice qui est générale, on est là pour un collectif. Aujourd’hui avec Patrick on a la charge de sept athlètes. On construit, on planifie nos séances d’une manière collective et après on adapte en fonction des sensations, du ressenti, du vécu de l’athlète. On cherche quand même à aller vers de l’individualisation, mais malgré tout sans trop s’éloigner de ce collectif. On essaie que la majorité des séances, notamment en stage, se fassent plutôt en groupe, et après parfois il y a des périodes qui peuvent être plus difficiles pour certains athlètes. Si on les sent un peu émoussés, fatigués, certains peuvent faire des séances un peu plus allégées pendant que d’autres vont continuer de travailler. C’est toujours un mix : on a la ligne collective directrice et puis après on adapte un peu. On s’efforce de mieux les connaitre.
Quelle est votre vision de l’approche à proposer aux jeunes (U15), ou aux débutants qui souhaitent se mettre au biathlon, en termes de volume, de type d’entraînement ? Pour progresser sans viser d’emblée des objectifs de très haut niveau.
C’est le rôle des entraîneurs de club avant tout pour les U15. En termes de volume, ça je ne peux pas trop dire. Il faut s’orienter vers une pratique régulière, progressive, c’est avant tout ça. Il ne faut pas oublier cette formation et bien préparer les athlètes, les futurs athlètes je dirais. Donner les bonnes bases au niveau du travail technique, du travail de qualités musculaires, c’est surtout ça l’important. Il ne faut pas vouloir faire forcément un copier- coller de l’élite, mais il ne faut pas oublier les bases au niveau des gestes de musculation, des gestes techniques. Oui je crois qu’à cet âge-là il faut continuer à leur apprendre, à leur faire partager une passion et surtout leur donner l’envie pour que l’entraînement soit un plaisir chez eux, qu’ils apprécient ça et qu’ils trouvent vraiment du plaisir dans leur pratique. Au niveau du coaching, ce qui est important c’est d’insister sur l’acquisition des bons gestes dès le plus jeune âge comme au niveau du tir. Comme je l’ai dit c’est compliqué de changer une technique chez un athlète d’élite. C’est tout ce qui est fait en amont qui est primordial, et il faut toujours être vigilant à être progressif, raisonnable et réfléchi dans ce que l’on met en place.

On va arriver dans la dernière ligne droite avant le début de la Coupe du monde. Quel est le programme de ce mois de novembre ? Qui participera à la Swiss Cup à Lenzerheide ? Est-ce qu’il y a des athlètes qui restent pour participer à la préouverture de Sjusjøen ?
Nous sommes actuellement en stage à Sjusjøen (NOR) avec les sept garçons, jusqu’au 15 novembre. Au programme c’est vraiment un gros bloc où on reprend contact sur neige avec un retour sur les skis et une continuité dans le travail amorcé depuis six mois. On se rapproche du début de saison, donc on commence aussi un affûtage un petit peu plus précis. Il y aura un ou deux chronos sur la fin de stage, pour vraiment prendre des repères en compétition. A la suite de ça, tout le monde rentrera chez soi. Tandis que Fabien Claude et Simon Fourcade, (lire l’interview de Simon Fourcade), partiront assez rapidement sur Lenzerheide en Suisse pour rejoindre les filles qui sont en stage et pour participer à ces deux Swiss Cup fin novembre. À la suite de ces deux courses, l’un d’eux validera le dernier ticket pour rejoindre le circuit coupe de monde.
On a six places aujourd’hui avec cinq « statuts A » qui sont protégés pour les deux premières étapes Coupe du monde. Cette Swiss Cup validera le dernier. Ce sera un moment un petit peu particulier parce que c’est vrai qu’on a vécu à sept pendant six mois et que là on va devoir être à six, contraint par les quotas. Maintenant la règle est claire, on doit faire une sélection pour partir à six sur Pokljuka.
C’est la particularité de ce début de saison, où l’on est amené à faire une sélection entre Fabien et Simon. Le reste de l’équipe ira sur un site enneigé dans les Alpes pour se préparer au mieux et reprendre quelques repères avec peut- être un peu d’altitude ou du moins sur une altitude similaire au site Slovène avant de partir pour Pokljuka une semaine avant le début de saison.
On sait qu’il y a quand même de l’excitation liée au début de saison, à la reprise des compétitions etc. Est-ce que participer aux épreuves de Sushøen ne permettait pas d’habitude d’évacuer tout ça ?
Personne ne restera sur Sjusjøen. Traditionnellement le début de saison se faisait en Scandinavie, là il se fera dans les Alpes. Donc on a fait le choix de faire un stage un peu plus tôt sur Sushøen, de redescendre à la maison ensuite, d’aller plutôt préparer Poljuka avec une semaine de stage, et reprendre des repères en altitude, plutôt que de rester en Scandinavie pour participer à ces courses de début de saison. Pour moi les athlètes ont assez d’expérience, assez de vécu, par rapport à ça. Ce n’est pas un problème d’aborder d’entrée de jeu les premières courses de Coupes du monde. Il y aura eu quelques chronos où chacun aura pu un peu se situer. Ces courses norvégiennes, ce n’est pas l’objectif, l’objectif reste la coupe du monde. Parfois ça peut aussi être un peu le piège de vouloir être prêts trop tôt. L’objectif est réellement d’être prêts pour un site comme Poljuka, qui est en altitude, et on préfère passer une semaine avant dans les Alpes, reprendre les bons repères à 1300/1400m.
Est-ce qu’il y a un entraîneur auquel vous vouez une admiration particulière (tous sports confondus)?
Non… Il y a parfois des attitudes, des gestes, qui ont pu me marquer. C’est souvent des gens qu’on côtoie. Chacun fait aussi avec ses qualités dans son coaching. Pour ma part j’ai vécu plus de 13 ans de coaching avec Roberto Gal qui était un excellent meneur d’hommes, avec des qualités humaines. Il mettait une dynamique de groupe vraiment énorme. Ca, ça a été un repère pendant longtemps pour moi. Je retrouve aussi un peu ça avec Stéphane, j’ai le sentiment que c’est quelqu’un qui, de par la confiance qu’il m’accorde aujourd’hui, arrive à transmettre énormément de confiance aux gens. Je pense que cette façon de faire a participé pleinement au succès du biathlon français ces dernières années.
Inversement j’ai eu des coachs qui étaient peut-être plus tournés vers l’aspect physiologique, programmation, entraînement. Leur savoir a permis aussi aux athlètes qu’ils entraînaient d’être performants. Mais voilà c’est un peu un mix de tout ça et j’essaie de m’inspirer aussi bien de l’un que des autres. Comme je l’ai dit j’ai côtoyé plusieurs entraîneurs quand j’étais entraîneur des espoirs. Ma méthode aujourd’hui elle vient de ces entraîneurs côtoyés ces dernières années, et chacun m’a apporté une vision un peu différente pour m’enrichir personnellement
Portrait Vincent Vittoz- Stage Sushøen(NOR) Novembre 2018 ©Vincent Vittoz
Vous êtes originaire de la Clusaz. Dans bientôt un an le biathlon sera de retour en France au Grand Bornand, est ce que cela va avoir une saveur particulière pour vous ?
Oui, ça l’avait été surtout quand j’étais athlète, lorsque la Clusaz avait organisé, un peu pour moi je dois dire, des coupes du monde. Mon frère était l’organisateur de ces Coupes du monde et La Clusaz était partie prenante dans l’organisation des compétitions. Bien sûr je connais l’ambiance des Aravis, et je connais l’ambiance festive que ces stations et ces villages sont capables de mettre en place. Mais je crois que ce qui est vraiment important avant tout, que ce soit le Grand Bornand ou pas, c’est de pouvoir participer à des compétitions en France, à la maison. On aimerait que cela ait lieu chaque année même. C’est vrai que c’est vraiment un plus pour l’équipe, pour chaque entraîneur, chaque staff mais surtout les athlètes- parce qu’on est là avant tout pour les athlètes- qui sont vraiment heureux de courir devant leur public. C’est toujours des weekends et des moments particuliers, ça c’est sûr.
Bon alors elles sont bonnes ces pâtes de Patrick Favre en provenance d’Italie ?
Surtout on a un jeune cuisinier, avec nous ! En tout cas l’ambiance est très conviviale ici à Sushøen. On est dans une ambiance type chalet où on se fait à manger. On a un cuisinierqui nous fait vraiment bien mieux à manger que les cuisiniers norvégiens, et je pense que c’est un vrai plus pour l’équipe.
Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Laura GRUDCHEW
Bonjour Simon, vous êtes à quelques semaines du début de la saison de coupes du monde, comment allez-vous ?
Simon Fourcade : Un petit peu émoussé, avec la préparation de notre nouveau coach Vincent Vittoz. Il est vrai que nous avons changé un petit peu de philosophie d’entraînement cette année. Une méthode qui me convient bien cependant et dans laquelle je me retrouve davantage.
Maintenant c’est aussi une approche avec des exigences qui sont un petit différentes au niveau de la préparation. On joue beaucoup moins sur la fraîcheur, mais beaucoup plus sur le travail jusqu’au dernier moment. Une méthode qui devrait nous pousser à conserver un niveau constant pendant toute la saison, c’est quelque chose d’assez nouveau et de très changeant pour nous.
Il va falloir être patient pour trouver ses marques, ce sont des choix voulus par le coach, avec des charges d’entraînements qui sont plus importantes et pas uniquement sur l’été, mais vraiment jusqu’à l’aube de la saison. Nous avons encore des volumes de travail conséquents avant de se régénérer un petit peu sur les dernières semaines. Cette approche d’entraînement novatrice est basée sur la préparation d’un coach non biathlète mais ex-skieur de fond de haut niveau (Vincent Vittoz fut champion de monde de ski nordique en poursuite en 2005).
Notre discipline est soumise à un circuit qui est un petit peu plus dense que celui du ski de fond, avec 2 à 3 courses par semaine. Les fondeurs ont eux des formats de courses un peu plus longs et certainement un peu plus physiques, mais ils n’enchaînent pas autant que nous au niveau des voyages et des déplacements.
D’ici quelques jours nous allons entrer plein pot dans la saison, ce sera l’occasion de voir si cette préparation, qui a déjà fait ses preuves en fond, portera ses fruits sur du biathlon. Personnellement je me sens bien physiquement et psychologiquement.

©Photo FFS.fr
Dixième du sprint et sixième de la poursuite à Arçon, comment jugez-vous vos récents résultats ?
On va dire que sur le dernier Summer tour je ne suis pas pleinement satisfait. J’ai été par contre très content de mon tir le dimanche, car les conditions étaient très compliquées et délicates à gérer. Sortir un 20/20 a vraiment été une bataille de tous les instants, donc ça, c’était plutôt une bonne chose. Physiquement je n’étais vraiment pas au point et pas apte à faire de bonnes performances, cela reste un peu le point négatif. Mais j’ai bon espoir et puis le ski à roulettes n’a jamais vraiment été ma tasse de thé, j’éprouve de bien meilleures sensations sur les skis. Avec les températures qui se refroidissent je suis optimiste pour aller chercher une qualification d’ici quelques semaines pour monter sur le circuit coupe du monde.
Justement, aujourd’hui il reste 1 place pour réintégrer l’équipe de France A de biathlon, cela va se jouer entre Fabien Claude et vous. Cette situation n’est-elle pas trop difficile à gérer au sein du groupe et de la pression individuelle ?
Non je pense qu’aujourd’hui j’ai la maturité qui me permet d’avoir pas mal de recul vis-à-vis de la situation. Je vois ça de manière très positive et pas du tout comme une sanction. Forcément, ça l’est dans le sens où je n’ai pas été au niveau les années précédentes d’où mon déclassement en groupe B et des sélections supplémentaires pour moi. Maintenant c’est une compétition qui est très saine entre Fabien et moi. Fabien c’est un jeune qui monte, je suis un peu le “vieux” qui essaye de se battre pour survivre et aller chercher quelques lignes supplémentaires qui manquent à son palmarès avant de tirer sa révérence.
J’ai une très bonne relation avec Fabien. On essaye de faire en sorte que cela soit le plus sain possible entre nous, même si forcément il risque d’y avoir un petit peu de tensions à venir dans les prochaines semaines. Dans la mesure où cette compétition se passe de la meilleure des manières, respectueuse, tout ira bien !
Fabien est réellement un très bon gars et on va tous les deux donner le meilleur de nous-même pour que le meilleur gagne. Il y aura d’autres places à aller chercher par la suite, et d’autres sélections en passant par le circuit IBU Cup. Toutes les portes ne seront pas fermées pour la saison. Bien que la situation ne soit pas évidente, car c’est la première fois depuis 2007 que je suis remis en sélection pour aller chercher une place sur la coupe du monde, c’est une chose que je vois de manière très positive comme une façon de me botter les fesses et sortir de cette zone de confort dans laquelle j’ai pu être, pour me pousser et aller de l’avant.

Le fait d’être un peu au pied du mur, est-ce quelque chose qui boost votre motivation ?
Je ne sais pas mais c’est une réelle remise en question en tout cas. Je me dis que je n’ai pas fait,, jusqu’à présent tout correctement pour pouvoir continuer à préserver cette place qui m’étais un peu réservé ces dernières années. Cela me pousse dans mes retranchements parce que là, il n’y aura pas le choix, pas de temps de chauffe et autres considérations, c’est une place pour deux, il faudra être devant point final et au vue de la forme actuelle de Fabien, cela ne sera pas simple à aller chercher. Je pars aussi du constat qu’à 34 ans, si je vais sur la coupe du monde, ce n’est plus pour apprendre, ou faire mes preuves, mais pour performer, donc si je ne suis pas en mesure de pouvoir gagner cette place, alors c’est qu’il vaut mieux la laisser à un jeune, qui pour le coup ira pour faire ses preuves, apprendre au fur et à mesure des compétitions.
Aujourd’hui, je n’ai plus envie de monter sur la coupe du monde pour aller chercher un top 30 ou top 20 mais pour faire des places marquantes, d’aller chercher un gros résultat et d’être régulier sur des performances notables. Si ce sont des choses que je ne suis pas en mesure de faire alors autant laisser la place.
Quels sont vos objectifs pour la saison qui arrive ?
Déjà cette sélection qui approche est un réel objectif en soi, ensuite en restant dans du concret ce sont les mondiaux d’Ostersund qui guident ma ligne de conduite pour cette saison avec pourquoi pas, un classement général honorable. Je ne parle pas de podium bien entendu, mais une place dans les 10 ou 15 premiers, chose que j’ai réalisé il y 2 saisons de ça. Je ne pense pas que mon niveau aujourd’hui soit si loin de celui que j’avais pu produire à cette période, on ne perd pas les choses en un claquement de doigts. Une place dans le top 15 serait déjà une performance et cela démontrerait une certaine régularité sur toute la saison. Si je dois choisir entre cette régularité, une médaille ou une place d’honneur sur les mondiaux, il n’y a ceci dit pas photo, je choisis la médaille ou la place d’honneur sur les mondiaux.
Quels formats de courses correspond le mieux à vos aptitudes et pourquoi ?
Le format qui correspond le mieux à mes aptitudes, n’est pas forcément celui que je préfère ; C’est assez paradoxal. On va dire qu’avec mes derniers résultats et ce que j’ai pu montrer récemment, ce serait la course qui favorise plutôt les tireurs comme le 20 km qui est celui qui me correspond le mieux. Ensuite c’est vrai que j’ai souvent tendance à prendre plus de plaisir sur des formats beaucoup plus explosifs. J’arrive en fin de carrière, je pense que le super sprint aurait été forcément une course qui aurait pu me convenir il y a quelques années. Mes formats préférés c’est tout ce qui est à la bataille comme la mass start, la poursuite. C’est là-dessus que j’ai tendance à prendre le plus de plaisir. Mais s’il y a bien une course sur laquelle je pense pouvoir chercher un gros résultat aujourd’hui, c’est sur l’individuel !
Avez-vous quelqu’un qui vous aide à travailler sur l’aspect mental ?
Alors j’ai travaillé avec beaucoup de monde sur le plan mental par le passé mais plus rien aujourd’hui. J’essaye de me servir de mes expériences et du travail effectué avec ces personnes avec qui j’ai collaboré pour faire ma propre sauce et essayer de rester performantet gérer les émotions dans les moments délicats.
On peut dire que vous avez un petit peu rongé votre frein sur les derniers JO. Est-ce qu’on arrive tout de même à s’imprégner de l’importance de l’événement dans cette situation de remplaçant de luxe ? Avez-vous quand même pu jouer un rôle au sein de l’équipe de France ?
Je ne sais pas, c’est compliqué à dire, je n’ai pas cette prétention de dire qu’en étant dans la peau d’un remplaçant j’ai pu apporter quelque chose et puis on est pas un sport d’équipe ! Alors oui, j’ai essayé de me rendre utile bien sûr, parce que je savais que j’avais peu de chance de courir compte tenu des résultats que j’avais produits jusqu’à là. Quentin Fillon Maillet était dans la difficulté à cette période, je lui ai servi un peu de sparring partner (partenaire d’entraînement) du mieux que j’ai pu afin qu’il puisse redresser la barre.
Quentin était clairement une chance de médaille lorsqu’il est arrivé à Peyongchang et il est passé à côté de l’événement. Je voulais tout faire pour qu’il retrouve cette confiance qui lui à manqué. Je suis sûr qu’avec un Quentin en confiance, sur un relais masculin notamment, de belles choses aurait pu se passer, cela n’a pas été possible et il n’a pas su réagir au bon moment.
Il lui a manqué 2 semaines de plus pour montrer ce dont il était capable comme ensuite à Kontiolathi (3èmedu sprint).
Mais oui c’était un peu frustrant pour moi à 33 ans de me retrouver remplaçant sur des jeux olympiques. Une situation pas évidente et pas simple à gérer, surtout que je n’ai pas eu l’impression de peser dans les décisions des entraîneurs pour éventuellement faire partie du relais, ou pour être aligné sur une course. C’était un petit peu une déception pour moi sachant que cette ambiance olympique je la connais (4èmeJO pour Simon). À mon âge j’aurais aimé y aller pour autre chose, bien que j’ai conscience que ce fut une marque de confiance des entraîneurs et des dirigeants de m’emmener. J’aurais aimer laisser ma place à un plus jeune pour qu’il puisse prendre part à cet évènement et emmagasiner de l’expérience sur les années à venir. Cependant s’il y avait eu un souci supplémentaire, je pense que c’est sur moi que l’on aurait compté et puis comme me l’a fait comprendre l’encadrement, une place de remplaçant c’est quelque chose qui ne se refuse pas.
Vous êtes un exemple d’abnégation dans ce sport de haut niveau, est-ce l’entraînement ou la compétition qui vous apporte le plus de satisfaction aujourd’hui ?
C’est bizarre, mais je crois qu’aujourd’hui c’est l’entraînement qui m’apporte le plus de satisfaction. Je crois qu’avec l’âge et l’expérience on apprend à écouter son corps, à mieux ressentir les jours ou on est bien comme les moins bons. En plus de cela je suis un passionné d’entrainement et de préparation physique ceci explique peut-être cela. Par exemple, j’apprécie énormément cette première année aux côtés Vincent Vittoz. J’ai accès à ces connaissances, issues d’une autre discipline, à la fois proche et différente. Je me fais énormément plaisir à l’entrainement. Je ne dirais pas que je ne me fais pas plaisir en compétition car ce n’est pas le cas, mais aujourd’hui je prends autant de plaisir à m’entrainer que de faire une compétition. Ce n’était pas le cas avant, je trainais un peu plus la patte pour aller m’entrainer et la compétition me faisait vraiment vibrer.
Si vous n’aviez pas été biathlète de haut niveau, vers quelle activité vous seriez-vous dirigé ?
Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup la danse, les activités sportives avec un aspect un peu plus artistique, j’aurais bien aimé aller vers cette discipline. Ensuite en milieu montagneux, à Font Romeu à l’époque, cela aurait été compliqué d’envisager une réelle carrière de danseur sans déménager dans une ville. La danse faisait partie de mes passions et cela continue de m’intéresser encore aujourd’hui.
Avec votre physique avantageux, n’avez-vous pas pensé à faire une reconversion de mannequin ?
Non, absolument pas ! c’est une chose que je n’ai jamais envisagé. J’ai bien sûr déjà participé à quelques shooting, pour des actions à but caritatif. Je communique un minimum sur cet aspect-là, bien que l’on me demande souvent pourquoi je n’essaye pas de me mettre plus en valeur.
C’est une chose que je n’ai jamais réellement encouragé car mon activité de sportif de haut niveau a toujours été la priorité jusqu’à présent. Si par la suite je reçois quelques propositions pourquoi pas mais aujourd’hui je ne suis pas dans cette dynamique, j’estime que je suis sportif avant tout et que ce n’est pas dans ce domaine que je dois m’exprimer et montrer des performances.

©Photo Emilien Jacquelin
Avez-vous déjà réfléchi à ce que pourrait être votre carrière post-biathlon ?
Oui, j’envisageais jusqu’à présent une reconversion dans l’entrainement, j’ai passé pas mal de formations dans ce sens. Maintenant je me demande aussi si j’ai envie de continuer, en tous cas dans un premier temps, dans le milieu du biathlon ou du ski nordique ; milieu que je côtoie depuis mes toutes jeunes années. J’ai peut-être envie de m’ouvrir et de connaitre autre chose et pourquoi pas aller proposer mes compétences, mon expérience et mes services dans une toute autre activité sportive.
Par exemple les sports collectifs qui demandent plus de qualités d’explosivité, de puissance, ce sont des sports qui me branche et où j’ai davantage envie de m’orienter par la suite …
Avez-vous un rituel ou une habitude particulière avant de prendre le départ d’une course ?
Je sais qu’à une époque, j’embrassais ma carabine avant de prendre le départ, je dirai que c’était plus une sorte de marque d’affection et aussi pour me rassurer. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, cela ne m’empêche pas de bien tirer ou non. C’était un petit rituel que j’avais à l’époque, une sorte de grigri !
Lorsque vous êtes dans le portillon de départ, quelle est la dernière chose à laquelle vous pensez ?
Jusqu’à présent ce qui me faisait le plus défaut c’était ma gestion de course, c’est toujours un peu encore le cas aujourd’hui. Donc ma dernière pensée, c’est de me focaliser un peu là-dessus, de me répéter « ne pars pas comme un foufou », ne pas partir la tête dans le guidon. Essayer d’avoir une gestion raisonnable en début de course pour pouvoir maintenir la puissance et la vitesse jusqu’à la ligne d’arrivée !
Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui souhaiteraient s’initier au biathlon, quel serait vos arguments pour les encourager ?
Si les personnes souhaitent s’y mettre avec plus ou moins d’intensité, ce n’est pas très compliqué surtout si vous avez l’envie et la motivation. Aujourd’hui, on a la possibilité de pratiquer avec des intervenants issus de structures spécialisées, bien qu’elles soient basées dans un milieu montagnard, il y a toujours la possibilité de pouvoir pratiquer le ski à roulettes associer au tir à la carabine dans des stands adaptés. Je peux conseiller aux personnes de se rapprocher d’un moniteur ESF, comme c’est le cas à Corrençon-en-Vercors par exemple. Étant assez proche de Lois Habert et Marie Dorin-Habert je conseille également de les contacter à travers leur nouveau centre nommé Zecamp qui est dédié à un public sportif.
Le biathlon était une discipline un petit peu confidentielle quand j’ai commencé. Aujourd’hui je pense que le biathlon peut vraiment exploser et devenir un sport plus populaire, plus accessible et bien que sans commune mesure avec les sports de masses comme football ou l’athlétisme, mais il y a un fort potentiel dans mon sport à mon avis.
Notre entrainement sur l’année est fait de 80% de ski à roulettes, c’est une activité que l’on peut pratiquer partout en France quel que soit le temps. Il suffit d’avoir un stand de tir pas très loin de chez soi.
Go Simon !
>>>Retrouver les bons conseils techniques de ski de Simon Fourcade ici
Interview entièrement réalisée avec les questions des supporters de biathlon et recueillie par Mickaël Godin fondateur de Martin Fourcade fan’s
Après son 11ème titre de Championne de France sur la poursuite à Arçon, Anaïs Bescond nous fait de nouveau* le plaisir de répondre à quelques questions, vos questions à vous les supporters du biathlon français. Petit come back sur sa préparation estivale été, mais aussi ses objectifs de la saison et son avenir en équipe de France…
Le championnat de France du week-end dernier à Arçon s’est bien passé avec une 2ème place sur le sprint et un nouveau titre sur la poursuite, peut-on dire que les voyants sont au vert à un mois du début de saison de compétitions ?
Oui pour le moment ça se présente bien, ça valide un peu la préparation estivale et ça rassure dans le même temps …ça met en confiance on va dire…
Comment s’est passé ta préparation durant l’été ?
La préparation a repris fin mai. J’ai pris plus de repos que les autres années parce que j’en avais besoin après cette saison assez éprouvante (rire). J’ai retrouvé l’équipe de France début juin. Ensuite je suis partie au Canada à Canmore, m’entraîner seule avec l’équipe canadienne pendant un mois. C’était une belle aventure, ça m’a bien plus ! Ce sont de supers entraînements là-bas. Après je suis rentrée pour aller directement en Norvège faire des compétitions qui ne se sont pas passées comme je l’aurais voulu…mais bon d’un autre côté avec le décalage horaire et la fatigue du voyage, on va dire que j’avais des circonstances atténuantes. La préparation a suivi son cours en août et septembre pour nous amener tranquillement à aujourd’hui. Rien de révolutionnaire à l’entraînement cette année, hormis le changement d’entraîneurs sur les deux équipes hommes et femmes. On a eu un staff renouvelé complètement et ça se passe bien.

Septembre 2018, lors d’un entraînement à Canmore, Photo ©www.anaisbescond.com
Des choses ont changées à l’entraînement en lien avec tes nouveaux coach ? Les bases des années précédentes ont-elles été conservées ?
On est resté sur des bases classiques parce que de toute façon, à 31 ans, je n’aurais pas forcément voulu apporter beaucoup de modifications. On a juste fait quelques changements en terme de musculation et forcément la programmation n’est pas exactement la même… ce qui change c’est le discours, une nouvelle approche.
Sur quels axes de travail as-tu accentué ton effort ?
Comme à mon habitude c’est au niveau du tir que je peux aller gratter le plus de secondes ! L’année dernière j’ai manqué un peu de réussite sur certaines courses qui font qu’une place dans un Top 6 se change en top 15 … J’ai essayé de mettre un peu l’accent sur le tir avec notre nouvel entraîneur, sans toutefois délaisser la préparation physique, parce finalement on n’a pas le choix, il faut avoir la caisse (rire) !
Le tir justement, sur quoi as-tu évolué ? Plutôt le couché ou le debout ?
Rapidité et précision, ce sont les deux choses primordiales sur lequel le travail a été principalement effectué. Pour l’instant c’est plutôt le debout et du coup je suis un peu en délicatesse sur le tir couché. Au final sur le dernier week-end d’Arçon, le travail accumulé ces derniers à payé sur les tirs couchés, donc ça va je n’ai pas de bête noir :-).
On sait que tu as une réelle amitié pour Marie Dorin-Habert, son départ de l’équipe a-t-elle altérée ta motivation à continuer sans elle ?
La motivation elle est intacte !! Elle est même plutôt reboostée des suites de mes bons résultats de l’hiver dernier. C’est carrément motivant de performer au plus haut niveau et d’atteindre ses rêves, après voilà j’ai retrouvé de nouveaux objectifs en biathlon. C’est sur que le départ de Marie ça change beaucoup de choses pour moi car ça faisait plus de 15 ans qu’on évoluait ensemble, qu’on partageait nos joies et nos peines… C’est une amie en plus d’avoir été une collègue d’entraînement, forcément ça change la donne.
7ème mondial la saison dernière, quel est l’objectif cette année ?
Ça va être dur de grimper des échelons au niveau mondial. Forcément, ça passera par des podiums en coupe du monde. Je vise clairement le top 3 au classement général !
Quelles sont pour toi les concurrentes les plus sérieuses ?
C’est toujours les mêmes grands noms qui circulent. Je pense à Kaisa Makarainnen, Laura Dahlmeier, Kuzmina … même si je ne sais pas trop quel programme cette dernière va suivre cet hiver. Elle a parlé de continuer mais d’être présente simplement sur les relais donc je sais pas trop si elle sera une concurrente sérieuse pour le classement général. Après il y a du beau monde, les filles qui vont vite on les connaît. Dorothéa Wierer n’a pas forcément fait un hiver aussi performant que les années précédentes mais elle est quand même une rivale potentielle. En gros les filles du Top 10 de l’année dernière seront présentes cette année. Justine Braisaz a aussi le potentiel pour aller jouer les victoires.
Sur quel format de course es-tu la plus à l’aise ?
Il semble que les poursuites me réussissent bien (rire). Mais encore une fois c’est comme pour le tir je n’ai aucune bête noire. Je n’ai aucune préférence non plus, ni gêne à faire l’une ou l’autre des épreuves en biathlon.
As-tu un site préféré, un endroit ou il faudra compter sur toi ?
J’ai toujours eu une affection particulière pour Antholz mais cette année j’ai le plaisir de retourner au canada et aux États Unis. Je ne connais pas les États Unis mais le site de biathlon à Canmore me plaît beaucoup et puis vu que je m’y suis entraîné cet été je compte bien mettre en pratique mes entraînements effectué sur place.
Les résultats de cette saison détermineront-ils la suite de ta carrière ?
Alors je ne me suis pas fixé de limites, ni d’objectifs réels même si beaucoup de monde me demande « est ce que l’on te verra dans 4 ans ? ». Non, 4 ans c’est long, donc je ne peux pas m’engager aujourd’hui mais par contre il est certain qu’il y aura trois paramètres qui me permettront de faire un bilan au printemps. En premier la motivation et l’envie, ensuite le physique, il faudra voir si mon corps encaisse toujours les charges d’entraînement pour retourner au boulot tous les jours et puis pour finir les résultats forcément. On verra tout ça en avril si je continue ou pas…Mais dans ma tête, je suis encore bien partis pour 2 saisons.

Souvenir de Canmore(Canada) été 2018, Photo ©www.anaisbescond.com
Après les entraînements, la saison de coupes du monde, trouve-on du temps pour autre chose, d’autres loisirs, assouvir ses passions ?
C’est vrai que c’est difficile. Le biathlon est extrêmement contraignant. C’est 100% du quotidien, voir du bi-quotidien pour les entraînements. Ça demande beaucoup de sacrifice et d’abnégation. J’aime bien passer le temps qu’il me reste avec ma famille et mes amis, J’aménage mon temps pour eux. C’est toujours un peu difficile car il n’y a pas que l’entraînement, il y a aussi la récupération qui fait partie intégrante du sport de haut niveau. Sans repos le corps ne suit pas et la tête non plus.
Il faut faire attention à se ménager dans tous les sens du terme. C’est difficile d’avoir une autre passion à coté car le biathlon est chronophage !
Un dernier mot pour tes fans ?
Je suis heureuse aujourd’hui de ce que je fais et plus ça va et plus je prends du plaisir à faire des courses, j’espère que ça va durer. Avec des événements comme le week-end des derniers Championnat de France de biathlon d’été à Arçon, ou il y a eu un engouement et des encouragements énormes, je prends énormément de plaisir. Ça me fait du bien de le partager avec les fans alors continuez à nous soutenir, c’est super !
Un grand merci à Anaïs pour sa gentillesse et sa disponibilité.
Questions issues des supporters de biathlon membres de divers réseaux sociaux. Propos recueillis par téléphone par Stéphane Bataille administrateur de la page Facebook Quentin Fillon Maillet Fan-Club
Après des résultats convaincants aux championnats de France de Biathlon en ski-roues, la très ambitieuse Enora Latuillière nous livre son regard sur sa préparation estivale, ses objectifs pour la saison à venir.
Altitude biathlon : Vous venez de réaliser de belles performances dernièrement avec une victoire en septembre à Arçon, et deux 3ème places il y a une dizaine de jours sur le même site. Où en êtes-vous de votre préparation ?
Enora Latuillière : J’ai été épargné par les soucis physiques cet été, une première pour moi ! (rires). Tout s’est bien passé, je suis bien dans mon programme. Là, on commence progressivement les séances d’intensité, avec plus de lactique (skier à haute intensité pour entrainer les muscles à résister à l’accumulation d’acide lactique). Au niveau des entraineurs, on a accueilli Frédéric Jean et Vincent Porret. Ils me connaissent bien, du coup c’est un tandem qui me va bien !
Vous n’êtes pas encore sélectionnée en Coupe du Monde. Il va y avoir une sélection au sein du groupe. Pouvez-vous nous expliquer comment cela va se passer ?
Nous partons à Lenzerheide en Suisse à partir du 12 novembre et ce jusqu’au 21-22 car là-bas ils utilisent le snow farming. A la fin du stage, nous participerons à des courses qualificatives. 4 filles pour 3 places ! Les sélectionnées pourront participer aux deux premières étapes de la coupe du Monde à Pokljuka (SLO) et Hochfilzen (AUT).
Du coup, comment vit le groupe par rapport à cette concurrence ?
Les entraineurs jouent bien le jeu. L’esprit d’équipe est très bon, c’est vraiment le plaisir à l’entrainement qui prédomine. C’est la première fois, qu’il n’y a aucune tension malgré les sélections à venir.
Par rapport à vos précédentes préparations estivales, quel aspect avez-vous privilégié pour franchir un palier et perdurer sur le circuit Coupe du Monde ?
Le mot d’ordre cette année a été vraiment de lâcher prise dans ma tête, d’écouter le plaisir ! Je suis une bosseuse, donc j’ai été à l’écoute de mon corps en privilégiant les moments de repos.
Vos problèmes de dos sont donc derrière vous ?
En fait, non, malheureusement ! Je dois gérer ces soucis récurrents (pincements discaux) à l’aide d’étirements.
Quels objectifs vous êtes-vous fixés pour cette nouvelle saison ?
Mon objectif est clairement de participer aux Championnats du Monde et de faire un maximum de courses. Pour cela, il faudra être dans les 4 meilleures skieuses ! Il s’agira d’être forte mentalement et savoir gérer la pression.
Au niveau des autres nations, quelles sont les filles qui vous ont fait une bonne impression cet été ?
J’ai vu que Karolin Horchler, après des années à naviguer entre la Coupe du Monde et le circuit IBU Cup, a remporté de belles courses aux Championnats d’Allemagne. Elle sera à suivre au même titre que Marte Olsbu, déjà très impressionnante.
Parlez-nous un peu de votre parcours sportif. Quelles sont les étapes importantes qui vous ont marquées ?
J’étais en sport étude ski alpin jusqu’en 4ème. J’ai été déclassé du ski alpin, mais étant hyperactive avec un besoin important de bouger, je me suis dirigée vers le ski de fond car j’avais beaucoup de copines qui en faisaient. Par contre, au début, je n’avais pas d’affinités particulières avec le fond, étant plutôt dans le style de me cacher dans les bois pour en faire le moins possible (rires). Après une dernière année au collège en sport étude ski de fond, j’ai opté pour le biathlon en seconde et ça m’a plutôt souri depuis !
Effectivement ! Depuis, quel a été votre meilleur moment vécu en biathlon ? Le plus difficile ?
Au niveau du positif, il y a 2 événements majeurs qui m’ont marqués. Le premier, c’est bien sûr ma médaille d’argent en relais lors des Championnats du Monde de 2015 à Kontiolahti. Plus proche de nous, c’est la 3è place au Grand-Bornand, l’année dernière, d’Antonin Guigonnat, mon compagnon, qui m’a énormément touché. J’en ai pleuré tellement c’était beau. Après des années, à faire le yoyo entre l’IBU Cup et la Coupe du Monde, il a réussi à faire ses preuves de la plus belle des façons. Au niveau des déceptions, c’est l’année qui a suivi mes débuts en coupe du Monde qui a été très dure à vivre. Des douleurs au dos m’avaient alors contrainte à tirer un trait sur la saison de manière prématurée.
Dans un contexte environnemental toujours très instable (sécheresse, inondations, tempête, manque de neige…) et au cœur des débats, quel regard portez-vous sur le changement climatique et la pratique future de votre sport ?
C’est vrai qu’on parle souvent de l’avenir de la planète entre nous. En fait, on est dans un vrai dilemme entre nos actions personnelles pour préserver l’environnement et, par exemple, le transport en avion pour participer aux courses ou l’utilisation du tunnel réfrigéré à Oberhof. Parfois on se dit, que dans le futur on fera toutes nos courses en ski-roues. Ça nous fait rire…. jaune !


Pour clore cette petite présentation, pouvez-vous vous définir en un mot ?
Persévérante !
Propos recueillis par Guillaume COURTOIS. Questions posées par les supporters passionnés de biathlon issus de divers réseaux sociaux
Crédit photos avec l’aimable autorisation d’ ©Énora Latuillière
Bonjour Franck, vous avez été à la tête de l’équipe de France de biathlon de 2016 à 2018 comme entraîneur de tir, pouvez-vous nous préciser votre rôle aujourd’hui ?
Franck Badiou : Je continue l’accompagnement de la nouvelle équipe sous la houlette de Patrick Favre et de Vincent Poret avec l’intégralité de ce que je faisais auparavant dans le cumul : toutes les préparations, test de matériels de tir pour l’ensemble des équipes fédérales, la relève et le groupe A.
Vous avez été médaillé olympique de tir en 92, comment êtes-vous arrivé à ce poste d’entraineur national de tir de l’équipe de France de biathlon ?

Franck Badiou : Alors mon parcours débute par un professorat de sport en 90, avec des missions sur les athlètes de haut niveau de la fédération de tir. Ensuite des missions de détection des jeunes sur le tir aux armes d’épaule à la carabine.
Suite aux changements de politique, j’ai trouvé que les critères étaient de plus en plus élitistes; je me suis donc retrouvé un peu à l’étroit et la situation devenait un peu tendue notamment en 2005.
Jean Pierre Amat et Yves Delnord, s’étaient tous les deux déjà expatriés de la fédération de tir, vers le biathlon. Yves Delnord qui était mon coach depuis cadet quand j’étais athlète et qui est la personne la plus important dans le domaine du tir à mes yeux, avait pris ses missions dès 98 comme préparateur d’armes. Nous avons gardé une étroite relation avec Yves. Voyant arriver la retraite et me sachant un peu malheureux dans ma situation avec la fédération de tir, il m’a proposé via l’énergie et le soutient du CNSM, de reprendre sa mission d’armurier et de rejoindre la famille du biathlon.
Donc ça s’est ficelé surtout autour de Yves et du CNSM, qui a créé ce poste spécialement pour pouvoir m’accueillir et offrir aux équipes de France de biathlon un panel complet en matière d’approche du tir sportif.
Sous l’aile de Yves pendant 2 ans, je suis rentré gentiment dans le cursus comme maître d’armes au sens large du terme. Stéphane Bouthiaux, qui était le patron de la section de biathlon me faisait parfois intervenir sur les séances avec ses biathlètes au printemps quand ils font beaucoup de tir de précision. C’est ainsi que j’ai croisé des jeunes comme Martin et beaucoup d’autres. Puis avec le départ de Siegfried Mazet il y a 3 ans, qui est parti rejoindre l’équipe nationale norvégienne, ils ont naturellement pensé à moi qui intervenais déjà souvent aux côtés des entraineurs.
Au niveau de vos entraînements, accordez-vous plus d’importance à la technique ou au mental ?
Franck Badiou : Les deux sont étroitement liés. Je ne pense pas qu’il faille mystifier le tir, en disant que c’est 80% dans la tête. Sans élément technique, sans savoir-faire on peut continuer à jouer plutôt que d’être dans le travail, mais mais c’est un cheminement qui à ses limites. Pour moi c’est un mélange des deux et c’est l’intégralité de l’enseignement du tir qui doit de se consacrer aussi bien à l’un qu’à l’autre.
On entend souvent les biathlètes parler de la fameuse pensée parasite, avez vous des techniques particulières pour essayer d’atténuer cette intrusion ?
Franck Badiou : La pensée parasite se glisse dans les interstices, dans les logements libres qu’on lui laisse. Si la pensée est accaparée par quoi faire au bon moment c’est bon, il faut occuper le terrain. Le tir n’est pas que de la technique c’est aussi employer ses méninges pour éviter d’être perméable. On parle de séquence de tir, de séquence mentale. C’est le pendant des gestes techniques. Ça veut dire utiliser les directives mentales pour que la technique se mette en place, pour être occupé à réaliser cette quête technique avec un haut niveau d’activation, d’interêt et d’enthousiasme comme disent les rugbymen. Un petit plus sur lequel il faut savoir jouer le jour de la compétition. Avoir une pensée douce ou un voeu pieux ça ne résiste pas aux pensées parasites, il faut vraiment avoir une rage terrible autour de la volonté et la détermination pour exécuter ce que l’on est venu faire et là ça peut marcher.

La programmation des entrainements est-elle spécifique à chaque biathlète ?
Franck Badiou : J’aime bien fonctionner avec les biathlètes comme le font les maîtres d’ armes en escrime. Je m’explique quand on est en stage, on y est pour apprendre la leçon. A coté on a l’équivalent d’un jour passé chez soi ou l’on peut mener sa propre quête personnelle. Pendant les stages c’est programmé de manière collégiale, c’est à dire pour tout le monde la même chose avec quelques adaptations, mais c’est un seul message commun et puis après des objectifs intermédiaires individuels à mener pour chacun jusqu’au prochain stage. Donc c’est à eux de passer du temps en fonction des carences à combler.
Cette année il y a eu de nombreux départs de biathlètes, beaucoup de changements dans les staffs au sein des différentes nations, comment appréhendez-vous la future saison qui arrive ?
Franck Badiou : C’est difficile à dire, je ne sais pas si les opposants à Martin seront revanchards et si ils auront le capital nécessaire. Pour les derniers jeux de Peyongchang, nous avons réalisé un travail un peu plus approfondi, nous y avons mis plus d’intention et d’envie. Il reste forcément des traces intéressantes dont on bénéficie à postériori. Ceux qui n’ont pas eu la chance d’être récompensés aux JO, auront toujours cette envie car en manque de quelque chose, ils risquent donc d’avoir le bénéfice de la charge de travail de l’année passée. Je pense à Johannes Boe, qui va vouloir aller de l’avant cette année. Il n’a pas eu la réussite escomptée à ses yeux en Corée, ce qui me fait dire qu’il va vraiment donner du fil à retordre à Martin.
Avec l’arrivé de Patrick Favre cet été, la méthode de travail est-elle différente ? Est ce qu’il y a des choses qui vous ont surpris dans son approche du tir ?
Franck Badiou : Non, pas du tout. Il a amené de la nouveauté c’est certain et explore des pistes que j’avais un peu remisé. Il a envie de certaines choses et les athlètes trouvent de l’intérêt donc c’est déjà tout bon. Cette méthode leur permet de réfléchir à ce qu’ils font derrière une arme, c’est le plus important. Il a également ce discours de sage qui est essentiel dans un milieu qui peut parfois être électrique. C’est toujours bon dans une équipe d’avoir quelqu’un qui tempère qui canalise par sa sagesse et cela va aider l’encadrement des filles qui est encore jeune. Il va emmener la composition nécessaire pour le biathlon, pour tenir les troupes. Il n’ose pas encore car il n’est pas nommé responsable de la coupe du monde, c’est Vincent Vittoz, mais petit à petit, je l’incite à prendre les devants car c’est lui qui doit « tenir la cagette ».
Nous avons tous en mémoire, la mass-start d’Oslo en 2017, lui avez-vous enseigné la technique du lancer de chargeur ?
Franck Badiou : (Rires) non mais par contre, c’est vrai qu’à ce moment là, nous n’étions pas loin de la panique ! Le lancer à été réalisé proprement par Jean Paul Giachino car moi j’étais décalé sur les tirs débout, je prenais d’autres infos. C’est Jean Paul qui a été inspiré et foudroyant sur ce coup-là.
Pour vous, aujourd’hui, qui est le meilleur biathlète face aux cibles, toutes nations confondues ?
Franck Badiou : Le meilleur, ça reste Martin, incontestablement. Après on ne les connaît pas tous intimement mais je connais trop l’approche de Martin, la manière dont il a géré tout ces évènements, les situations risquées et autres. Pour comparer avec tous les athlètes de tir des disciplines d’été, que je connais le mieux sur l’INSEP notamment, je trouve que son approche est remarquable surtout sachant que ce n’est pas quelqu’un qui a le tir dans la peau, il l’a appris, il l’a domestiqué et il a travaillé comme un dingue.
Après bien sûr qu’il a des qualités physiques exceptionnelles, mais un excellent biathlète c’est les deux. Martin n’est pas simplement qu’un moteur, il est hors normes au niveau de la tête. Peut être qu’un Simon Schempp est exceptionnel mais je n’ai pas le même sentiment lorsque l’on croise les regards que l’on voit les attitudes. Quand on observe Martin on se dit qu’il est à 110%. Il a un intellect fabuleux, une analyse rare en pleine action, Il traite toutes les informations proprement. C’est vraiment une machine !
Les jeux olympiques ont été une belle réussite pour l’équipe de France mais quel à été le moment le plus fort, émotionnellement à vos yeux ?
Franck Badiou : La poursuite victorieuse de Martin, sans hésiter ! Une totale démonstration de tout les savoirs -faire qu’on a mis en place. Pour chaque situations il a su prendre l’outil adapté pour continuer à bien tirer. Dans ces circonstances et compte-tenu de son petit retard au départ c’était compliqué à gérer.
A ce moment-là on se dit qu’il l’a déjà fait à Sotchi donc il va le refaire. Mais c’est encore plus compliqué que ça. Il a réussit à éviter d’être trouillard, fermé ou à vouloir bétonner ces tirs pour assurer le coup. Il a été capable, non seulement d’être original, mais d’avoir le courage de tenter d’autres petites choses à des moments clés et c’est ça qui est ultra fort . Cela m’a mis la larme à l’oeil.

Depuis quelques années, il y a un engouement croissant autour du biathlon, une bonne chose pour la discipline, comment expliquez vous cela ?
Franck Badiou : Les droits télé, l’Équipe TV qui a pris ça à son compte, cela a fait le plus grand bien à la discipline. Grâce à cela les gens ont découvert les scénarios improbables du biathlon, des tragédies, des grands moments de sport. J’en suis presque jaloux, car je viens d’une discipline obscure. La combinaison entre les jolis paysages, la performance physique et l’incertitude permanente liée au tir, fait que c’est un sport très attractif. En plus les gens ont découvert des personnages comme Martin, Marie, Justine… humbles, posés, tranquilles, avec de vraies personnalités.
Comment envisagez-vous votre avenir ?
Franck Badiou : Je vais voir comment mon apport en soutien ou en technicien supplémentaire peut être considéré ou pas dans le staff. Si je vois qu’ils arrivent à faire leur sauce tout seul, que je suis d’un faible intérêt, je n’irais plus sur les coupes du monde, je me tiendrais en retrait avec seulement une présence ponctuelle à leurs côtés.
Il y cependant plein de choses à faire au niveau du développement du matériel au CNSN (centre national de ski nordique) à Prémanon, et d’autres choses qui s’organisent au niveau de l’ IUT d’Annecy et de Polytechnique.
Que pensez-vous des sportifs amateurs qui s’initient au biathlon* avec tir à la carabine 22 LR ?
Franck Badiou : Je ne suis pas contre, au contraire, j’ai été estampillé au niveau compétition avec peut-être un côté un peu intégriste autour des disciplines olympiques. Je pense qu’il faut animer les stands de biathlon ou stands de tir et la chose positive quand on est derrière une arme dans ce genre de sport, c’est qu’il n’y pas besoin de se comparer à autrui.
Seriez-vous tenté pour intervenir dans des séminaires d’entreprises pour montrer le parallèle réussite au travail et réussite sportive par le mental ?
Franck Badiou : Oui, après il faut pas trop se la raconter non plus quand on est entraîneur. Il faut en tout les cas parler avec ses mots, ne pas vouloir donner la leçon à des managers qui en savent encore plus sur la psychologie du travail, même si cette dernière est proche de celle des athlètes professionnels. Pour faire une illustration pourquoi pas, ça peut être sympa mais je ne me vois pas de donner la leçon à des cadres.
Qui sont vos armuriers et crossiers ?
Franck Badiou : Pour l’équipe de France, c’est moi ! On a aussi des fournisseurs, on s’appuie sur l’armurerie Sanseigne à Pontarlier par exemple, puis après ce sont les fabricants allemands où l’on s’approvisionne. Ensuite tout va à Prémanon pour le côté investigation, l’optimisation comme on dit, bref faire du tri sur les canons en y ajoutant des petites touches franco-françaises pour finaliser nos carabines comme on aime 🙂 .
Crédit photos avec l’aimable autorisation de Franck Badiou ©ski nordique.net
5ème volet de notre saga « les pionniers du biathlon ». Véronique Claudel a été un maillon fort de l’équipe de France de biathlon et une pièce maîtresse dans les relais, auréolée d’une victoire historique aux JO d’Albertville en 1992 avec Corinne NIOGRET et Anne BRIAND. Aujourd’hui monitrice de ski dans ses Vosges natales elle continue à transmettre son savoir à sa fille qui a pris … le relais :). Quand on est passionné pour le ski nordique et le biathlon c’est pour la vie.
Bonjour Véronique, tout d’abord pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis originaire de la Bresse, les Vosges, ski club La Bresse Haute. Je suis arrivée en équipe de France en junior dans l’équipe de fond jusqu’en 1985 et puis j’ai bifurqué rapidement en biathlon durant l’hiver 1986.
Continuez-vous toujours à suivre les compétitions de biathlon ?
Oui un petit peu, l’ hiver je suis à l’école de ski, je continue bien sûr à suivre car mes enfants pratiquent aussi le biathlon.
Pour vous aujourd’hui, quels sont les évolutions techniques les plus marquantes apportées au biathlon ?
Je trouve que c’est un peu dans tous les domaines. On s’aperçoit que le gros du travail a été fait depuis notre génération et celle d’avant aussi. Là, le plus flagrant, c’est au niveau des carabines, avec des réglages beaucoup plus précis, des pas de tir beaucoup plus plats, ce qui permet un tir beaucoup plus propre, moins instinctif, mais tout aussi joli. En ski, c’est pareil, à peine plus court, un cadre peut être un peu plus solide et des matériaux qui évoluent. Il n’y a pas de révolution énorme, cela s’est fait petit à petit. On s’aperçoit que cela s’améliore de saison en saison, il y a de la recherche, c’est un milieu qui bouge, qui est en constante évolution.
Pensez vous qu’avec toutes ces avancées technologiques, si vous aviez disposé de ces moyens à votre époque, cela aurait-t’il influencé vos résultats en général ?
Oui sûrement, mais nous avions aussi par rapport aux autres nations des avancées, nous n’étions pas en retard, mais c’est sûr que de courir avec les moyens de maintenant il y a 20 ans, on aurait mieux tiré, nous serions allés plus vite en skis. Mais à notre époque, nous n’étions pas en retard, je pense même que nous étions en avance sur certaines nations.
Aujourd’hui, êtes-vous en admiration pour une nation ou des biathlètes en particulier ?
Les Français, parce qu’ils font de super résultats, ils nous étonnent tout le temps avec des moyens qui n’ont pas évolué. Je ne pense pas qu’ils aient beaucoup plus de moyens que nous. Ils sont épatants, ils continuent de truster les podiums.
L’équipe de France faisait-elle partie des plus grandes nations. Durant votre carrière quelles étaient les pays qui dominaient le biathlon mondial ?
Oui, avec les Norvégiennes et les Allemandes. Chez les hommes cela dépendait, il y avait les Italiens, les Norvégiens, cela tournait. On va dire qu’il y avait 4 ou 5 nations fortes. Les Russes, les Norvégiens, les Italiens, les Allemands…et les Français.
Le 14 février 1992 restera une date historique pour le biathlon français, avec votre titre olympique sur le relais. Vous souvenez-vous des sentiments qui vous ont traversée au moment où Anne a fait tomber la dernière palette sur le pas de tir ?
Oulala…j’ai compris tout de suite qu’on avait gagné, sauf accident ! Ce qui n’était pas le cas pour ceux qui ne connaissaient pas bien le biathlon. À ce moment précis, on se dit que l’on a réussi, on sait que derrière il va y avoir plein de choses. Que ce n’est pas une course « normale », même si nous, nous l’avions considérée comme telle en amont. On l’avait fait quinze jours avant, gagnant une épreuve de coupe du monde, là ce n’était qu’une nouvelle victoire, mais quand ce sont les Jeux, ce n’est pas pareil, il y a l’impact médiatique, tout va plus vite, pas autant que maintenant certes, car on n’avait pas de réseaux sociaux. On savait qu’il y aurait des retombées, mais par manque d’expérience nous n’avions pas mesuré. On a tout pris au pied de la lettre. C’est une fois rentrées à la maison au printemps, qu’on a réalisé, car juste après les Jeux nous sommes reparties sur la coupe du monde. Aujourd’hui encore l’impact d’une médaille d’or doit être autrement différent.
Ce titre olympique, vous l’auriez échangé contre un gros globe de cristal ?
Je ne sais pas, ce n’est pas la même saveur, ce n’est pas la même chose. Un globe de cristal c’est sur une saison, une médaille c’est sur un tout petit moment. Après réflexion non, moi je ne l’aurais pas changé parce que quand on est sportif, on rêve tous d’une médaille olympique, tous ceux qui ont le virus de la compétition, pour nous sportifs les Jeux c’est le summum, la coupe du monde c’est bien, mais ce n’est pas du tout comparable.
Qu’est ce que ce titre olympique a changé dans votre vie au quotidien ?
Je ne suis plus la même personne, même maintenant, comme je suis toujours dans le milieu du biathlon, quand j’enseigne le ski l’hiver, les gens veulent faire une photo avec moi, mais le moniteur à côté, qui est aussi compétent que moi, lui n’a pas sa photo ! C’est une reconnaissance, on est quelqu’un d’autre que la personne « physique » on représente une valeur sportive.
Après ce titre, vous a-t-on sollicité pour intégrer l’encadrement de l’équipe de France ?
Non, ce n’est pas un poste pour les filles, moi je n’aurai pas voulu ! Celles qui ont essayé se sont cassé les dents, il faut encore du temps pour qu’une fille prenne une fonction dans une fédération. Et puis quand j’ai arrêté la compétition, je voulais quitter le milieu, j’avais assez donné, je voulais voir autre chose. Je ne voulais plus repartir le sac toujours fait…
Avec l’ensemble des résultats de la nouvelle génération, que pensez vous de ce fort engouement autour du biathlon ?
C’est bien dans un sens, parce que je le vis au quotidien. Les gens qui viennent à l ‘école de ski ce sont des personnes qui suivent le biathlon aujourd’hui à la télévision. Cela a fait un bien énorme à notre sport. Commercialement et économiquement c’est très intéressant aussi.
Après je pense que pour les biathlètes aujourd’hui c’est aussi une lourde charge, sont-ils capables d’endurer tout ce qu’ils vivent là ? Au niveau médiatique, je ne sais pas ! Ce doit être fatigant au quotidien d’être sans cesse reconnu. C’est un sport tellement difficile, il faut une grande force de caractère et nous sommes obligés d’être humble, car tu peux être devant un jour et le lendemain tu sors 2 balles et tu te retrouves 30ème…Il faut espérer que cela continue si on a encore un peu de moyens. Il est de notre rôle aussi d’essayer de sensibiliser les gens pour que les futures générations puissent encore s’exprimer dans ce sport. C’est toujours un pari.
PALMARÈS
Championne olympique de relais 1992
4 podiums individuels : 3 deuxièmes places et 1 troisième place.
6 victoires en relais.
12 fois championne de France
Merci à Mickaël GODIN pour avoir réalisé cet interview et à Claude DORANGE pour la relecture avisée
4ème volet de notre saga « les pionniers du biathlon » Patrice Bailly-Salins le Jurassien de Morez, fut le premier biathlète français vainqueur du classement général (1994) et 1er champion du monde masculin (1995). Compétiteur-né Patrice a prouvé au monde entier, après la médaille d’or du relais féminin en 1992, qu’un français pouvait devenir un grand champion de biathlon dans les courses individuelles. Ces nombreux succès ont fait écho aux générations suivantes qui ont bonifiées cet héritage sportif laissé par ce champion hors normes et au parcours atypique.
Patrice, peux-tu nous parler de ton parcours de biathlète ?
J’ai un parcours très atypique. Je n’ai débuté le biathlon qu’à 19 ans. Au départ, je n’étais pas du tout destiné à faire du biathlon. Je faisais du ski alpin, et j’avais de bons résultats. Mes copains de l’époque étaient les frères Picard (Franck et John), il y avait aussi Lucho (Luc Alphand)… Ils étaient meilleurs que moi, bien que j’aie pu avoir de bons résultats au niveau régional. Puis à 19 ans, je suis allé faire mon service militaire à Chamonix. C’est grâce à l’armée que j’ai découvert le biathlon…En fait, je suis un pur produit de l’armée. Durant ma carrière de sportif de haut niveau, j’étais sous contrat avec l’armée. Moi, ce qui me plaisait, c’était le triathlon militaire…
Peux-tu expliquer ce qu’est le triathlon militaire* ?
C’est trois disciplines, à savoir du ski alpin et du biathlon, le combiné donne un classement général …Et donc, en 1988, alors que je travaillais pour l’armée, David Moretti me contacte et me propose d’intégrer l’équipe de France B de biathlon. Mais mon rêve était d’aller en équipe nationale de ski alpin…J’ai donc refusé la proposition de David. Je pense avoir été le premier athlète à dire non pour intégrer l’équipe de France. Mais David était quelqu’un de tenace. Il a contacté l’armée, il a contacté mon entraineur et un accord a été trouvé pour que je puisse intégrer l’équipe B de biathlon mais à partir de novembre et jusqu’à la fin de la saison d’hiver…En décembre 1989, je cours ma première épreuve en coupe du monde de biathlon aux Saisies. J’avais été sélectionné, avec 7 membres de l’équipe A. J’étais le premier de l’équipe B et j’avais donc mon ticket pour participer. C’était ma première expérience en coupe du monde et j’ai pris une grosse fessée par les allemands notamment…J’avais l’habitude de courir en Coupe des Alpes et là, le niveau n’était plus du tout le même
En coupe des Alpes ?
Oui, c’était l’équivalent de l’IBU Cup d’aujourd’hui. Nous courrions uniquement entre nations de l’arc Alpin, à savoir les Allemands, les Autrichiens, les Italiens…Les nations scandinaves n’étaient pas présentes, ni même les Russes. C’était quand même un niveau en dessous de l’IBU Cup d’aujourd’hui. Donc, tu imagines quand tu arrives sur le circuit de la coupe du monde…avec tous les cadors de la discipline.
En mars 1992, je gagne ma première épreuve en coupe du monde. C’était un sprint à Fagernes, en Norvège. En fait, les épreuves étaient prévues sur le site d’Holmenkollen à Oslo, mais la météo était très mauvaise…et au bout de trois ou quatre jours de mauvais temps, les épreuves ont été déplacées à Fagernes. Thierry Dusserre avait fait 4ème de l’individuelle la veille et j’avais très envie de réussir après sa belle performance. »

Tu deviens donc le premier français à gagner une épreuve de biathlon en coupe du monde ?
Eh bien non. Le premier français à avoir gagné une étape de la coupe du monde, c’est Hervé Flandin, à Canmore au Canada, en mars 1991. Ce jour-là, Hervé gagne juste devant moi. On fait 1 et 2. C’est le premier doublé de l’histoire du biathlon français !
Le biathlon est né dans les années 1960. Très populaire dans les pays scandinaves et en Russie, ce n’est qu’en 1992 que l’on a commencé à en parler France, avec la victoire d’Anne Briand, Véronique Claudel, Corinne Niogret au relais des Jeux Olympiques d’Albertville. Tu étais déjà biathlète à l’époque. Comment fait-on pour se mobiliser pour un sport aussi exigeant comme le biathlon sans la reconnaissance du public français ?
C’est la passion du biathlon tout simplement. Comme je te le disais, avant de goûter au biathlon, je rêvais d’une carrière en alpin. Pourtant, à partir de 1990, j’’ai posé les skis alpins au placard. Je ne me suis jamais posé la question de savoir si le biathlon était médiatique…Je l’ai pratiqué parce que j’avais la passion de cette discipline, tout simplement. Eurosport diffusait à l’époque les épreuves, et le biathlon était populaire en Allemagne, en Russie et évidemment dans les pays scandinaves. Mais je pense que ce sont les résultats qui font la popularité. Le biathlon est devenu populaire et regardé en France car les résultats sont bons depuis déjà plusieurs années, et notamment ces dernières années avec Martin Fourcade. Je pense que la France n’est pas un pays de sportifs…Alors je crains que, sans résultats, le biathlon ne retombe aux oubliettes.
Tu avais selon tes anciens co-équipiers des qualités hors norme sur les skis. Comment te situais-tu dans les courses de fond spécial ?
Je n’ai participé qu’à très peu de course en fond spécial. J’ai le souvenir d’un 50km en coupe de France, où j’arrive 5ème, derrière les frères Balland (Hervé et Guy), et Dominique Locatelli je crois…
Tu gagnes ta première course en coupe du monde en 1992 à Fagernes. Pensais-tu à ce moment-là gagner le gros globe deux ans plus tard ?
Non, pas du tout. Gagner une fois, c’est bien. Mais gagner le classement général de la coupe du monde, c’est une autre affaire. En 1992, j’ai été surpris de gagner. En 1993, je deviens plus régulier et je gagne le classement général de la coupe du monde en 1994. J’ai eu une progression constante. Et pour gagner le classement général cela demande une régularité de tous les instants. Tu ne peux pas avoir un jour sans. C’est très dur.
Ce titre en 1994 et l’ensemble de ton palmarès te permettent-il de bien vivre aujourd’hui ?
Oh non. Dès que j’ai pris ma retraite d’athlète de haut niveau, j’ai repris la station de ski de mon papa. (Les gentianes, à Morbier). J’ai depuis revendu la station de ski et aujourd’hui, j’ai des gîtes dans le Jura et je m’occupe de mes gîtes. J’ai gagné ma vie pendant 15 ans grâce à l’Armée, mais ce n’est pas mon titre de vainqueur du classement général de la Coupe du Monde qui m’a permis de me tourner les pouces ensuite. Après ma carrière de biathlète, je ne voulais pas m’orienter vers le biathlon. J’ai repris du service malgré tout en 2008, car Christian Dumont m’a proposé à l’époque de prendre la responsabilité du pôle France à Prémanon, été comme hiver. J’ai occupé cette fonction jusqu’en 2013.
A l’époque, la revue du ski en France s’appelait « Ski Français ». J’ai le souvenir de te voir, dans un long article, avec ta combinaison fluo du comité du Jura, jaune et rose je crois… Et il me semblait que tu skiais sur des skis Rossignol jaune… or dernièrement, en préparant cette interview, j’ai vu des photos de toi avec des skis Atomic… Quel était ton équipementier ?
Ah tu as une bonne mémoire (rires). En effet, jusqu’en 1995, je skiais sur des skis Rossignol, et avec des chaussures Salomon. Salomon me fabriquait deux paires de chaussures par hiver, à ma taille. J’ai le pied très fin et j’avais la chance d’avoir des chaussures sur mesure. Mais à partir de 1996, Rossignol voulait que je sois à 100% équipé par eux, à savoir skis et chaussures. C’est d’ailleurs une règle qui s’est développée depuis. Les biathlètes et les fondeurs sont globalement équipés par le même équipementier pour les skis et les chaussures. Comme j’étais en bon terme avec les gens de chez Salomon, j’ai décidé de rester avec eux pour les chaussures et je suis donc passé chez Atomic en skis. Mais j’ai gardé de bons liens aussi avec les gens de chez Rossignol.
Parmi les biathlètes de ta génération que j’ai interrogés, tous me disent que tu étais un compétiteur incroyable, avec une rage de vaincre, capable de se mettre « sur le toit » à chaque course… Es-tu de cet avis ? Quels sont tes secrets pour parvenir à cela ?
Oui, c’est vrai. J’avais cette capacité à me faire mal, parfois même au-delà du raisonnable. Souvent, lors des chronos en septembre/octobre, j’étais à la traîne par rapport aux copains. Mais dès décembre, et dès que j’avais un dossard sur le dos, je n’étais plus le même homme. Quentin Fillon-Maillet me donne la même impression.
C’est un truc de jurassien si je comprends bien ? (Rires). Quel est ton meilleur souvenir en biathlon ?
Ma victoire du classement général de la coupe du monde en 1994. Quand tu penses que Raphael Poirée en a 4 et que Martin en a 7… !!! C’est tellement dur. Je crois que le jour ou j’ai gagné le classement général en 1994, j’ai dit aux copains le soir même « plus jamais ça » tellement cela a été dur
Et le pire ?
On ne retient pas les mauvais souvenirs… Mais je pense que mon pire souvenir est cette chute, devant l’hôtel à Antholz en 1996. Il y avait de la glace devant l’hôtel, je suis tombé, et le verdict tombe : entorse du genou !! J’étais vraiment déçu… Trois semaines après, il y avait les championnats du monde à Ruhpolding, un site que j’adore et j’espérais beaucoup de bons résultats… Malheureusement, je ne me suis jamais réellement remis de cette entorse.
As-tu une anecdote rigolote à raconter durant ta carrière ?
Lorsque j’ai gagné ma première victoire en coupe du monde à Fagernes, les filles m’attendaient à l’hôtel. Elles avaient couru le matin, et quand je suis arrivé à l’hôtel, elles m’ont attrapé et je suis passé tout habillé dans la piscine de l’hôtel. Moi qui n’aime pas l’eau, j’ai été servi (rires).
Tu étais très proche de ton coach David Moretti. Que lui dois tu ?
Tout. Je lui dois tout. C’est lui qui a vu en moi mon potentiel, qui m’a contacté en 1988, qui a insisté. Il était droit, loyal. Moi aussi, j’ai le sentiment d’être quelqu’un de droit. On s’est bien trouvé. David, c’était mon gourou. Quand j’ai gagné le classement général de la coupe du monde en 1994, il était déjà très malade et pourtant, il est venu, à Canmore au Canada pour la dernière épreuve. C’était un sprint. Pour gagner le classement général, il fallait que je sois devant Sven Fischer….. Ce jour-là, je fais 3ème et Sven arrive 4ème, à 9 secondes. Tu vois, ça tient à peu de choses… Et à l’arrivée, David me dit « Bailly, tu l’as fait ». Il est mort quelques mois plus tard et je lui dois beaucoup.
Cet interview a lieu quelques jours à peine après l’annonce de Martin Fourcade, à savoir la fin de sa carrière de biathlète. Lorsque l’on parle de Martin, les superlatifs manquent. Il semble tout simplement incroyable, le genre de mec né sous une étoile divine. Quel conseil lui donnerais-tu pour sa future vie de retraité ? (Qui sait, peut-être qu’il lira un jour cette interview).
Je me garderai bien de lui donner des conseils…Il sait tout faire, nul doute qu’il saura se reconvertir.
Martin Fourcade annonce la fin de sa carrière alors qu’il est encore au sommet de son art. Que penses-tu de cette décision ? La vie de biathlète est-elle difficile ? La vie de famille est-elle compatible avec la vie de biathlète en équipe de France A ?
Oui, la vie de biathlète est dure. Durant l’hiver, tu n’es jamais à la maison, ou tu passes en coup de vent. Tu vois, en 1998, avant de partir pour les Jeux Olympiques de Nagano, mon fils de 4 ans me dit « J’espère que c’est la dernière fois que tu t’en vas » … Je pense que c’est pareil pour Martin. Ses deux filles doivent lui manquer. En plus, il arrête en pleine gloire, il ne fait pas les choses à moitié (rires).
Lui vois-tu un successeur ?
Peut-on succéder à Martin ? Il a mis la barre tellement haute…Mais les records sont faits pour être battus. Les autres membres de l’équipe de France sont très forts…Quand Raphaël a quitté le biathlon, je me suis dit qu’il serait difficile de lui trouver un successeur et tu vois, on n’a pas été déçus !!
L’équipe de France dispose de techniciens, d’un camion de fartage que les autres nations nous envient… Chaque biathlète a une housse composée d’une trentaine de paires de skis… Était-ce déjà le cas à l’époque ? Ou les choses étaient-elles plus artisanales ?
On n’avait peut-être pas 30 paires de skis dans la housse mais on était bien servis quand même… On devait en avoir une quinzaine… et nous avions déjà des techniciens, une cellule de fartage… On avait déjà du super matériel. Il y a eu sans doute une bonne évolution sur le fartage mais on n’était vraiment pas à plaindre.
Qui étaient les biathlètes que tu admirais lorsque tu étais jeune compétiteur ?
Forcément, j’admirais les meilleurs biathlètes, souvent des Allemands, des Russes… Evidemment les Norvégiens. Mais une fois dans le haut niveau, je me suis aperçu que nous ne mangions pas dans la même gamelle. J’ai de l’admiration pour les gens qui sont clean. Et avant la chute du bloc de l’Est, le dopage était très pratiqué dans le sport de haut niveau et surtout par les nations de l’Est. Et le biathlon ne dérogeait pas à la règle… Ce n’est pas un hasard si nous, on a commencé à faire des résultats après les années 1990. Les contrôles devenaient plus stricts… c’était les débuts de l’EPO… Et tu vois, cet hiver, les podiums sont principalement occupés par des Norvégiens et des Français. Mais je ne me réjouis pas de l’absence de résultats chez les Allemands. N’oublie pas que le biathlon est très populaire en Allemagne et les principaux sponsors de l’IBU sont des sponsors allemands… Si demain, les équipes allemandes ne font plus de résultats, les sponsors risquent de délaisser le biathlon…
Dans son livre, Martin Fourcade rend hommage à toutes les personnes qui ont inspiré sa carrière et notamment ses entraineurs… (Thierry Dusserre, Denis Boissière… Siegfried Mazet, Stéphane Bouthiaux…). Et toi ? Quelles sont les personnes et notamment les entraineurs qui ont animé ta carrière ?
Alors évidemment, il y a David Moretti. Mais mon premier entraineur était André Jourjon. C’était un militaire qui est arrivé 8ème au JO de Lake Placid en 1980. A l’époque, les courses se faisaient en classic. Il y a eu aussi Patrick Ancet.
*à l’image du concept combiné nordique ou de l’épreuve de poursuite en biathlon, le triathlon militaire se composait de 2 manches de géant, les écarts de temps du classement du géant, par un savant calcul de conversion, donnait une liste de départ pour la poursuite en biathlon du lendemain (sytème Gundersen). Le premier biathlète qui franchissait la ligne était déclaré vainqueur du triathlon
Interview menée par Guillaume TROLONG-BAILLY
Avec l’aimable supervision de Nicole Ragache et Claude Dorange
3ème volet de notre saga « les pionniers du biathlon ». Thierry Dusserre, « bronzé » aux JO de Lillehammer (1994), devant les locaux norvégiens est, depuis sa retraite en 1998, un faiseur de champions(nes) dans son rôle de coach du comité du Dauphiné et du pôle espoirs. Ce vertaco (habitant du Vercors) ne compte pas son énergie pour transmettre aux futurs grands (des) sa passion pour le biathlon de haut niveau et son goût pour le travail bien fait.
Thierry, tu es ancien biathlète de haut niveau, membre de l’équipe de France de 1988 à 1998. Peux-tu nous présenter ta carrière de sportif et nous dire comment en es-tu arrivé là ?
Je suis né en 1967 à Romans sur Isère. Mes parents habitaient à St Martin en Vercors, et à l’époque, il y avait de la neige. Le ski était la seule activité que nous pouvions pratiquer l’hiver. J’ai découvert le biathlon en 1984 lors des Jeux Olympiques de Sarajevo. Très rapidement, cette discipline m’a plu et m’a donné envie de la pratiquer. J’étais junior à l’époque. Mon club formateur était « Vercors Ski de fond ». Je me suis donc orienté vers le biathlon plutôt que vers le fond spécial. Il y avait à l’époque des biathlètes français qui m’inspiraient et qui m’ont emmené dans leur sillage. Christian PFINGSTAG, qui arrivait des Vosges, le Conseiller technique régional de l’époque m’a bien aiguillé. Rapidement, le tir m’a plu. J’étais bon skieur, mais j’étais meilleur au tir. Puis j’ai rencontré Pascal Amiel, Christophe Mathian…De 1985 à 1988, j’étais biathlète en équipe de France junior et c’est en 1988 que je suis réellement entré dans la cour des grands. Mais l’artisan à la base de tout, c’est Christian Phinstag. C’est à lui que je dois ce parcours et mes médailles. Ce Monsieur m’a tout appris et m’a même donné envie de faire le même métier que lui, transmettre le biathlon à des personnes qui ont la même passion que moi. Christian mais aussi je n’oublierai jamais David Moretti, l’entraineur et le directeur des équipes de France de biathlon du début des années 90. Ce monsieur nous a décomplexé vis à vis des grosses nations du biathlon il fut la rampe de lancement de notre discipline qui nous a propulsé vers les sommets. Ma carrière peut se résumer à la rencontre de ces deux personnes exceptionnelles et au soutien permanent de mes équipiers de l’époque Patrice Bailly Salins, Hervé Flandin et tous les autres.
A l’époque, tes co-équipiers étaient Stéphane Bouthiaux, Hervé Flandin, Patrice Bailly Salins, puis Raphael Poirée, Vincent Defrasne… As-tu gardé des liens avec eux ?
Ma vie professionnelle est toujours axée autour du biathlon. Stéphane (Bouthiaux) est devenu le grand chef du biathlon français et donc, oui, nous sommes en lien fréquemment. J’ai toujours des liens avec Hervé Flandin, mais trop peu malheureusement. Le biathlon est une petite famille mais forcément, les liens se perdent un peu avec mes co-équipiers de l’époque. On ne prend pas le temps de se voir et pourtant, on a vécu tellement de moments fabuleux ensemble …
A ce jour, tu entraines le comité du Dauphiné et le pôle Espoir de Villard de Lans…De nombreux biathlètes aujourd’hui en équipe de France sortent de la « Dusserre Academy ». Quel est ton secret ? Comment fais-tu ?
Je suis un entraineur qui a eu de la chance tout simplement. J’ai rencontré de supers athlètes. Martin et Simon (Fourcade) évidemment, mais aussi Marie-Laure (Brunet), en provenance des Pyrénées. A l’époque, Raphael Poirée était l’homme fort du biathlon, il a créé sur le Vercors une aspiration, une véritable caisse de résonance…Mais le point commun de tous, que ce soit Martin et Simon, Marie-Laure, mais encore Marie (Dorin), Jean-Guillaume (Béatrix), Sophie Boilley, les frères Jacquelin, ou Anais et Chloé Chevalier, c’est que tous étaient des athlètes passionnés, rigoureux, qui se sont entrainés dur.
Le biathlon se développe en France, notamment grâce à Martin. Aujourd’hui, des jeunes arrivent dans les clubs et demandent à faire du biathlon dès le plus jeune âge. Avons-nous les moyens de répondre ?

Une très grande majorité des enfants aujourd’hui viennent au ski nordique pour faire du biathlon. De U11 à U15, il y a aujourd’hui plus de 350 gamins licenciés…
Les pratiques d’entrainement ont changé. Chez les enfants, tous les fondeurs sont aussi biathlètes. Le tir, c’est un jeu et les entraineurs de ski de fond se forment au biathlon, au tir, pour permettre aux enfants de pratiquer cette discipline. Les notions de sécurité ne sont pas à prendre à la légère. Toutes les stations n’ont pas de pas de tir à 50 mètres mais les stations qui disposent d’un pas de tir invitent celles qui n’en ont pas. On s’arrange. Sur la région Auvergne/Rhône-Alpes, les comités du Dauphiné, de la Savoie et du Mont-Blanc organisent cinq compétitions dans l’hiver… et les jeunes qui ne sont pas au pôle espoir peuvent malgré tout participer à 8 compétitions dans l’hiver. Le biathlon se développe et c’est vraiment super.
L’équipe de France masculine est incroyable cette saison. Chez les filles, les résultats sont plus irréguliers. Selon toi, qu’est-ce qu’il leur manque ?
Le biathlon est une discipline exigeante. Un jour, tu fais une très bonne course et le lendemain, tu peux te retrouver très loin au classement. Et c’est le tir le facteur de réussite. Le tir est difficile à rendre régulier, malgré des heures et des heures d’entrainement et de balles lâchées. Donc, l’objectif, c’est vraiment de travailler la régularité au tir. Mais les filles de l’équipe de France sont jeunes. Justine et Julia seront très fortes je pense dans les années à venir. N’oublie pas qu’elles n’ont que 23 ans !

Comment vois-tu le biathlon français après le récent départ de Martin Fourcade ?
Je ne suis pas inquiet. A mon époque, Patrice Bailly Salins était très fort. Souviens-toi qu’il gagne le Globe de Cristal en 1994. Et les mêmes questions se posaient…Puis, elles se sont posées à nouveau après le départ de Raphael Poirée … et rapidement, d’autres biathlètes l’ont remplacé. Moi, je suis optimiste. Martin, il est unique sur le plan sportif et humain. Mais comme les autres avant lui, il sera remplacé. Je pense vraiment que Justine Braisaz va être incroyable. Chez les hommes, Quentin FILLON MAILLET, Simon DESTHIEUX et Emilien JACQUELIN vont aussi faire de beaux résultats. Eux aussi sont jeunes.
As-tu des « pépites » au sein du comité du Dauphiné ?
Je bosse aujourd’hui avec des jeunes qui sont très motivés, et qui veulent travailler. Trois d’entre eux étaient sélectionnés pour les JOJ de Lausanne. Au moins deux jeunes filles, Anaëlle Bondoux et Lola Gilbert Jeanselme, nées en 2004 et 2003, sont très fortes. J’ai de la chance car je travaille auprès de jeunes supers, et dans un cadre très favorable. La communauté de commune du massif du Vercors nous soutient. En 2014, elle a largement participé à la construction d’un stade de biathlon et d’une piste de ski-roue. Ce terrain d’entrainement nous est envié. Des nations viennent s’entrainer (Norvège-Italie-Allemagne…) et constamment, il y a des équipes internationales sur le stade. Pour les jeunes du comité, c’est tout simplement génial. Tu te rends compte pour un gamin de 15 ans qui s’entraine, qui arrive à la cible n°2 et qui trouve à la cible n°1 Martin Fourcade, et à la cible n°3 Kaisa Makarainen…
Rossignol, un équipementier de l’Isère basé à Moirans est très largement présent sur le circuit mondial. Profites-tu de ce partenaire ?
Oui évidemment. Mais je me dois d’être honnête. Nous ne travaillons pas qu’avec cette marque. Nous avons entre l’Isère et la Haute-Savoie deux équipementiers de choix… et nous allons chercher les compétences de l’un et de l’autre.
J’ai croisé Chloé Chevalier au printemps dernier en train de courir au col Vert. Le trail est-il l’activité phare de la préparation d’été, avec évidemment le ski-roue ?
La musculation prend de plus en plus de place dans les programmes d’entrainement. Les supports sont larges pour s’entrainer l’été. Et il faut varier les séances et les supports. Tout l’hiver est axé sur le ski alors c’est important de varier aussi pour le coté psychologique et éviter les phénomènes d’usure. Donc, le vélo, le VTT, le ski-roue, le trail… sont bien adaptés et largement pratiqués.
Mais si on parle d’entrainement, Vincent Vittoz a réellement apporté une nouvelle dynamique dans l’entrainement des athlètes… Depuis son arrivée, les biathlètes de l’équipe de France font beaucoup d’heures, des séances très longues… Et cela donne de sacrés résultats. C’est grâce à cela je pense qu’il y a une densité si forte dans l’équipe de France à ce jour. La méthode « Vittoz » fonctionne bien (rires).
Quel est selon toi le point de départ de l’incroyable ascension du biathlon français ?
Le point de départ de la discipline, ce sont les athlètes qui ont gagné pour la première fois. Pour le biathlon ce sont les biathlètes qui skiaient durant les 4 années entre les JO de 1988 et les jeux Olympiques d’Albertville. Pour les nommer, chez les hommes ils sont au moins deux, le premier c’est Hervé Flandin avec sa première victoire en coupe du monde à Canmore. Le deuxième c’est incontestablement Patrice Bailly Salins qui a été le premier homme à gagner le classement général de la coupe du monde en 1994 et son titre de champion du monde du sprint en 1995. Avant c’était réservé aux Allemands, Russes et Norvégiens. Ces deux-là ont un palmarès incroyable pour l’époque, c’étaient de vrais leaders qui travaillaient pour eux et pour toute l’équipe. Ils avaient envie d’entraîner dans leur sillage toute l’équipe, ils se défonçaient sur tous les relais.
Les filles ont aussi une place de choix dans l’éclosion de notre équipe de France à cette époque. Impossible donc de ne pas citer Corinne NIOGRET, Véronique CLAUDEL et Anne BRIAND, championnes Olympiques de relais à Albertville (1992), une journée incroyable, j’en ai encore des frissons rien que de l’évoquer. Notre regrettée Emmanuelle CLARET également pour son titre de championne du monde en 1996 et tous ses autres titres. En toute humilité j’ai aussi envie de vous parler de la première médaille de bronze olympique pour les hommes à Lillehammer chez les Norvégiens où notre relais a terminé devant les locaux !
En parallèle à ces résultats, le biathlon est arrivé sur la chaine Eurosport et s’est vraiment médiatisé. Plus récemment avec la chaine L’Équipe, notre sport connaît maintenant une ampleur hallucinante. Le biathlon, la coupe du monde cela à toujours été magique, aujourd’hui il n’y a pas de mots assez forts pour en parler.
PALMARÈS
- Médaillé de bronze en relais JO de Lillehammer 1994
- 2 médailles de bronze et 1 d’argent aux mondiaux par équipe (1993-1995)
- 9 podiums en relais : 1 victoire, 5 deuxièmes places et 3 troisièmes places.
- 3 podiums par équipes : 3 troisièmes places.
- Meilleur résultat individuel : 4e.
Interview menée par Guillaume TROLONG-BAILLY
Avec l’aimable correction de Claude Dorange
Crédit photos © Jacques Mignerey
2ème volet de notre saga « les pionniers du biathlon ». 1ère championne du monde de l’histoire du biathlon français, médaillée d’or aux relais des Jeux olympiques d’Albertville en 1992 à seulement 19 ans, Corinne NIOGRET, est entrée très tôt dans la légende des athlètes qui ont façonné leur sport. « Coco » fut l’une des principales pourvoyeuse de titres et médailles pour le clan français, faisant enfin rentrer la France dans la cour des grandes nations. Le grand public et les médias furent séduit par ce petit « bout de femme » au caractère bien trempé !
Bonjour Corinne, cela fait environ 15 ans que vous avez raccroché les skis et la carabine, comment allez-vous aujourd’hui ?
Plutôt bien pour une « vieille ». Cela fait effectivement 20 ans que j’ai raccroché, cela fait un bout, le temps passe vite mais c’est une autre vie, on fait autre chose sans pour autant se déconnecter du biathlon. Maintenant je suis dans le sud mais je suis ça à la télé, sur les réseaux sociaux. Je reste informée de ce qui se passe.
Après quelques années à être restée en contact avec le milieu du ski de fond, vous avez tout quitté. Pourquoi ?
En effet j’ai travaillé un petit moment à la fédération française de ski puis ça s’est arrêté, puis comme coach dans un club dans le Doubs (le club de Florence Baverel) à MontBenoit. Après j’ai eu besoin de couper avec tout ça, de couper avec la météo pas très favorable du massif jurassien. J’ai eu envie de soleil, d’une autre vie. Aujourd’hui je travaille chez Sakata Vegetables Europe, un semencier japonais dont nous sommes la filiale Europe moyen orient, Afrique. Je suis gestionnaire des données de Base du système informatique.
Le métier d’entraineur vous plaisait-il ?
Oui c’était bien mais j’avais pris la décision , il y a 5 ans, de changer de région, de boulot donc c’était à ce moment-là, pas dans 10 ans. C’était l’occasion à 40 ans de passer à autre chose.
Ce milieu du ski ne vous manque pas aujourd’hui ?
Non. Quand on a cette passion depuis tout gamin, on aime ça, on fait ça, on gravit les échelons, on se retrouve en équipe de France puis sur la coupe du monde. Mais on sait que c’est momentané, sur 10-15 ans, et qu’après il faudra passer la main. Le principal quand on arrête c’est de l’avoir décidé, de bien passer de l’autre côté et de n’avoir aucun regret de ce que l’on a fait ou pas fait.
Qu’est-ce qui, ou qui est-ce qui, vous a orienté, étant jeune, à faire du biathlon à une époque où ce sport était peu développé ?
Je suis née dans une région de l’Ain où l’on pratique le ski de fond donc j’en ai fait. Après c’est un hasard de rencontres notamment avec Pascal Etienne qui était entraineur dans ma région et qui m’a fait essayer le biathlon. Ça m’a plu, j’ai été sélectionnée pour une course internationale, une autre et après c’est un engrenage. Mais à la base ce sont vraiment des rencontres qui m’ont orientée vers ce sport.
Alors qu’actuellement un jeune se lance avec l’objectif de faire du biathlon. Ce n’était pas votre cas ?
Non la plupart des biathlètes de mon époque étaient avant tout des fondeurs et avec les rencontres, les copains qui en faisaient ça a orienté certains ou non vers le biathlon. On n’avait pas la possibilité comme ils ont maintenant de se dire à 8-10 ans « je veux faire du biathlon directement ». Maintenant c’est possible, avant ça n’était pas courant.
Qu’est-ce que votre carrière de haut niveau vous apporte aujourd’hui dans la vie de tous les jours ?
Je crois que j’avais un caractère fait pour le sport, c’est à dire un caractère de cochon, un mauvais caractère qui malgré tout était un avantage que l’on garde. Ensuite le fait d’être perfectionniste, d’arriver à se concentrer plus facilement est peut-être le résultat d’une carrière de sportive. Je n’aurais peut-être pas eu ces facilités-là sans le sport.
Si vous deviez retenir qu’une seule image de votre carrière, laquelle serait-elle ?
C’est dur de n’en garder qu’une …mais c’est tout de même la médaille des JO d’Albertville parce qu’on était en France, que c’était la première, que c’était en équipe. On était des jeunes insouciantes, on débarquait là et « clac » on a une médaille d’or. Ça nous a lancé individuellement dans nos carrières avec ce titre-là. J’avais 19 ans, j’étais encore junior et ça m’est tombé dessus. On avait envie de bien faire les choses parce que les jeux étaient en France. On s’était préparées, on voulait donner notre maximum. On aurait eu la médaille d’or 2 ans après, on aurait peut-être trouvé ça plus « normal » mais là on s’y attendait moins. On pensait être médaillable mais pas de là à gagner face aux grosses armadas allemandes, russes, norvégiennes. On était le petit poucet de l’évènement et les circonstances de course font que ce jour-là c’était pour nous.
Avec du recul, est-ce que vous changeriez quelque chose à votre carrière ?
Que ce soit dans la préparation, l’abord des courses, la récupération… Forcément avec les moyens de maintenant on ferait différemment de ce que l’on a fait il y a 20 ans. Maintenant ils prennent le départ d’une course sans avoir peur de ne pas glisser sur les skis car il y a tellement de moyens mis dans le camion de fartage qu’ils vont sereins au départ. Ce n’était pas notre cas. On ne savait pas si ça glisserait ou pas ! On faisait avec les moyens du bord, que ce soit humains et/ou financiers. Finalement on ne s’en est pas trop mal sorti.
Est-ce que vous avez des regrets sur votre carrière ?
Le truc le plus dur à avaler ça a été les jeux de Nagano (1998). La déception est liée d’abord au manque de résultats personnels car pour moi j’étais en forme, j’ai bien tiré mais malheureusement mes skis ne m’ont jamais permis de pouvoir accéder à de bonnes places surtout sur le 15 km qui était ma course de prédilection. Ce constat a été un peu le même pour toute l’équipe ce qui a pourri l’ambiance générale, on s’enfonçait mentalement de plus en plus… Résultat : le groupe a complètement explosé en fin de saison. A l’époque c’est une blessure qui a eu du mal à se refermer. Ça a été dur à encaisser sur le coup et les années qui ont suivi, mais maintenant cela n’a plus d’importance.
Si je ne dis pas de bêtises, ces dernières années il vous est arrivé de ressortir les skis de fond voire même les skis à roulettes, ça vous plaît toujours autant ?
Et ben oui (rires) ! Je suis dans le sud, donc le ski de fond je n’en fais qu’1 à 2 fois par an. Par contre je me suis remise au ski roues il y a 2 ans alors que j’avais totalement arrêté. Ce n’était pas un engin de torture mais, comme la muscu, c’est quelque chose qu’on était obligé de faire en tant qu’athlète et c’est la première chose qu’on ne refait pas après avoir raccroché le haut niveau. Mais finalement dans le sud, il y a des pistes cyclables donc je refais du ski roues un petit peu tous les hivers, c’est sympa. Cela m’a permis d’aller au « biathlon legend race » à Minsk organisé par Darya Domracheva. Je suis allée le faire une fois en ski roues et une fois en ski. J’ai revu un peu les anciens ce qui est super sympa. En refaisant du sport c’est là qu’on voit que c’était bien dur et que l’entrainement ça servait vraiment !
Et votre carabine, vous l’avez toujours ? Vous est-il arrivé de refaire des séances de tirs ?
Non je ne l’ai plus parce qu’on me l’a volée en 2003 au Grand Bornand. Après j’ai refait une saison où j’avais emprunté un canon que j’avais installé sur une nouvelle crosse. Donc à part la crosse en bois que j’ai et qui est à moi, le canon je l’ai rendu donc je n’ai plus rien.
Vous suivez le circuit de la coupe du monde avec encore beaucoup d’intérêt ?
Oui j’essaie de regarder. En plus je travaille à temps partiel et j’ai mes après-midi des mardi, jeudi et vendredi donc ça tombe pas trop mal avec le calendrier du biathlon. Le fait que le biathlon soit sur L’équipe 21 ça facilite les choses. Pour plein de monde ça a ouvert la discipline et moi ça me permet de regarder alors c’est cool !
A votre époque vous auriez imaginé une telle médiatisation actuelle ?
On l’a tous rêvé, imaginé, souhaité et finalement ça se fait mais il aura fallu du temps. Il y avait eu des essais de fait par France télévision sur des retransmissions de mass start notamment à Oslo où l’on voyait qu’au niveau de l’audience ça plaisait mais de là à sauter le pas, aucune chaine ne l’a fait avant l’arrivée de la TNT et l’Equipe21. En tout cas, toute ma génération on l’a rêvé et tant mieux qu’à un moment ça se fasse.
Quel regard portez-vous sur le biathlon actuel ?
J’ai 2 sentiments : d’un côté j’ai l’impression que ça s’est beaucoup professionnalisé grâce aux camions de fartage, de choses comme ça qui sont moins aléatoires par rapport à ce qui se faisait dans le passé. Dans les méthodes d’entrainement aussi, sans rentrer dans les détails, il y a des moyens d’analyser les performances. Nous on avait des polars, des cardio-fréquence-mètres qui doivent être un peu plus poussés maintenant. Et d’un autre côté, j’ai le sentiment que le niveau est moins homogène. Il y a des années où il y avait au départ 6 allemandes, 6 russes, 6 norvégiennes qui pouvaient gagner, nous on était un peu là au milieu. Après il y avait des individualités dans certaines nations. Cela faisait à chaque fois une vingtaine de personnes qui pouvait gagner. Et ça, ça a diminué. Maintenant il y a des individualités par nation mais il n’y a plus vraiment de grosses nations fortes.
Quel athlète, homme ou femme, français ou international vous impressionne le plus et pourquoi ?
Il n’y a pas 50 réponses (rire), à la fin il n’y a qu’une solution. Pas besoin d’appel à un ami c’est Martin Fourcade. Pour ce qu’il a fait, ce qu’il j’espère fera parce que je pense que son hiver dernier était un accro. Je pense qu’il est toujours là aussi bien physiquement que mentalement. Ce qu’il fait est impressionnant ; pour enchainer les victoires avec une régularité aussi bien sur les skis qu’au tir. On sait que c’est une discipline qui parfois est très aléatoire en arrivant sur un pas de tir avec du vent, du soleil, des conditions extérieures qui peuvent changer les résultats. Et lui, il arrive à dompter tout ça sur chaque course de façon assez exemplaire et ça c’est très très impressionnant.
En parlant de Martin Fourcade, que pensez-vous des courses estivales comme il a créé à Annecy au mois de septembre dernier ?
J’ai trouvé ça chouette, classe. Je l’ai également suivi à la télé. Ça se fait dans d’autres pays : en Allemagne, en Norvège et en France ça manquait. On a une des meilleures équipes du monde et on n’arrivait pas à emmener le biathlon devant nos supporters. Cela s’est fait avec Annecy-Le Grand Bornand sur la coupe du monde, c’est vraiment un plus et là, avoir un spectacle comme ça l’été c’est super. C’est une course mais c’est avant tout un spectacle pour faire découvrir la discipline, l’emmener au plus près des gens en « ville » et avec le décor d’Annecy c’était carrément magnifique.
Pensez-vous que ce type de course puisse se développer encore plus ?
Il ne faut pas trop non plus que ça se développe en termes de nombre parce que les athlètes ne pourront pas faire une saison d’hiver et une saison d’été. Ils ne peuvent pas après 40 courses d’hiver faire la même chose l’été en plus des stages en Allemagne, en Norvège, en France selon les athlètes. Ça leur « sert » de préparation. Ou alors il faut qu’il y ait 2 circuits avec des gens qui vont se spécialiser dans l’un ou dans l’autre. Mais il ne faut pas multiplier.
Faut-il ouvrir ces évènements à l’ensemble de la coupe du monde, pas seulement à l’élite de chaque nation ?
C’est compliqué parce qu’il faut les cibles et pas de tirs en conséquence. Ce n’est pas évident de faire un pas de tir sécurisé. Malgré tout c’est une 22 long rifle. Plus on multiplie le nombre d’athlètes plus il faudra un grand pas de tir et plus ça devient problématique en ville.
Chez les françaises et français il y a une grosse densité de niveau, comment expliquez-vous cette réussite française, que ce soit avant ou maintenant ?
Je ne sais pas si quelqu’un l’a expliqué un jour, en fait, parce qu’on a toujours eu l’impression que c’était un miracle. Depuis les années 80, où il y a eu des premiers résultats, on n’a jamais eu les moyens financiers et humains qu’ont les grosses nations et finalement il y a toujours eu des résultats. Quand il y en a un qui arrêtait on disait « oulala qu’est-ce qu’il va se passer derrière ? » et puis il y en avait toujours un pour reprendre le flambeau et ça ne s’est jamais arrêté. Peut-être que maintenant il y a un peu plus de moyens, quoique j’ai lu l’automne dernier que Martin lançait un coup de gueule en disant que c’était à eux d’aller acheter les pâtes et faire à manger et que ça lui semblait un peu surréaliste, mais ça montre bien qu’on a toujours fait avec les moyens qu’on nous a donné, qui n’étaient jamais énormes, et on s’en est toujours sortis. Finalement c’est peut- être ça : la débrouille, l’entraide et la solidarité qui font que cette discipline s’en sort.

Quel avenir, quelles évolutions pourraient-on apporter au biathlon ?
Je trouve que les courses sont déjà pas mal télégéniques et c’est un point assez important. Dans les formats de course peut-être qu’il faut changer des trucs, avoir des choses un peu plus attrayantes, faire un peu plus de mixtes mais fondamentalement on ne changera pas grand-chose. Tout cela est même plutôt dicté par la télévision qui veut des formats assez courts pour répondre à leurs créneaux. Les courses qui durent 2h30-3h00 ça ne les intéresse pas. Sinon les cibles seront toujours à 50 mètres et une carabine dans le dos. Le matériel évolue, les skis, le fart qui va dessous, tout ça progresse mais ça, c’est la face cachée de l’iceberg.
Et que c’est possible d’en vivre ?
Oui, la plupart sont militaires, douaniers (ce qui était déjà le cas à mon époque) et ça donne une certaine « sécurité ». Après les résultats c’est du «bonus». En plus maintenant avec la médiatisation et les partenaires ils gagnent mieux leur vie qu’à notre époque.
Si vous aviez un conseil à donner à un ou une jeune qui se lance dans le biathlon, lequel serait-il ?
C’est d’y aller à fond, de croire en ses rêves et de se dire que c’est possible. Après, tout dépend le niveau, l’investissement que veut mettre le jeune dans la discipline. Il y a un moment où il faut être réaliste et dire à tel jeune qu’il a le niveau et qu’il peut y aller à fond et dire à un autre que ça ne le fera pas et qu’il faut aussi penser à ses études. Mais un jeune qui a vraiment envie de faire du biathlon, qui est motivé, il faut se dire que le chemin est long pour y arriver mais que malgré tout, la France est un pays où ceux qui sont en équipe de France arrivent à faire de bons résultats. Donc il y a moyen d’y croire. Sans dire d’être un jour Martin Fourcade, mais gagner des coupes du monde et être sur des podiums de coupe du monde pour un français c’est possible.
PALMARÈS
CHAMPIONNE OLYMPIQUE EN RELAIS (JO- 1992)
3 TITRES MONDIAUX RELAIS & 15KM
8 VICTOIRES EN COUPE DU MONDE
Merci à Claire THABUIS pour avoir réalisé cet interview et à Claude DORANGE pour la relecture avisée
Yannick Aujouannet Directeur d’organisation de la coupe du monde de biathlon au Grand Bornand

Altitude Biathlon : A quelques jours de l’événement dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Yannick Aujouannet : C’est un mélange de confiance parce que l’on a l’expérience pour organiser ce genre d’événements au Grand Bornand avec Annecy. Nous avons un nombre de volontaires largement suffisant donc tous les feux sont verts aujourd’hui bien que le petit nuage qui nous survole reste les conditions météo, mais bon pour une épreuve en plein air c’est toujours une question que l’on se pose. Cependant la ressource est là le stockage de neige est présent on a le volume nécessaire en cas de manque de neige naturelle (interview réalisé mi-Novembre)
Organiser un tel événement mi-décembre est-ce un choix de votre part ou c’est imposé par l’IBU ?
Alors il y a plusieurs facteurs à cela. Quand on regarde le calendrier de l’IBU, le choix de la date est relativement limité. En gros c’est soit on se positionne en décembre soit en mars, janvier étant consacré aux compétitions historiques Anterselva, Oberhof et Ruhpolding qui sont des dates immuables et puis Février on tombe soit sur des championnats du monde soit sur des JO.
Puis par rapport à l’organisation de notre station où il faut jongler avec les périodes de vacances scolaires mais aussi d’un point de vue logistique, tactique de communication car si on lance une campagne de com. en décembre on peut en profiter et en parler tout l’hiver, alors qu’en mars les gens sont passés à autre chose. Donc en durée de vie de l’événement c’est plus intéressant en décembre qu’en mars. De plus cette année les compétitions ont lieu 2 semaines avant les vacances scolaires et donc on ne perturbe pas la vie de la station et l’on ne dénature pas l’exploitation commerciale car il y aussi des enjeux économiques forts par la suite. Le Grand Bornand vit avant tout du tourisme lié au ski, on ne peut pas « privatiser » la station pour le biathlon » alors qu’il y a d’autres personnes qui voudraient y venir en vacances.
Vous ne postulerez donc jamais pour accueillir les championnats du monde qui tombent comme vous l’avez dit en pleines vacances de février ?
Il faut rester cohérent et modeste par rapport à ça. Accueillir un championnat du monde de biathlon c’est, en dehors du fait que le stade Sylvie BECAERT qui répond parfaitement aux normes exigées, des contraintes en terme d’hébergement, d’effectifs et de communication qui sont autrement plus importantes. Aujourd’hui on n’est pas dimensionné pour accueillir ce genre d’événement, je ne dis pas que dans l’avenir d’ici 10 ou 15 ans on ne sera pas capables de le faire mais aujourd’hui ce n’est pas notre objectif. Les mondiaux c’est 15j on ne peut pas se mettre entre parenthèse pour un tel événement vu les contraintes des
stations de ski françaises que l’on connaît à cette période.
Parmi les autres coupes du monde qui figurent au calendrier quelle est celle qui vous inspire le plus dans votre démarche de proposer une coupe du monde récurrente au Grand Bornand ?
Tous les sites ont une particularité, le nôtre étant de proposer un circuit en plein centre du
village, , mais le modèle le plus en rapport avec notre esprit et notre propre capacité à réaliser notre coupe du monde c’est clairement Antholz. L’environnement montagneux, très alpin mais aussi agricole et puis ce côté festif qui ressort plus qu’ailleurs c’est ce qui m’a le plus plu.
Avec le succès dans la vente des billets n’avez-vous pas imaginé d’agrandir la capacité d’accueil des spectateurs en permettant notamment à plus de monde de venir assister aux épreuve car il n’y a pas de monde spectateurs sans billets ?
Comme je viens de le dire nous sommes situés en plein centre du village et non pas en fond de vallée comme Oberhof par ex, ce qui veut dire que l’on a des contraintes d’urbanisme avec des terrains qui ne sont pas complètement ouverts et extensibles. En plus de ça nous avons un circuit très compact et sans grandes lignes droites où les gens peuvent se masser de façon importante (depuis cet interview des zones ont été ouvertes et un grand nombre de billets remis à la vente en zone debout le long du parcours). Ce circuit est un vrai tortillard donc pas beaucoup de mètres linéaires pour amasser plus de personnes. Si l’on avait les infrastructures nécessaires pour accueillir 25 000 personnes on le ferait. Organiser un événement en France nécessite de respecter des règles strictes de secours de voie d’accès …. On ne peut pas se comparer avec d’autres sites comme à Ruhploding ou Antholz où les gens sont les uns sur les autres, en France ça ne marche pas comme ça, se marcher les uns sur les autres ne colle pas avec la culture française, on ne supporte pas ça
Est ce que cela impacte le prix des billets de limiter le nombre de spectateurs ?
Nous sommes moins chers que les épreuves comme Oberhof, Ruhpolding, Anterselva. Notre grille tarifaire n’a pas été faite pour viser une recette mais plutôt se mettre dans le moule de ce qui est dans les standards. Entre le tout gratuit de La Clusaz et puis les tarifs « exorbitants » on se situe dans la moyenne de ce qui se fait sur la majorité des épreuves. A Antholz une place en tribune en semaine coûte 45€ et 60€ le week-end ; nous nous sommes à 48€ le week-end avec une tribune qui est mieux placée !! Il faut tout comparer. Bien sûr sur les réseaux sociaux et les forums tout le monde y va de bon cœur et donner un avis sur les réseaux sociaux sur un tarif c’est toujours trop chèr de toutes façons. Après la coupe du monde il faudra récolter les avis sur la qualité de spectacle et on y verra plus clair. Aujourd’hui vous allez à un concert de musique vous en avez pour minimum 50€ et vous n’irez pas voir une star à ce prix-là. Au Grand Bornand vous viendrez admirer les meilleurs athlètes mondiaux. Le prix des infrastructures est très coûteux alors qu’une salle de spectacle existe déjà. Je vous prends l’exemple des vielles canailles (Eddy Mitchel, Jacques Dutronc, Johnny Hallyday) où je n’ai trouvé que des billets à 200€ pour vous retrouver au fin fond de la salle où vous n’y voyez quedal et on peut pas dire que c’est ce sont les Rollings stones !!
Nous nous n’aurons que les Rolling Stones du biathlon sur le stade et les gens payeront maximum 48 €, tout est relatif à mon avis. Si on revient sur l’aspect purement sportif, la grosse différence entre une compétition de ski, c’est qu’on a une notion de stade avec un stand de tir donc dans une enceinte sportive. Si vous vous rendez dans un stade de foot vous payerez plus de 50€ votre place pour un match majeur de ligue 1. C’est un équilibre à trouver même si cela restera toujours trop chèr pour certaines personnes.
La grand popularité du biathlon en France avec une équipe de France forte de ses bons résultats avec son chef de file Martin Fourcade va donner une plus grande caisse de résonnance à l’international et auprès des médias ? Ressentez-vous déjà ses effets ? Et est-ce une pression supplémentaire ?
Nous avions déjà ressenti cette appétence des médias en 2013 lors de la coupe du monde que nous avions déjà organisée. Il est évident que dans le contexte d’une saison olympique tout le monde tient à se jauger à 2 mois du jour J. De notre côté le drapeau bleu blanc rouge est très bien représenté et l’attraction pour cette équipe est importante. En 2013 notre objectif était d’attirer le monde dans notre stade, mais cette année c’est sûr que nous n’avons pas eu à forcer la dose sur la com. Nous avions réussi notre entrée en lice comme épreuve de coupe du monde en espérant que cela soit encore le cas cette année. De notre côté tous les feux sont au vert on est prêts et on sait faire, y’a plus qu’à comme on dit. Le but de cette opération je le rappelle c’est que les biathlètes soient dans les meilleures conditions pour atteindre leur objectif et c’est aussi pour mettre encore plus en avant ce
sport malgré tout encore méconnu. Nous sommes d’abord des passionnés et on a envie que ce sport se développe davantage.
Est-ce un sport que vous avez pratiqué vous-même ?
Alors pas du tout, je viens de l’aviron. Je suis aussi moniteur de ski nordique et j’adore ce sport et je peux vous dire que pour organiser cet événement il faut vraiment l’aimer parce que vu le temps et l’énergie que l’on y passe, c’est la passion qui nous donne l’énergie nécessaire.
C’est un travail qui vous occupe toute l’année ?
Non pas toute l’année mais comme nous avons posé une candidature pour une épreuve tous les 2 ans, c’est quelque chose qui va prendre plus de temps dans ma charge de travail c’est sûr. Depuis 2013 le dossier n’a jamais été lâché et 2014 et 2015 ont été consacrées à de l’animation de réseaux, de l’actualisation des compétence et du savoir-faire mais depuis 2 ans maintenant c’est un travail quotidien
Et dans le cas où l’événement ne peut se faire comme en 2011 quelles en seraient les conséquences ?
Nous avons mis en place ce fameux stockage de neige pour limiter encore plus les risques mais personne n’est à l’abri pas même en janvier, aucun organisateur n’est tranquille de ce côté-là
Est-ce que l’avenir du biathlon ne vas pas finalement se jouer dans les stades ?
Je n’espère pas ! les shows d’exhibitions existent. Bien que le spectacle se fasse beaucoup sur le stand de tir c’est avant tout un sport de pleine nature et c’est ce qui fait sa force justement, voir évoluer des skieurs dans des paysages un peu particuliers quand même, ce serai dommage d’en arriver là. Le circuit de coupe du monde de biathlon c’est un peu le Tour de France à l’échelle internationale, si vous enlevez les belles montagnes, les forêts, les tremplins de ski, vous enlevez ces particularités vous enlevez un gros intérêt pour le biathlon. Dans un stade je ne suis pas sûr que cela produise le même effet.
Comment êtes-vous soutenu dans l’organisation de cette coupe du monde ?
Le CNDS centre national de développement du sport nous a largement aidé dans la construction du stade, la région le département Savoie Mont Blanc nous soutiennent sur le fonctionnement aussi, nous n’avons pas de souci de ce côté-là, on est bien servis. Beaucoup de personnes aiment et soutiennent ce sport qui est porteur de valeur.
Je donne rendez vous au Grand Bornand et on espère qu’on qu’il y aura des français sur le podium
1er volet de notre saga « les pionniers du biathlon » consacrée aux champions d’hier qui ont tracé la voie pour les générations actuelles. Hervé FLANDIN premier vainqueur d’une coupe du monde de biathlon nous replonge à la fin des années 80, début des années 90, dans ce qui était les prémices de l’éclosion de l’équipe de France de biathlon sur la scène internationale … et sur le petit écran d’Eurosport.
Hervé, peux-tu nous dire comment tu es devenu biathlète de haut niveau et quel a été ton parcours ?
« Je n’étais pas du tout ambitieux au départ. Je viens du ski alpin et je me suis tourné vers le ski de fond car cela correspondait davantage à mon profil. Le ski de fond me permettait d’aller en pleine nature et lorsque j’ai découvert le biathlon, ça a été pour moi une révélation. J’avais le sentiment de mêler le sport et Davy Crocket :-).
Pour moi le biathlon, c’est le sport idéal, complet. En le pratiquant, j’avais l’impression d’être un aventurier. Je me suis retrouvé à ce niveau un peu malgré moi. Après avoir été sélectionné au comité de Savoie, je suis entré en équipe de France en 1986 je crois. Et c’est exactement le 17 octobre 1986 que j’ai commencé à me projeter dans une vie de sportif de haut niveau. »
Que s’est-il passé ce 17 octobre 1986 ?
C’est ce jour là que nous avons appris que les Jeux Olympiques d’hiver de 1992 auraient lieu à Albertville. A ce moment, je me souviens bien, j’ai écrit sur un papier : j’ai cinq ans pour devenir champion olympique ! C’est à partir de là que j’ai eu l’impression de vivre un changement dans ma vie de sportif. J’ai eu le sentiment de devenir un sportif professionnel, de passer de la sensation à la méthode.
Quelle était ta « méthode » d’entrainement à cette période ?
Le biathlon était un sport confidentiel. Peu à peu, on s’est mis à faire attention à la diététique… De mon côté, j’étais travailleur, j’aimais vraiment m’entraîner. Le biathlon n’est pas un sport ou on peut compenser le tir par le ski ou inversement. Ce sont deux disciplines associées et il faut être à 100% dans chacune d’elle. Le biathlon, c’est être à 200% si on veut avoir une chance de gagner. Certains copains comme Patrice (Patrice Bailly Salins, ancien biathlète de haut niveau) avaient besoin de moins d’heures d’entrainement. Mais Patrice, c’était une bête de course. Moi, j’avais besoin de m’échauffer, beaucoup. Je ne commençais à être rapide qu’après un quart d’heure de course, et les formats de course en biathlon sont relativement courts. La perspective des JO d’Albertville ont changé mon rapport au biathlon. Mon rêve était de devenir champion Olympique.
Quel était ton point fort ?
Je dirais qu’en apparence, je montrais de l’assurance, mais ça n’était qu’en apparence … car mon tempérament est généralement anxieux.
Quels étaient les formats de course à l’époque ?
En 1992, il n’y avait que l’épreuve individuelle (20km chez les hommes et 15 chez les femmes), le relais (et pas de relais mixtes), et le sprint (10km chez les hommes et 7,5 km chez les femmes). En 1985, lorsque j’ai débuté, les épreuves avaient lieu en style classique (les 2 skis dans un rail). En 1986 le skating est arrivé. J’ai immédiatement adoré le skate (le patinage, la technique adoptée depuis) . C’est aussi à la fin de ma carrière que de nouvelles épreuves sont arrivées, comme les mass start, la poursuite…J’adorais ces confrontations directes.
Les temples du biathlon ont-ils changé ?
« Non, les temples du biathlon sont restés les mêmes, des lieux mythiques du circuit de la coupe du monde comme HOLMENKOLLEN (Oslo-Norvège), ANTHOLZ-ANTERSELVA (Tyrol-Italie), NOVÉ MĚSTO (Moravie-Rep.Tchèque), OBERHOF (Thuringe-Allemagne), RUHPOLDING (Bavière-Allemagne)… OSTERSUND (Suède), HOCHFILZEN (Tyrol-Autriche). Le biathlon est très populaire dans ces pays.
Quel est selon toi le changement le plus probant de ta discipline ?
L’environnement a énormément évolué mais aussi le cahier des charges pour devenir un site d’accueil d’une coupe du monde. A l’époque, l’espace dédié aux VIP, aux médias…était de 1000m2. Aujourd’hui, c’est 10 000m2. A l’époque, les tribunes pouvaient accueillir 5000 personnes. Aujourd’hui, un site qui organise une épreuve de coupe du monde doit pouvoir accueillir 50 000 spectateurs. L’environnement médiatique a prit une ampleur incroyable c’est génial !
Dans les années 1990, la seule chaine qui diffusait le biathlon était Eurosport. Aujourd’hui, le fait que l’Equipe 21, une chaine accessible à tous, diffuse le biathlon le rend plus accessible et plus populaire. Mais là aussi, le cahier des charges a évolué. A l’époque, une épreuve de coupe du monde devait être couvert par 16 caméras. Aujourd’hui, ce sont plus de 30 caméras qui sont installées et cela nous offre de belles images.
Ce cahier des charges exigeant explique-t-il le fait que nous n’ayons pas eu d’épreuve en France pendant (trop) longtemps ?
Nous avons pris 20 ans de retard en France. Après les JO de 92 à la maison, on aurait pu penser que le site des Saisies allait perdurer et organiser des évènements mondiaux. Le stade était homologué, toutes les conditions étaient réunies. Mais la station des Saisies a fait d’autres choix. Tout cela est aussi très politique. Nous avons construit un stade de biathlon à Bessans, mais les infrastructures, notamment hôtelières, manquent en Haute Maurienne. C’est avec la candidature aux Jeux Olympiques de 2018 d’Annecy que le Grand Bornand a réussi un super coup. Le site est top.
Avec toutes ces années de retard, on avait même perdu la confiance de l’IBU. Nous avions des biathlètes qui tournaient bien et nous n’avions pas de site pour organiser une épreuve et promouvoir la discipline chez nous.
Y a-t-il d’autres faits marquants qui ont fait évoluer le biathlon ?
Oui, beaucoup. Quand j’ai débuté le biathlon, il y avait encore la guerre froide, l’Allemagne n’était pas encore réunifiée. Les grandes nations du biathlon étaient la Russie, les deux Allemagnes, surtout l’Allemagne de l’Est, évidemment la Norvège. Puis d’autres nations, un peu moins fortes étaient malgré tout présentes. La Suède, la Finlande, l’Autriche. Nous étions parmi ces nations outsiders
Un autre point marquant est le changement de vie des athlètes. Aujourd’hui, les 15 meilleurs du classement général de la coupe du monde ont deux vies. Celle sur les skis avec la carabine, et celle de chef d’entreprise. Après la course, les biathlètes doivent gérer leur communication, via les réseaux sociaux, les interviews, les liens et photos avec les partenaires, les sponsors. Nous, il y avait la course et ensuite, c’était repos … Sur ce point, les biathlètes actuels ont nettement plus de contraintes que nous en avions.
Le staff d’encadrement à donc aussi opéré sa mue ?
Oui, mais ce n’est pas un point si marquant que cela. A l’époque, on avait déjà un kiné au sein de l’équipe. Il y avait encore le service militaire et notre kiné faisait son service militaire au sein de l’équipe de France de biathlon. Le staff actuel est évidemment plus important mais c’était déjà très satisfaisant à mon époque.
Pouvait-on vivre du biathlon dans les années 90 ?
La fédération française de ski (FFS) a toujours su s’entourer de bons partenaires. Et l’armée et les Douanes sont des partenaires de choix. Lorsque l’on est athlète de haut niveau au sein de la FFS, on peut signer un contrat avec l’un ou l’autre, ce qui nous donne quelques garanties, notamment la Sécurité sociale, mais aussi un salaire. Moi, j’étais aux Douanes. Leur seule exigence était prendre part au tournoi international de ski des Douanes (France/Allemagne/Italie/Suisse/Autriche). Les conditions de vie étaient satisfaisantes. J’étais heureux de vivre cette vie.
Quelles étaient les stars du biathlon à cette époque ?
Sur la fin de ma carrière, j’ai couru avec Raphael POIRÉE, mais aussi un certain OLE EINAR BJØRNDALEN mais aussi les allemands Franck-Peter ROETSCH, Franck LUCK, Sven FISHER ou encore le norvégien Eirick KVALFOSS. Personnellement j’ai eu de la chance pendant ma carrière à haut niveau car je n’ai été que très rarement été blessé.
Et quels étaient tes co-équipiers en équipe de France ?
Il y avait Thierry DUSSERRE, Patrice BAILLY SALINS, Stéphane BOUTHIAUX, Gilles MARGUET, Franck PERROT mais aussi Lionel LAURENT qui est aujourd’hui mon beau-frère
Maintenez vous toujours des liens après toutes ces années de « vies communes » ?
Oui, nous sommes souvent en contact. D’abord, pour la plupart, nous nous voyons lors de la traditionnelle Assemblée Générale de l’association des Internationaux du ski français qui a d’ailleurs lieu chaque année. Lionel, c’est mon beau-frère alors forcément, on se voit souvent. Mais je vois aussi Stéphane ou Thierry de temps en temps.
Quelle est ton activité aujourd’hui ?
J’ai été recruté par l’agence touristique Savoie-Mont-Blanc. Je suis en charge de l’évènementiel autour du sport. Pour faire simple, je suis dans l’équipe qui gère les partenariats avec les organisateurs des évènements importants liés au sport dans les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Et ce n’est pas une mince affaire. Notre territoire est incroyablement dynamique à ce niveau. C’est d’ailleurs le seul en France à organiser autant d’évènements de cette envergure été comme hiver.
Par exemple, nous avons organisé en 2001 les championnats du monde de canoë à Bourg St Maurice, mais aussi les mondiaux d’aviron au lac d’Aiguebelette en 1997 et 2015….Sur le mois de décembre 2019, six évènements de renommée mondiale organisés en Savoie-Mont-Blanc…Le critérium de la première neige à Val d’Isère en 2 étapes, Hommes et Dames, une coupe du monde de ski-cross à Val-Thorens, une coupe du monde féminine de ski alpin à Courchevel, la coupe du monde de biathlon à Annecy le Grand-Bornand et une coupe du monde de ski alpinisme à Aussois. L’été , il y aussi le vélo, avec le critérium du Dauphiné, mais aussi le Tour de France. Je t’invite d’ailleurs à devenir ambassadeur pour le territoire Savoie-Mont Blanc.

Interview menée par Guillaume TROLONG-BAILLY
Palmarès
– 1 victoire en coupe du monde à Canmore (Canada)
– Médaillé de bronze en relais aux Jeux Olympiques de Lillehammer en 1994
– Médaillé d’argent en relais aux Championnats du monde d’Anterselva en 1995
– 11 titres de Champion de France
Pilier de l’équipe de France féminine de biathlon, Anaïs Bescond a accepté de répondre à quelques questions. Au lendemain de ses succès aux Championnats de France de biathlon d’été et avec en ligne de mire les prochains jeux olympiques de Pyeongchang découvrez une biathlète simple et chaleureuse.
Altitude Biathlon : Comment étant native du Calvados, on en vient à porter une carabine dans le dos et devenir un pilier de l’équipe de France de biathlon ?
Anaïs Bescond : Et bien on suit sa famille qui est sportive et on suit ses rêves.
Est-ce un rêve qui est né depuis ta région natale ?
Non, très jeune j’ai suivi mes parents dans le Jura. Ils m’ont mise au sport parce que l’on est une famille de sportifs. Puis par la suite dans mon village à Morbier il y a un champion et pas des moindres en la personne de Patrice Bailly Salins* qui rentrait au village avec des médailles *. « Je me suis dit et bien moi plus tard j’veux faire comme lui ». Mais comme disent mes parents, personne ne savait si ce que je voulais dire c’était faire des médailles ou faire du biathlon (rires).
Le biathlon était à l’époque une curiosité et j’ai suivi le « mouv ». C’est ce que j’ai voulu faire et c’est ce que je fais.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce sport ?
C’est justement cette dualité et la complexité d’allier 2 sports assez antagonistes. À la fois le ski où tu te mets à fond et où tu pousses pour tout donner et puis le tir où tu te calmes et tu t’apaises pour viser juste.
Quelle est la discipline où tu te retrouves le mieux ?
Ça dépend des jours ! (rires) il y a des jours où c’est plus simple de pousser et il y a des jours où c’est plus simple de se concentrer derrière la cara.
Si tu n’avais pas fait ce sport quelle sportive serais-tu devenue?
(réfléchis) N’importe quoi ! Tant que je faisais du sport ça allait. J’ai jamais été sport de raquette, ni trop sport co. Petite j’ai fais de la gym et de la natation, j’ai fais du hand… j’aurais bien trouvé quelque chose pour me défouler.
Tu sors tout juste des Championnats de France de biathlon et ski de fond d’été, il y a un mois, auréolée de 4 titres. Considérons que tu es la championne d’automne, quelles sensations éprouves-tu à l’heure actuelle ?
C’est un mélange de sérénité et de doute. Je me dis que la préparation s’est bien passée, je peux continuer avec confiance et à la fois quand même ressentir comme une sorte de pression car cela ne m’est jamais arrivée d’être aussi bien en automne ou en tout cas d’être mieux que les autres filles. On est toujours un peu plein de doutes, se dire pourvu que cela dure, pourvu que je n’aie pas fait une erreur pourvu que ci pourvu que ça.
Tant que le dossard n’est pas sur le dos et que l’on n’a pas fait une coupe du monde pour voir où l’on se situe par rapport aux biathlètes étrangères, c’est un peu difficile de savoir.
Est-ce que pour débuter ta saison, tu vas t’appuyer mentalement sur cette belle réussite ou bien davantage compter sur des sensations plus profondes nées au fur et à mesure de ta préparation estivale ?
Je ne vais pas chercher midi à quatorze heures, je vais m’appuyer là-dessus c’est clair. Je vais prendre ce qui est bon à prendre sur ce week-end dernier et celui d’il y a un mois. Les sensations sont bonnes et puis le travail paye.
Quel est le prochain objectif où tout peut se mettre en place réellement dans le but de réaliser une saison d’enfer ?
C’est dans un peu moins d’un mois maintenant. A l’issue de 2 semaines de prépa à Sjusjøen en Norvège où l’on part pour skier. C’est à ce moment-là que l’on va prendre part à des courses nationales norvégiennes où d’autres nations qui sont là aussi pour l’entraînement seront présentes. En général il y a un beau plateau avec les italiennes, les ukrainiennes, … cela va donner le ton et nous mettre tout de suite dans l’ambiance de coupe du monde.
Si l’on revient un peu au début de ta carrière, est ce qu’il y a un ou une biathlète qui t’a le plus inspirée ou qui t’inspire encore aujourd’hui ?
Il y en a eu plusieurs qui ont marqué mon parcours. Dans un premier temps Patrice Bailly Salins qui m‘a donnée l’envie, même si à l’époque je ne regardais pas vraiment les courses de biathlon, donc on ne peut pas dire qu’il m’ait inspirée. Il y a eu surtout Florence Baverel qui m’a inspirée car je m’identifie un peu à elle. Ensuite en plus proche il y a Marie-Laure Brunet qui me fournit encore des billes régulièrement qui me donne de l’inspiration, je prends des idées de ce qu’elle faisait et j’essaye de l’imiter un peu. Et forcément maintenant c’est Martin Fourcade qui réussit tout ce qu’il fait, même si ce n’est pas le cas le week-end dernier (rires).
Ensuite vraiment proche c’est Marie Dorin mais c’est mon amie avant tout, ce n’est pas que l’athlète qui me booste, c’est sa personnalité en général et ce que l’on partage depuis des années en sport.

On peut retrouver des similitudes techniques et entre toi et Florence Baverel mais aussi sur le plan de la morphologie et votre précision au tir, c’est un exemple qui te ressemble un peu aussi ?
Oui sur le plan de la morphologie nous sommes déjà proches. Je pense qu’elle a eu à gérer des problèmes de poids comme j’ai pu le rencontrer. C’était une très bonne tireuse, mais peut-être pas la meilleure skieuse du circuit. C’était mon cas quand j’étais dans mes années junior, j’avais de très bonnes stats en tir, ce qui ne s’est pas vu quand je suis montée en coupe du monde car j’ai rencontré pas mal de difficultés. Ce sont des similitudes qui font que l’on s’identifie à une athlète plus qu’une autre et puis elle a gagné le titre olympique à Turin et ça cela m’a transportée, j’étais sur mon canapé ce jour-là et j’étais très heureuse pour elle. Ça a clairement marqué ma jeunesse.
Tu parlais de Marie-Laure Brunet qui te tuyaute mentalement est-ce que tu fais de la préparation mentale de façon assidue ?
Oui forcément parce que le biathlon s’y prête beaucoup. Il se passe beaucoup de choses dans la tête pour la réussite au tir. Je fais une sorte de préparation mentale mais plutôt quelque chose de simple et naturel dans mon coin.
Concrètement cela consiste en quoi ?
De la visualisation. C’est aussi des conseils glanés à droite à gauche qui t’aide à mieux verbaliser certaines choses.
Sur le plan diététique est-ce que tu as une méthode Anaïs, manger pour gagner ?
Je suis très gourmande. Je mange de tout et j’essaye juste de me limiter à ne pas manger trop de certaines choses. Encore une fois je fais les choses assez simplement, je ne calcule pas, je ne pèse pas, je tâche d’avoir une alimentation équilibrée et modérée.
Te bases-tu sur tes propres connaissances pour cela ?
J’ai rencontré des tas de diététiciens et pris ce qui m’intéressait c’est tout
Quelle est la meilleure occupation pour te ressourcer ?
Je me nourris beaucoup de mes amis, de mes proches, de ma famille. J’ai besoin de contacts extérieurs, je ne suis pas quelqu’un de très individualiste. J’ai besoin de monde, c’est quelque chose qui me ressource beaucoup. Ensuite j’aime la nature et j’ai envie de dire que pratiquer un sport de plein air où je m’entraîne constamment dehors participe à me ressourcer même si cela fait partie de l’entraînement quand même.
Sinon mon hobby c’est la cuisine et comme j’aime les gens, j’aime cuisiner pour les gens.
As-tu une spécialité culinaire ?
Des choses simples. Si je veux faire ma fayotte je vais dire que je cuisine la saucisse de Morteau (rires) sinon c’est des lentilles à la saucisse de Morteau
Avec plus de 200 jours de stage d’entraînement, cotoyez-vous souvent les garçons?
On est tout le temps avec les gars hormis dans les chambre (rires). Je dis ça parce que pas mal de gens s’imaginent qu’on est tous en couple en biathlon.
Il y a bien une scission entre les 2 équipes bien que l’on soit partout ensemble. D’abord parce que notre staff technique, les bus, les kinés sont communs. C’est beaucoup plus simple d’organiser un stage commun et puis je trouve ça hyper bien aussi de se nourrir des uns des autres. Il y a une osmose de groupe, un esprit d’équipe à conserver. On est une des seules disciplines avec un relais mixte et cela n’aurait aucun sens d’avoir des prétentions de performance si on ne se voyait pas de l’année. Pour moi l‘équipe de France c’est pas les hommes d’un côté et les femmes de l’autre, c’est tous ensemble.

Qu’est ce que cela change ou apporte quand vous partagez l’entraînement avec les garçons ?
Il y a rarement que les filles ensemble. Quand je rentre à la maison, je croise Simon FOURCADE, Simon DESTHIEUX, Célia AYMONIER, Quentin FILLON MAILLET, Fabien CLAUDE. Forcément on se regarde à l’entraînement, on relève quand les gars font les choses bien. Parfois les coachs organisent des défis interposés en mettant en confrontation les deux équipes et là on a à cœur de battre les garçons mais ce n’est pas que ça le centre d’intérêt.
Si tu devais en un adjectif décrire chacune de tes teamate?
Ça c’est hyper dur !! Je dirais …
Enora Latuillière : pétillante
Marie (DORIN-HABERT) : amitié
Justine (BRAISAZ) et Anaïs (CHEVALIER) : individualistes et travailleuses
Célia AYMONIER : ouverte sur les autres
Et inversement qu’est-ce que les autres diraient de toi à ton avis?
Que je suis super et elles auraient raison !! (éclat de rire) Non je plaisante, j’essaye simplement d’apporter ma pierre à l’édifice. Comme j’ai plutôt un caractère de cochon, je suis quelqu’un d’entier et qui va dire ce qu’il pense mais je sais aussi rendre quand je suis heureuse.
Le mieux c’est encore de leur demander
Est-ce qu’il y aurait une question que tu aimerais que l’on te pose ?
Est-ce que je suis heureuse ?
et la réponse serait ?
Et oui je le suis parce que le sport c’est vraiment des belles valeurs à partager et j’ai envie de donner le goût de ces valeurs-là à toute une génération de jeunes qui parfois semble un peu perdue. Leur dire que le sport c’est quelque chose qui peut épanouir quelqu’un.
Tu as été la marraine d’un raid aventure le Vir’KingRaid au Bény-Bocage au printemps dernier dans ton Calvados natal, est-ce que tu envisages de prendre le départ de la prochaine édition au printemps prochain ?J’aimerais bien si le planning me le permet. J’ai beaucoup apprécié aller là-bas et encore une fois si cela peut apporter un petit plus à la promotion du sport ce sera avec plaisir et puis c’est aussi mon chez moi là-bas et si je peux découvrir la région que finalement je connais peu alors je viendrais au départ avec des amies .
Les Jeux se profilent, c’est une saison spéciale qui se arrive ?
Oui j’y pense depuis la fin de la saison dernière déjà. J’ai pas envie non plus de me pourrir la tête avec toutes sortes d’émotions et de pression supplémentaire. Mais c’est un rêve, c’est quelque chose que j’ai en tête le matin quand je me lève et le soir quand je me couche mais je ne me laisse pas non plus envahir par ça parce que j’ai aussi envie de vivre à côté
Jamais de rêve olympique entre le soir au coucher et le matin au lever ?
NON ! Quand on se rapprochera de Pyeongchang peut-être, mais avant tout il faudra que je fasse de bonnes performances pour gagner ma sélection, ce qui n’est pas encore le cas. On ne sait toujours pas qui sera sélectionné.
Merci Anaïs pour ce moment de convivialité et bonne saison olympique
*Patrice Bailly-Salins (champion du monde de sprint en 1995 et vainqueur du classement général de la coupe du monde de biathlon en 1994)
Site internet d’Anaïs Bescond : http://www.anaisbescond.com
>>>Lire L’interview de Siegfried Mazet

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Crédit photos avec l’aimable autorisation d’Anaïs Bescond


