Interview Biathlon Grégoire Deschamps (responsable cellule fartage)

Altitude Biathlon : Quel est ton parcours pour aujourd’hui être responsable fartage et responsable des techniciens de la cellule « France » en biathlon ?
Grégoire Deschamps : Je suis responsable fartage et responsable des techniciens depuis 9 ans pour l’équipe de France de biathlon. Mais je travaille pour l’équipe de France de biathlon depuis 14 ans. Ancien fondeur et biathlète, j’ai été compétiteur sur le circuit national, le circuit européen… Je suis donc quelqu’un d’avant tout passionné de ski de fond.
Avant d’être technicien, j’ai été entraineur du Comité de Savoie, de 2005 à 2006. Puis j’ai été techniciens de Vincent Jay et Marie-Laure Brunet entre les Jeux Olympiques de Turin 2006 et ceux de Vancouver en 2010. 

 

As-tu une formation en chimie ?
Non, ce n’est pas nécessaire à notre niveau. Ce sont les marques de fart qui doivent être compétentes sur ces sujets. 

 

Combien de personnes travaillent au sein du service technique de l’équipe de France de biathlon ?
Neuf personnes travaillent au sein du service technique de l’équipe de France de biathlon. Cinq travaillent sur le circuit de la Coupe du monde, deux sur le circuit IBU Cup, et une sur le circuit national. Je suis le seul à travailler au sein de l’équipe à l’année. Je suis aussi responsable du recrutement, de la formation des nouvelles personnes qui travaillent au sein de l’équipe …

 

©Grégoire Deschamps (2ème en haut en partant de la gauche) et son équipe de techniciens devant le camion de fartage


Peux tu expliquer ce qu’est le fartage ? 

Le fartage, c’est utiliser de la chimie pour améliorer la vitesse de déplacement d’un ski sur la neige.

 

Comment se déroule une année ? L’hiver, fartage et préparation des skis mais quid du printemps et de l’été ? L’hiver, nous sommes essentiellement occupés à entretenir les skis, farter les multiples paires des coureurs de l’équipe de France, faire des essais de glisse, entretenir l’inventaire et répertorier chaque paire. L’hiver, nous travaillons entre 12 et 13h/jour, 6 jours sur 7. La période Avril/Mai est globalement calme. Le printemps, c’est aussi la période durant laquelle je sélectionne auprès des équipementiers les paires nécessaires à chaque coureur. Chaque coureur a en moyenne une trentaine de paires de skis fournie par son équipementier et chaque saison, je veille à renouveler une dizaine de ces paires. Et comme il y a plusieurs équipementiers, cela me prend un peu de temps 🙂

 

Pourquoi est-il nécessaire d’avoir autant de skis ?
Chaque paire de skis correspond à un type de neige précis. Chaque paire est répertoriée, pour une neige bien précise. A chaque  température de la neige et du taux d’hygrométrie correspond une paire de ski. Et la composition des neiges varie aussi en fonction du secteur géographique. Les neiges rencontrées en Asie par exemple lors des derniers Jeux Olympiques n’ont pas les mêmes caractéristiques qu’en Europe… La tâche est donc complexe et nous travaillons avec les équipementiers pour que des skis soient fabriqués pour répondre à chaque type de neige. Il nous est donc nécessaire d’avoir de nombreuses paires pour parer à toutes éventualités. 

 

Les athlètes équipés par les mêmes équipementiers peuvent ils se prêter les skis ?
Oui. Par exemple, Simon Desthieux et Antonin Guiguonnat ont le même équipementier et une morphologie semblable. Donc, plutôt que de constituer une « housse » d’une trentaine de paires par athlètes, nous constituons un seul et même lot d’une soixantaine de paires pour Simon et Antonin. Les skis sont de moins en moins nominatifs. 

 

Les farts utilisés sont-ils payés par la FFS ou s’agit-il de sponsors privés ?
Les farts sont payés par la fédération française de ski. 

 

Les coureurs ont-ils des exigences ou des « manies » particulières à votre égard ?
Non pas particulièrement. Justine Braisaz aime bien essayer la paire choisie et skier avec un quart d’heure avant que nous la préparions. Mais c’est sans doute un besoin pour elle de reconnaitre le matériel, de se rassurer avant de prendre le départ. Les athlètes font confiance au staff et partent avec les skis que nous leur donnons. 


 

 

Lors des jours de réussite, on imagine que l’ensemble du staff est heureux et les coureurs mettent d’ailleurs souvent en avant l’implication de l’ensemble du staff, mais les jours de défaite, n’êtes-vous pas la première cible de la contreperformance ?
En cas de problème sur une course, d’une contre-performance d’un athlète, on parlera évidemment des techniciens mais ça fait partie du jeu. Mais l’équipe que nous formons avec les athlètes est saine, et les mauvais jours, on est en lien les uns avec les autres, on échange.

 

 

Les budgets des scandinaves et notamment des norvégiens sont bien plus importants que ceux de la fédération française de ski. Est-ce que ce manque d’argent se ressent sur votre champ d’action ? Et si oui, qu’est-ce que les norvégiens ont et que nous n’avons pas ?
Il y a peu d’écart je trouve. Le camion de fartage des français est le plus gros de la coupe du monde. Les autres nations nous l’envient. Nous avons les armes pour nous battre.

Les paires de ski viennent du service « course » des équipementiers. Un amateur peut-il trouver dans le commerce une paire de ski tout aussi performante que celle des skieurs de haut niveau ?
Oui, des marques et notamment les deux marques françaises (Salomon & Rossignol) vendent des skis du service course en showroom, accessibles aux skieurs amateurs. Mais ces skis sont vendus plus chers. Les skis trouvés dans le commerce sont généralement assez polyvalents alors que les skis réservés aux athlètes sont vraiment très typé très spécifiques.

 

Comment concilier ta vie professionnelle et ta vie de famille ? (Car tu es tout l’hiver sur le circuit de la coupe du monde…).
En effet, je suis absent une grande partie de l’hiver et la famille doit être prête à cela. Mais en contrepartie, j’ai de longues périodes calmes notamment au printemps. C’est un équilibre à trouver. 

 

Les farts, et notamment les CERA sont très dosés en FLUOR. Ce composé chimique n’est pas écologique. Veillez-vous à utiliser des farts moins fluorés ?
On aimerait bien utiliser des farts moins fluorés mais le fluor reste irremplaçable en termes de performance.

 

©Grégoire Deschamps, 1er à gauche


En relais, les biathlètes qui partent en second, troisième ou quatrième peuvent ils changer de skis au dernier moment si les conditions évoluent ?
Lors d’un relais, les skis des athlètes sont choisis et préparés sur l’instant. Lorsque le premier relayeur skie, les skis des autres relayeurs sont en cours de préparation. Nous avons des écrans de télévision dans le camion, nous regardons comment le premier relayeur glisse par rapport aux autres concurrents et on adapte le fartage en fonction.

 

Passez vous plus de temps sur les skis de Martin que sur ceux des autres biathlètes au vue de son statut et des attentes forte de tous à son sujet ?
Nous accordons peut-être une attention un peu plus forte aux skis de Martin mais il est notre « vitrine ». Et nous sommes très consciencieux et rigoureux auprès de chaque athlète. Pour Martin, Rossignol met le paquet pour qu’il ait à la base de supers skis. 

 

Peux-tu nous décrire l’ambiance d’avant course ?
Il y a un peu de tension dans les phases d’attente mais une fois qu’on est dans l’action, on fonce. On connait notre boulot.

 

Peux-tu me raconter une anecdote vécue au sein de l’équipe de France ?
En mars 2015, Marie Dorin devient championne du monde de sprint à Kontiolahti. 5 minutes avant son départ, on décide de changer de paire de ski, de farter une nouvelle paire. Elle prend la paire de ski préparée une minute avant de s’élancer. Et elle gagne….

 

Les athlètes sont ils reconnaissants de votre travail ? Ils vous doivent certaines victoires pas vrai ?
Oui, l’ambiance est vraiment saine et bonne et les athlètes sont reconnaissants. Il y a une belle entente entre nous.

 

 

Si demain, je viens comme spectateur d’une manche de la coupe du monde, est-ce que je peux venir visiter le camion fartage de l’équipe de France et prendre une leçon de fartage ?
Nous ne pouvons prendre du temps pour ça car nous travaillons près de 12 heures/jour en hiver. Mais la FFS vend des pack VIP et dans ces packs, il est possible de nous voir travailler dans le camion. 

 

Dernière question : Si je suis skieur amateur et que je veux farter mes skis dans des moyens raisonnables, quels sont tes conseils ?
Je conseillerai d’entretenir les skis régulièrement avec une base hautement fluorée, de ne pas mettre de CERA mais des farts liquides hyperfluorés. Des progrès importants ont été faits sur ces farts liquides qui sont performants et qui s’appliquent facilement, même depuis le coffre de la voiture. 

Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Guillaume TROLONG-BAILLY

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