Interview biathlon Simon Fourcade

Bonjour Simon, vous êtes à quelques semaines du début de la saison de coupes du monde, comment allez-vous ?
Simon Fourcade :
 Un petit peu émoussé, avec la préparation de notre nouveau coach Vincent Vittoz. Il est vrai que nous avons changé un petit peu de philosophie d’entraînement cette année. Une méthode qui me convient bien cependant et dans laquelle je me retrouve davantage.
Maintenant c’est aussi une approche avec des exigences qui sont un petit différentes au niveau de la préparation. On joue beaucoup moins sur la fraîcheur, mais beaucoup plus sur le travail jusqu’au dernier moment. Une méthode qui devrait nous pousser à conserver un niveau constant pendant toute la saison, c’est quelque chose d’assez nouveau et de très changeant pour nous.
Il va falloir être patient pour trouver ses marques, ce sont des choix voulus par le coach, avec des charges d’entraînements qui sont plus importantes et pas uniquement sur l’été, mais vraiment jusqu’à l’aube de la saison. Nous avons encore des volumes de travail conséquents avant de se régénérer un petit peu sur les dernières semaines. Cette approche d’entraînement novatrice est basée sur la préparation d’un coach non biathlète mais ex-skieur de fond de haut niveau (Vincent Vittoz fut champion de monde de ski nordique en poursuite en 2005).
Notre discipline est soumise à un circuit qui est un petit peu plus dense que celui du ski de fond, avec 2 à 3 courses par semaine. Les fondeurs ont eux des formats de courses un peu plus longs et certainement un peu plus physiques, mais ils n’enchaînent pas autant que nous au niveau des voyages et des déplacements.
D’ici quelques jours nous allons entrer plein pot dans la saison, ce sera l’occasion de voir si cette préparation, qui a déjà fait ses preuves en fond, portera ses fruits sur du biathlon. Personnellement je me sens bien physiquement et psychologiquement.

 

 


©Photo FFS.fr


Dixième du sprint et sixième de la poursuite à Arçon, comment jugez-vous vos récents résultats ?
On va dire que sur le dernier Summer tour je ne suis pas pleinement satisfait. J’ai été par contre très content de mon tir le dimanche, car les conditions étaient très compliquées et délicates à gérer. Sortir un 20/20 a vraiment été une bataille de tous les instants, donc ça, c’était plutôt une bonne chose. Physiquement je n’étais vraiment pas au point et pas apte à faire de bonnes performances, cela reste un peu le point négatif. Mais j’ai bon espoir et puis le ski à roulettes n’a jamais vraiment été ma tasse de thé, j’éprouve de bien meilleures sensations sur les skis. Avec les températures qui se refroidissent je suis optimiste pour aller chercher une qualification d’ici quelques semaines pour monter sur le circuit coupe du monde.

Justement, aujourd’hui il reste 1 place pour réintégrer l’équipe de France A de biathlon, cela va se jouer entre Fabien Claude et vous. Cette situation n’est-elle pas trop difficile à gérer au sein du groupe et de la pression individuelle ?
Non je pense qu’aujourd’hui j’ai la maturité qui me permet d’avoir pas mal de recul vis-à-vis de la situation. Je vois ça de manière très positive et pas du tout comme une sanction. Forcément, ça l’est dans le sens où je n’ai pas été au niveau les années précédentes d’où mon déclassement en groupe B et des sélections supplémentaires pour moi. Maintenant c’est une compétition qui est très saine entre Fabien et moi. Fabien c’est un jeune qui monte, je suis un peu le “vieux” qui essaye de se battre pour survivre et aller chercher quelques lignes supplémentaires qui manquent à son palmarès avant de tirer sa révérence.
J’ai une très bonne relation avec Fabien. On essaye de faire en sorte que cela soit le plus sain possible entre nous, même si forcément il risque d’y avoir un petit peu de tensions à venir dans les prochaines semaines. Dans la mesure où cette compétition se passe de la meilleure des manières, respectueuse, tout ira bien !
Fabien est réellement un très bon gars et on va tous les deux donner le meilleur de nous-même pour que le meilleur gagne. Il y aura d’autres places à aller chercher par la suite, et d’autres sélections en passant par le circuit IBU Cup. Toutes les portes ne seront pas fermées pour la saison. Bien que la situation ne soit pas évidente, car c’est la première fois depuis 2007 que je suis remis en sélection pour aller chercher une place sur la coupe du monde, c’est une chose que je vois de manière très positive comme une façon de me botter les fesses et sortir de cette zone de confort dans laquelle j’ai pu être, pour me pousser et aller de l’avant.

 

 

 

Le fait d’être un peu au pied du mur, est-ce quelque chose qui boost votre motivation ?
Je ne sais pas mais c’est une réelle remise en question en tout cas. Je me dis que je n’ai pas fait,, jusqu’à présent tout correctement pour pouvoir continuer à préserver cette place qui m’étais un peu réservé ces dernières années. Cela me pousse dans mes retranchements parce que là, il n’y aura pas le choix, pas de temps de chauffe et autres considérations, c’est une place pour deux, il faudra être devant point final et au vue de la forme actuelle de Fabien, cela ne sera pas simple à aller chercher. Je pars aussi du constat qu’à 34 ans, si je vais sur la coupe du monde, ce n’est plus pour apprendre, ou faire mes preuves, mais pour performer, donc si je ne suis pas en mesure de pouvoir gagner cette place, alors c’est qu’il vaut mieux la laisser à un jeune, qui pour le coup ira pour faire ses preuves, apprendre au fur et à mesure des compétitions.
Aujourd’hui, je n’ai plus envie de monter sur la coupe du monde pour aller chercher un top 30 ou top 20 mais pour faire des places marquantes, d’aller chercher un gros résultat et d’être régulier sur des performances notables. Si ce sont des choses que je ne suis pas en mesure de faire alors autant laisser la place.

Quels sont vos objectifs pour la saison qui arrive ?
Déjà cette sélection qui approche est un réel objectif en soi, ensuite en restant dans du concret ce sont les mondiaux d’Ostersund qui guident ma ligne de conduite pour cette saison avec pourquoi pas, un classement général honorable. Je ne parle pas de podium bien entendu, mais une place dans les 10 ou 15 premiers, chose que j’ai réalisé il y 2 saisons de ça. Je ne pense pas que mon niveau aujourd’hui soit si loin de celui que j’avais pu produire à cette période, on ne perd pas les choses en un claquement de doigts. Une place dans le top 15 serait déjà une performance et cela démontrerait une certaine régularité sur toute la saison. Si je dois choisir entre cette régularité, une médaille ou une place d’honneur sur les mondiaux, il n’y a ceci dit pas photo, je choisis la médaille ou la place d’honneur sur les mondiaux.

Quels formats de courses correspond le mieux à vos aptitudes et pourquoi ?
Le format qui correspond le mieux à mes aptitudes, n’est pas forcément celui que je préfère ; C’est assez paradoxal. On va dire qu’avec mes derniers résultats et ce que j’ai pu montrer récemment, ce serait la course qui favorise plutôt les tireurs comme le 20 km qui est celui qui me correspond le mieux. Ensuite c’est vrai que j’ai souvent tendance à prendre plus de plaisir sur des formats beaucoup plus explosifs. J’arrive en fin de carrière, je pense que le super sprint aurait été forcément une course qui aurait pu me convenir il y a quelques années. Mes formats préférés c’est tout ce qui est à la bataille comme la mass start, la poursuite. C’est là-dessus que j’ai tendance à prendre le plus de plaisir. Mais s’il y a bien une course sur laquelle je pense pouvoir chercher un gros résultat aujourd’hui, c’est sur l’individuel !

 

 

© Manzoni/NordicFocus.

 


Avez-vous quelqu’un qui vous aide à travailler sur l’aspect mental ?

Alors j’ai travaillé avec beaucoup de monde sur le plan mental par le passé mais plus rien aujourd’hui. J’essaye de me servir de mes expériences et du travail effectué avec ces personnes avec qui j’ai collaboré pour faire ma propre sauce et essayer de rester performantet gérer les émotions dans les moments délicats.

On peut dire que vous avez un petit peu rongé votre frein sur les derniers JO.  Est-ce qu’on arrive tout de même à s’imprégner de l’importance de l’événement dans cette situation de remplaçant de luxe ? Avez-vous quand même pu jouer un rôle au sein de l’équipe de France ?
Je ne sais pas, c’est compliqué à dire, je n’ai pas cette prétention de dire qu’en étant dans la peau d’un remplaçant j’ai pu apporter quelque chose et puis on est pas un sport d’équipe ! Alors oui, j’ai essayé de me rendre utile bien sûr, parce que je savais que j’avais peu de chance de courir compte tenu des résultats que j’avais produits jusqu’à là. Quentin Fillon Maillet était dans la difficulté à cette période, je lui ai servi un peu de sparring partner (partenaire d’entraînement) du mieux que j’ai pu afin qu’il puisse redresser la barre.
Quentin était clairement une chance de médaille lorsqu’il est arrivé à Peyongchang et il est passé à côté de l’événement. Je voulais tout faire pour qu’il retrouve cette confiance qui lui à manqué. Je suis sûr qu’avec un Quentin en confiance, sur un relais masculin notamment, de belles choses aurait pu se passer, cela n’a pas été possible et il n’a pas su réagir au bon moment.
Il lui a manqué 2 semaines de plus pour montrer ce dont il était capable comme ensuite à Kontiolathi (3èmedu sprint).

Mais oui c’était un peu frustrant pour moi à 33 ans de me retrouver remplaçant sur des jeux olympiques. Une situation pas évidente et pas simple à gérer, surtout que je n’ai pas eu l’impression de peser dans les décisions des entraîneurs pour éventuellement faire partie du relais, ou pour être aligné sur une course. C’était un petit peu une déception pour moi sachant que cette ambiance olympique je la connais (4èmeJO pour Simon). À mon âge j’aurais aimé y aller pour autre chose, bien que j’ai conscience que ce fut une marque de confiance des entraîneurs et des dirigeants de m’emmener. J’aurais aimer laisser ma place à un plus jeune pour qu’il puisse prendre part à cet évènement et emmagasiner de l’expérience sur les années à venir. Cependant s’il y avait eu un souci supplémentaire, je pense que c’est sur moi que l’on aurait compté et puis comme me l’a fait comprendre l’encadrement, une place de remplaçant c’est quelque chose qui ne se refuse pas.

 

 


Vous êtes un exemple d’abnégation dans ce sport de haut niveau, est-ce l’entraînement ou la compétition qui vous apporte le plus de satisfaction aujourd’hui ?
C’est bizarre, mais je crois qu’aujourd’hui c’est l’entraînement qui m’apporte le plus de satisfaction. Je crois qu’avec l’âge et l’expérience on apprend à écouter son corps, à mieux ressentir les jours ou on est bien comme les moins bons. En plus de cela je suis un passionné d’entrainement et de préparation physique ceci explique peut-être cela. Par exemple, j’apprécie énormément cette première année aux côtés Vincent Vittoz. J’ai accès à ces connaissances, issues d’une autre discipline, à la fois proche et différente. Je me fais énormément plaisir à l’entrainement. Je ne dirais pas que je ne me fais pas plaisir en compétition car ce n’est pas le cas, mais aujourd’hui je prends autant de plaisir à m’entrainer que de faire une compétition. Ce n’était pas le cas avant, je trainais un peu plus la patte pour aller m’entrainer et la compétition me faisait vraiment vibrer.

Si vous n’aviez pas été biathlète de haut niveau, vers quelle activité vous seriez-vous dirigé ?
Quand j’étais plus jeune, j’aimais beaucoup la danse, les activités sportives avec un aspect un peu plus artistique, j’aurais bien aimé aller vers cette discipline. Ensuite en milieu montagneux, à Font Romeu à l’époque, cela aurait été compliqué d’envisager une réelle carrière de danseur sans déménager dans une ville. La danse faisait partie de mes passions et cela continue de m’intéresser encore aujourd’hui.

Avec votre physique avantageux, n’avez-vous pas pensé à faire une reconversion de mannequin ?
Non, absolument pas ! c’est une chose que je n’ai jamais envisagé. J’ai bien sûr déjà participé à quelques shooting, pour des actions à but caritatif. Je communique un minimum sur cet aspect-là, bien que l’on me demande souvent pourquoi je n’essaye pas de me mettre plus en valeur.
C’est une chose que je n’ai jamais réellement encouragé car mon activité de sportif de haut niveau a toujours été la priorité jusqu’à présent. Si par la suite je reçois quelques propositions pourquoi pas mais aujourd’hui je ne suis pas dans cette dynamique, j’estime que je suis sportif avant tout et que ce n’est pas dans ce domaine que je dois m’exprimer et montrer des performances.

 

 

©Photo Emilien Jacquelin


Avez-vous déjà réfléchi à ce que pourrait être votre carrière post-biathlon ?
Oui, j’envisageais jusqu’à présent une reconversion dans l’entrainement, j’ai passé pas mal de formations dans ce sens. Maintenant je me demande aussi si j’ai envie de continuer, en tous cas dans un premier temps, dans le milieu du biathlon ou du ski nordique ; milieu que je côtoie depuis mes toutes jeunes années. J’ai peut-être envie de m’ouvrir et de connaitre autre chose et  pourquoi pas aller proposer mes compétences, mon expérience et mes services dans une toute autre activité sportive.
Par exemple les sports collectifs qui demandent plus de qualités d’explosivité, de puissance, ce sont des sports qui me branche et où j’ai davantage envie de m’orienter par la suite …

Avez-vous un rituel ou une habitude particulière avant de prendre le départ d’une course ?
Je sais qu’à une époque, j’embrassais ma carabine avant de prendre le départ, je dirai que c’était plus une sorte de marque d’affection et aussi pour me rassurer. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, cela ne m’empêche pas de bien tirer ou non. C’était un petit rituel que j’avais à l’époque, une sorte de grigri !

Lorsque vous êtes dans le portillon de départ, quelle est la dernière chose à laquelle vous pensez ?
Jusqu’à présent ce qui me faisait le plus défaut c’était ma gestion de course, c’est toujours un peu encore le cas aujourd’hui. Donc ma dernière pensée, c’est de me focaliser un peu là-dessus, de me répéter « ne pars pas comme un foufou », ne pas partir la tête dans le guidon. Essayer d’avoir une gestion raisonnable en début de course pour pouvoir maintenir la puissance et la vitesse jusqu’à la ligne d’arrivée !

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui souhaiteraient s’initier au biathlon, quel serait vos arguments pour les encourager ?
Si les personnes souhaitent s’y mettre avec plus ou moins d’intensité, ce n’est pas très compliqué surtout si vous avez l’envie et la motivation. Aujourd’hui, on a la possibilité de pratiquer avec des intervenants issus de structures spécialisées, bien qu’elles soient basées dans un milieu montagnard, il y a toujours la possibilité de pouvoir pratiquer le ski à roulettes associer au tir à la carabine dans des stands adaptés. Je peux conseiller aux personnes de se rapprocher d’un moniteur ESF, comme c’est le cas à Corrençon-en-Vercors par exemple. Étant assez proche de Lois Habert et Marie Dorin-Habert je conseille également de les contacter à travers leur nouveau centre nommé Zecamp qui est dédié à un public sportif.

 

 

©photo Christof Stache


Le biathlon était une discipline un petit peu confidentielle quand j’ai commencé. Aujourd’hui je pense que le biathlon peut vraiment exploser et devenir un sport plus populaire, plus accessible et bien que sans commune mesure avec les sports de masses comme football ou l’athlétisme, mais il y a un fort potentiel dans mon sport à mon avis.

Notre entrainement sur l’année est fait de 80% de ski à roulettes, c’est une activité que l’on peut pratiquer partout en France quel que soit le temps. Il suffit d’avoir un stand de tir pas très loin de chez soi.

Go Simon !

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Interview entièrement réalisée avec les questions des supporters de biathlon et recueillie par Mickaël Godin fondateur de Martin Fourcade fan’s

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