Interview biathlon Vincent Defrasne

Altitude biathlon : Dans les années 90, au moment où tu étais en sport études, le biathlon était moins populaire qu’aujourd’hui, qu’est-ce  qui t’a donné envie de t’orienter vers le biathlon, et à quel moment s’est fait le déclic ? Vincent Defrasne : Par rapport à la moyenne d’âge des biathlètes ça s’est fait un peu plus tard, même si j’ai commencé le ski de fond tout petit. Je suis né à Pontarlier dans le Doubs, c’est une région où il y a beaucoup de ski nordique. J’étais dans une famille de skieurs donc j’ai découvert le ski de fond vraiment tout jeune. J’en ai vite fait beaucoup et j’ai tout de suite fait des compétitions très jeune. Je suis allé aux JO d’Albertville en 1992 pour supporter Hervé Balland, regarder les fondeurs norvégiens, mais je ne m’intéressais pas du tout au biathlon jusqu’à ce que j’arrive en section Sport études de Pontarlier. La rencontre avec le biathlon s’est faite à ce moment-là au lycée Xavier Marmier. J’étais totalement investi dans le ski de fond, j’avais plutôt un bon niveau : j’étais 4ème français en catégorie junior. Et puis là j’ai découvert le biathlon, au tout début de ces 4 années années passées en catégorie junior, parce qu’il y avait dans la même section de sport études ski de fond et biathlon. C’est là que ça m’a tout simplement donné envie d’essayer. L’entraîneur du biathlon, qui s’appelait Laurent Monnier, m’a pris au mot en me disant « allez viens, on va au stand de tir demain matin ». Et c’était parti ! Ce qui m’a vraiment plu c’était le côté double activité sportive. Même si j’adorais le ski de fond, j’ai trouvé que c’était encore plus complet, encore plus riche. Et aussi la super ambiance ! Les champions de l’époque qui étaient jurassiens (Patrice Bailly Salins ou Stéphane Bouthiaux) m’ont super vite très bien accueilli dans l’équipe du Jura. Ça m’a vraiment donné envie de me lancer dans le biathlon, comme l’était l’intérêt pour le mix du tir et du ski.
=> lire l’interview de Stéphane Bouthiaux

 

 

Raconte-nous ce que tu fais depuis l’arrêt de ta carrière sportive ?
J’ai arrêté après les jeux de Vancouver en 2010, et depuis j’ai eu deux activités très différentes l’une de l’autre. J’ai travaillé pour le Comité International Olympique  (CIO) à Lausanne, et en parallèle, j’ai pris la direction de la Fondation d’entreprise Somfy. Ce poste ce n’est pas de l’engagement sportif, ni du sponsoring, mais c’est l’engagement citoyen et social dans le domaine de la lutte contre le mal logement.
Chronologiquement et dans les grands lignes : en 2010 j’ai arrêté le biathlon, j’ai tout de suite fait une année à temps plein au CIO à Lausanne pour découvrir cet univers, j’ai été accueilli dans le cadre de ma reconversion pendant une année, en travaillant pour les JO de Londres, et pour ceux de la jeunesse.
Pendant un an j’ai découvert le CIO, son activité, son action, et ça a été passionnant. Je suis passé par trois départements clefs du CIO : le département des Jeux Olympiques, qui organise vraiment les JO, le département des sports, qui gère la partie sportive des JO et du CIO, et puis le département qui est en lien avec les deux cent cinq comités nationaux olympiques, qui sont un peu partout et qui participent aux Jeux. J’ai pris en 2011 le rôle de coordinateur du programme des athlètes modèles, un programme impliquant des anciens champions lors des JO de la jeunesse pour aider les jeunes athlètes à préparer leur carrière, à être sensibilisés à certaines problématiques qui touchent les athlètes. Dans le même temps je discutais avec Somfy, et ce depuis plusieurs années, de ma reconversion. Somfy a été mon partenaire de 2005 à 2010, j’étais, comme Martin Fourcade et d’autres biathlètes, soutenu et sponsorisé par Somfy. J’avais une idée dans les grandes lignes de ma reconversion, je voulais quelque chose qui soit tourné vers les autres et Somfy me disait à ce moment-là qu’eux aussi avait cette idée via leur Fondation qui était déjà créée mais qui tâtonnait un peu. Ils avaient besoin de quelqu’un pour s’en occuper. C’est pour ça qu’ils m’ont proposé de prendre le projet. C’était existant juridiquement, il y avait quelques actions disparates, mais les gens qui en avaient la charge n’avaient pas beaucoup de temps à lui consacrer donc ça piétinait un peu. Je suis presque parti de la feuille blanche. De 2011 à 2016, j’ai donc mené deux activités simultanément avec le CIO et Somfy. Je partageais ma semaine en deux, ou en quinze parfois, c’était très intense et passionnant mais au bout d’un moment j’ai voulu et j’ai dû faire un choix  en 2016 parce l’agenda devenait compliqué, entre les deux univers très différents et très exigeants. Depuis je me focalise professionnellement sur mon poste de directeur de la Fondation Somfy, qui est mon job à temps plein. La vocation de la fondation Somfy est de s’engager auprès des personnes qui souffrent de situation de mal logement, c’est à dire les gens qui sont à la rue, qui ne sont carrément pas logés, ou alors ceux qui sont logés, mais mal. La thématique de la Fondation se résume avec cette phrase : « Mieux Habiter Ensemble ».  (ndlr : https://www.fondation-somfy.com/et parmi les projets, la plateforme de crowfunding solidaire, parrainée par Martin Fourcade : http://www.lespetitespierres.org/)
Du côté du CIO, ou du moins du sport, je fais des missions très ponctuelles sur des sujets précis.

 

 

Est-ce que tu avais déjà une disposition à l’altruisme, est ce que tu étais sensible aux problématiques sociales ou environnementales, depuis longtemps ? Voire même engagé bénévolement ?
Sensible, et un peu sensibilisé, oui. J’ai toujours été, comme de nombreux athlètes, sollicité par des associations pour faire du parrainage, pour intervenir, etc.  Et je l’ai fait assez souvent parce que c’est des choses qui me parlent beaucoup, de partager un peu la chance qu’on peut avoir quand on est athlète et qu’on fait ce qu’on aime. Mais j’ai quand même découvert beaucoup de choses depuis que je me suis engagé dans le cadre de la fondation Somfy : le monde du mal logement que je ne connaissais pas du tout. J’étais davantage sensibilisé au combat environnemental pour une planète qui s’abîme, ou qu’on abîme. Ca me parlait, et ça me parle toujours beaucoup. Mais le monde du « très social », via la lutte contre le mal logement, non je ne connaissais pas auparavant.

 

 

Est-ce qu’il y a eu une petite phase de blues, ou même de peur entre l’arrêt de ta carrière sportive et la reprise d’un nouvel emploi, même si ça s’est fait très rapidement ?
Oui ça s’est fait assez vite, donc en effet ça s’est plutôt bien passé. Je n’ai pas eu trop de phases de blues, de panique ou de peur. Il y a eu trois ou quatre mois entre la fin de ma carrière et le moment où j’ai commencé au CIO. Ce n’est pas beaucoup mais je dois dire que dès les deux/trois mois écoulés je commençais à piétiner et c’était bien d’avoir la tête occupée à des choses très nouvelles et très demandeuses. Avec ces deux projets, le CIO puis la Fondation, j’ai été très vite occupé et intéressé à ces nouveautés, donc ça m’a beaucoup aidé à bien passer cette phase. Mais j’imagine bien qu’une fin de carrière ça peut ne pas être évident du tout si on n’a pas la tête attirée par d’autres choses.

 

Est-ce que le biathlon te manque parfois ?
Oui ça me manque,  mais pas cruellement je dois dire, ce sont plus les biathlètes qui me manquent. Le biathlon en tant que compétition j’en avais fait vraiment le tour, c’est la raison pour laquelle j’étais au final très à l’aise avec ma décision d’arrêter. La compétition je n’en ai plus envie, ni en biathlon ni dans d’autres sports, c’est une page qui est vraiment tournée pour moi. C’était le bon moment, celui de me consacrer à autre chose, et j’en suis convaincu encore aujourd’hui. Mais c’est vrai que ça me manque donc je suis content de pouvoir côtoyer très régulièrement le biathlon même si c’est complètement différemment. J’ai tellement de gens que j’aime beaucoup, et qui je pense m’aiment aussi beaucoup, et je les vois moins parce que je fais autre chose maintenant. C’est ce qui me manque, ainsi que l’univers du ski globalement, c’est pour ça que je réfléchis à y revenir mais pas du côté compétition…

 

Peux-tu nous en dire plus, concrètement sur un éventuel projet ?
J’ai envie de réfléchir à des démarches qui permettent aux skieurs d’être plus cohérents sur le plan environnemental,  c’est-à-dire de faire du ski tout en préservant la planète, de consommer ce qui doit l’être pour faire du ski de manière plus responsable. Ce sont des choses qui me plaisent en termes d’univers et qui me rapprochent du ski dans l’idée. Ce ne sont pas encore des projets complètement concrets, j’y pense, et puis l’univers du ski et de la montagne c’est quand même une grosse partie de moi.

 

 

Depuis l’arrêt de ta carrière, le biathlon a peut-être pas mal changé, qu’est ce qui pour toi aurait le plus évolué ? Pour ce qui est du biathlon en France, je pense que c’est l’aspect médiatique. Il y a eu un grand tournant à partir du moment où la chaîne L’Equipe s’est intéressée au biathlon et a permis d’avoir un accès plus large, même si Eurosport qui sont des amoureux du sport et du biathlon avait déjà ouvert la voie il faut le reconnaître . Force est de constater que maintenant ça attire plus de monde grâce à la chaîne L’Equipe, et sans « dénaturer » la discipline, on n’a pas non plus basculé dans un truc de masse. Ca a changé en termes d’audience télé, mais ça n’a pas dénaturé le lien que les biathlètes et les fans ont à ce sport. Le changement se fait bien, je trouve ça super. Dans d’autres pays c’était déjà très médiatisé, ça a moins évolué qu’en France. Pour moi c’est ça le plus gros changement en France, parce que bien sûr qu’il y a des choses qui évoluent un peu sur les formats de courses, mais cela avait été déjà fait à mon époque (mass start, poursuite, relais mixte). Il y a des nouveautés encore apportées par la fédération internationale (IBU) mais qui sont dans la continuité, qui ne révolutionnent pas tout. Ce sont juste des bonnes adaptations du biathlon sans en changer la nature profonde.

 

 

Il y a 10 ans tu t’imaginais que le public qui regardait le biathlon puisse s’élargir à ce point aujourd’hui ?
Honnêtement oui ! Je ne suis pas surpris parce que je sais qu’il y a tous les ingrédients pour faire un beau produit télé, la preuve, ça marche bien. Les gens qui connaissent bien le sport l’apprécient à la télé, et ceux qui connaissent moins peuvent suivre ça de manière très simple.

 

Que penses-tu de l’arrivée de Vincent Vittoz, que tu as un peu côtoyé, en tant qu’entraîneur du groupe hommes ?
J’ai trouvé que c’était une super nouvelle pour tout le monde. Historiquement les sports d’hiver et le ski nordique ne sont pas des sports ouverts sur l’extérieur. On fonctionnait en vase clos, un peu en silo? Même au sein de la grande famille du ski nordique il y a pas mal de segmentations entre le ski de fond et le biathlon. À mon goût il n’y a pas assez, d’échanges d’informations et de pratiques. J’essayais de le faire de mon temps avec les athlètes que j’aimais beaucoup en ski de fond, et c’est pour ça qu’on s’est côtoyés en ski de fond avec Vincent Vittoz. Je suis sûr que ça va être une belle expérience pour lui et  sûrement enrichissante et ça va énormément apporter au biathlon. Même si à mon avis ce n’est pas simple d’adapter des méthodes venues du fond au biathlon, ce sont des cousins mais qui ont leurs spécificités. Et puis «  »Toz c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, je suis sûr que pour lui ça devrait être une belle aventure.
=> Lire l’interview de Vincent Vittoz

 

Je reviens un peu plus sur ton vécu, ta carrière d’athlète. Quel était ton format de course préféré et pourquoi ? C’était la poursuite que j’aimais le plus, et c’est d’ailleurs là que je m’exprimais le mieux, et que j’ai gagné à Turin. Je voyais ça sur une globalité de deux courses, le sprint puis la poursuite, donc c’était un ensemble de deux journées où il fallait être bon. J’avais un  bon feeling, ça me convenait bien d’être soit chassé, soit chasseur, sur la poursuite. L’équilibre aussi entre le tir debout et le tir couché, ainsi que les distances me plaisaient. La mass start reste une vraie belle course, très simple, les trente meilleurs qui partent et qui sont sur la ligne de départ en même temps, je trouve ça très top Mais en termes de feeling et de réussite c’était la poursuite pour moi.

 

Quel est ton meilleur et ton pire souvenir ?
Le pire, même si au final je suis content de l’avoir vécu parce que c’est une expérience qui forge, c’est mon plantage au relais de Vancouver en 2010.  Ça a été très très difficile, et je l’ai très mal vécu. Sur le moment c’était vraiment une douleur très intense. Parce que j’ai planté le relais, et qui plus est le relais olympique c’est pas anodin. Je pense qu’on n’aurait pas été bons même si j’avais été correct mais c’est quand même moi qui ai coulé le truc dès le début. J’avais ma petite histoire personnelle avec les relais où j’avais été excellent dans tous les relais importants de ma carrière, sur les JO, sur les championnats du monde, dans tous mes relais de grands évènements. Et là je me suis vraiment troué, et ça m’a fait mal pour l’équipe et pour moi, ça a été très douloureux. Au final ça fait partie de la vie et de ses apprentissages. Il n’y a pas un biathlète qui n’a pas coulé un relais, mais quand c’est aux JO c’est compliqué quoi ! Franchement ça a été une douleur vraiment intense même s’il y a pire dans le monde, ce n’est que du sport, mais pour ma petite vie, ma petite histoire à moi, à ce moment-là ça a été très difficile.Pour le meilleur moment je pense quand même à ma victoire aux JO de Turin. Je n’ai pas gagné seul parce que c’était grâce à tout ce que les gens autour de moi ont fait aux Jeux, en amont ou même des années avant.  C’est tellement intense, tellement incroyable, d’être champion olympique, que c’est quand même un moment superbe.
Un autre super souvenir : quand j’étais à Anterselva aux Championnats du monde en 2007, j’ai fait un aller-retour dans la même semaine pour aller voir la naissance de mon premier fils, puis je suis revenu aux Championnats du monde et j’ai pu faire une médaille de bronze le dimanche sur la poursuite.  C’était assez rock n roll mais c’était génial !

 

 

Et si tu avais eu le choix entre gagner le général de la coupe du monde ou une médaille olympique?
Réponse sûrement bizarre, mais j’ai plus d’estime sportive pour le mec qui gagne la coupe du monde, c’est clair.  C’est un niveau confirmé, et reconfirmé à répétition tout l’hiver. Le sport c’est une histoire d’émotions, je n’ai pas eu la chance de réaliser les deux performances, j’ai été champion olympique et ça me va bien aussi. Parce que les Jeux Olympiques, sans qu’on l’explique de manière rationnelle, ça touche beaucoup plus de monde que la coupe du monde ou les championnats du monde, qui ne touchent eux « que » les intéressés et les passionnés du biathlon. Les Jeux Olympiques ça touche presque tout le monde, c’est un événement magique qui dépasse les frontières de chaque sport, gagner
cet événement c’est quelque chose d’incroyable et ça porte pour toute une vie. Donc je suis bien à l’aise avec le côté olympique même si j’ai une estime incroyable pour les gens qui ont gagné le général de la coupe du monde.

 

De l’extérieur on a l’impression que Martin Fourcade peut avoir un ascendant psychologique sur ses adversaires, que son aspect invincible suffit à les déstabiliser. Est-ce qu’à ton époque c’était le cas pour Ole Einar Bjorndalen ? Etait-ce une pression de se dire que c’était lui ton adversaire ?
Ah oui carrément ! C’était assez comparable même si j’ai l’impression que Martin a encore plus de pouvoir d’impression et d’hégémonie sur les autres athlètes parce qu’il est presque seul. A mon époque  il y avait Bjorndalen et Raphaël Poirée. C’était les deux qui avaient une emprise mentale sur les autres parce que c’était les deux monstres, les super forts. Donc quand on se retrouvait face, derrière, ou devant eux, c’était compliqué en effet !
=> Lire l’interview de Raphaël Poirée

 

Est-ce que c’est ça qui te fait mettre les deux balles dehors sur le dernier tir de la poursuite de Turin?
Non car je ne savais pas que c’était Bjorndalen en deuxième position juste derrière moi, je n’avais pas l’information avant le tir. C’est plutôt la pression de l’événement, et j’ai raté mon tir sur ces deux balles. Par contre quand j’ai vu que c’était lui qui me revenait dessus dans le dernier tour, là je me suis dit  « va falloir être stratège, parce que c’est lui ». A un moment j’ai pensé que ça allait être compliqué et que je ferais sûrement deuxième. Et tout de suite je me suis un peu botté les fesses, pas avec la raison mais intuitivement, je me suis dit «  c’est n’importe quoi, tu peux gagner, tu te bats comme un fou. Et Bjorndalen ou pas, c’est un mec, et pour l’instant il est encore derrière toi ». Et comme quoi j’ai eu raison parce que j’ai réussi à le faire ! Sans faire de psychologie de comptoir, c’est une belle leçon de se dire que même les gens qu’on estime invincibles ne le sont pas.

 

Est-ce que tu avais un site préféré sur le circuit de la coupe du monde ?
Oui j’aimais beaucoup Oberhof pour deux raisons : il y avait des longues montées, et ça ça me convenait bien, et la grosse ambiance qui me plaisait. D’ailleurs c’est là-bas que j’ai gagné ma première course de coupe du monde. Et puis j’avais et j’ai toujours un grand copain, Sven Fischer, et il est d’Oberhof. On se faisait des clins d’œil, je lui apportais du fromage, et lui du chocolat, parce que c’était chez lui, ça s’est fait un peu intuitivement comme ça. Et la magie des supporters d’Oberhof ! Ça a été le tout premier site où il y avait une ferveur incroyable, avec des gens qui nous connaissaient tous par notre prénom, qui scandaient notre nom. Ils voyaient juste notre dossard, voire notre style à  ski, et ils nous reconnaissaient, donc des très fins connaisseurs, de vrais amoureux du biathlon.

 

Quelle est la pensée la plus insolite que tu aies pu avoir en arrivant sur un pas de tir ?
Comme tout athlète j’ai eu des courses où je n’ai vraiment pas été bon parce que je n’étais pas à mon affaire, pour X raisons. Je n’ai pas d’exemple concret, ça ne me vient pas en tête, mais des trucs qui n’ont rien à voir du genre « est-ce que la chaudière marche ? ».

 


Depuis ta retraite sportive, est ce que tu as eu une belle émotion de biathlon, une course qui t’a fait frissonner en tant que spectateur ?
Oui il y en a deux ! Quand Martin a gagné la poursuite des Jeux de Sochi. J’étais allé à Sochi au début de la quinzaine olympique, je devais rentrer pour des impératifs professionnels. Je ne pouvais pas voir la poursuite, et je l’ai vécue dans le métro parisien. Je n’avais pas le choix, j’étais en train de rentrer après l’avion, en transit à Paris dans le RER, et je vivais la course à la radio en écoutant mon téléphone. Ca coupait, ça m’agaçait, j’étais en train de comprendre qu’il allait gagner mais je n’étais pas sûr. J’étais à la fois ultra content pour lui et super dépité de pas pouvoir mieux vivre ce moment-là. Mais c’était quand même un grand moment !
Un autre super moment, c’est quand Quentin Fillon-Maillet a fait le sprint de Ruhpolding, avec Svendsen je crois, en 2015. Super intense, et j’étais super content pour lui qu’il fasse cela. Je me suis surpris à être debout devant ma télé. C’est un gars super et c’était une belle course.

 

Quels sont tes pronostics pour les vainqueurs, homme et femme, du gros globe cette année ?
Oh la la… Pour les hommes je pense que Martin va continuer sur sa lancée. Je suis fan aussi de Johannes Boe, même si on se connait très peu, je trouve que c’est un très bel athlète. Mais je pense que Martin va le battre. Et puis il y en aura sûrement d’autres à la lutte.
Pour les femmes j’ai moins d’idée mais je verrai bien l’Italienne Wierer revenir, sans que ce soit très factuel (ndlr : interview réalisée avant le début de saison). Elle fait quand même une belle carrière et je ne serais pas surpris qu’à un moment elle repasse le cap des très talentueuses. Ce n’est pas vraiment un pronostic, enfin si, mais sans en être complétement persuadé.

 


En espoir, masculin ou féminin, français ou étranger, qui verrais-tu au sommet dans quelques années ?
Eh bien Quentin Fillon-Maillet! Je pense que c’est quelqu’un qui peut hausser encore, vraiment de manière plus régulière, son niveau.

 

Je t’ai entendu parler de ton projet de vie personnel SABA (Sports Aide Business Art), que tu veux parcourir. Quelle sera  le contenu cette dernière lettre, ce A final ?
Le A c’est pour l’art, et c’est un peu le tour que j’ai envie de faire avec ces quatre chapitres dans ma vie. L’art je ne sais pas quelle forme ça prendra, mais je ne serais pas surpris que ça soit autour de la guitare. Honnêtement je n’en sais rien mais je suis amoureux transi de la guitare. Je joue, très mal, mais je joue un peu de guitare depuis le lycée, je tourne en rond sur mes dix pauvres chansons que je connais. Ce sera sans prétention, peut-être d’avoir un moment dans ma vie où je joue vraiment très souvent et beaucoup de guitare.

 

Il fallait demander à Jean-Guillaume Beatrix !
On parle souvent de ça ! On parle plus souvent de guitare que de biathlon d’ailleurs!

 

 

Est-ce que la médaille olympique t’a permis de réaliser un rêve de gosse auquel tu n’aurais pas pu accéder autrement, ou ouvert des portes ?
Ça m’a permis plein de choses que je n’avais pas imaginées. Mais plutôt des choses en profondeur. C’est à dire de découvrir le mouvement olympique, je pense que je l’aurais fait quand même mais pas autant. Des rêves de gosses, non pas vraiment, mais des choses assez incroyables, et même surprenantes. Une dame m’a demandé si je pouvais venir lors de l’anniversaire de son mari et sortir du gâteau ! Des trucs assez surprenants et marrants, même si je ne suis pas forcément à l’aise avec ce genre de demande.

 

Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Laura GRUDCHEW

Photos avec l’aimable autorisation de Vincent Defrasne

 

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