Interview biathlon Florence Baverel

Altitude biathlon : 12 ans après votre titre olympique (vainqueur du sprint aux JO de Turin 2006), est-ce que la compétition de biathlon vous manque ?
Florence Baverel : Il n’y a pas encore si longtemps que ça, je rêvais encore que je retournais en équipe, que je refaisais des coupes du monde. C’est marrant mais maintenant ça ne me manque pas plus que ça… Avec les enfants on passe à autre chose. Mais oui, j’ai adoré ces années et je n’oublierai jamais tout ça. Par contre je ne peux pas dire que la compétition me manque en tant que telle. 

Pratiquez-vous encore la discipline pour le plaisir ?
Quand il y a de la neige près de la maison, je vais encore régulièrement skier. Enfin… de temps en temps, quand je peux 🙂


On vous a pourtant vu il y a peu de temps remporter la course des légendes à Minsk, le frisson est il toujours là ?
Oui, c’est une course très sympa où on ne se prend pas la tête, c’est plus convivial qu’une compétition au sens strict du terme, c’est plaisir avant tout. Je continue à faire un peu de sport mais je n’arriverais plus aujourd’hui à me mettre un objectif. J’aurais trop tendance à vouloir m’entraîner pour revenir au top et aujourd’hui je n’ai plus le temps avec les enfants, avec tout ça …

Florence Baverel réponds aux question du blog de biathlon d'Altitude biathlon

Florence Baverel en compagnie de l’allemand Sven Fisher (champion olympique 2006)

Avez vous accompli tous vos défis sportifs, nourrissez-vous des regrets ?
J’ai des regrets sur ma gestion de carrière. J’ai l’impression d’avoir perdu plein de temps sur des détails, c’était aussi une période où je n’étais pas forcément très bien dans ma peau… Ma carrière s’est bien finie heureusement, plein de choses se sont mises en place, je me sentais mieux aussi dans la tête.
J’ai quand même l’impression d’avoir perdu du temps au début. Comme tout sportif  je peux nourrir des regrets car une carrière n’est pas « rectiligne ». Je reste cependant satisfaite de mon chemin parcouru.

Que pensez-vous de la popularisation du biathlon ? Percevez-vous un changement par rapport à lorsque vous étiez athlète ?
Oui c’est sûr, je suis vraiment contente [de cette meilleure visibilité ndrl.], le biathlon est un super sport ! (rire) Et puis je dirais qu’il était temps !
La France a des supers résultats et ce depuis un petit moment, alors si ça peut aider un peu les athlètes actuels et la fédération française de ski, c’est tout bénéfique. Et puis l’avantage avec le biathlon c’est que la médiatisation des femmes et des hommes à l’écran est presque égale. 

Le biathlon à votre époque était moins populaire qu’aujourd’hui, quelles sont les raisons pour lesquelles vous choisi de vous orienter vers cette discipline ?
Je faisais d’abord du ski de fond. Je me suis mise au biathlon assez tardivement et plutôt par proximité géographique que par réel goût pour la discipline. C’était ce qui était proposé dans mon village. Des fois je me dit que si ça avait été du tennis je me serais investie là-dedans ou dans un autre sport. A vrai dire, je n’ai jamais été fan du ski de fond, j’aimais moyennement l’ambiance. Et puis c’est une période où j’avais changé d’orientation scolaire, je n’étais pas dans les meilleures conditions. Mais oui, le biathlon est apparu tardivement dans ma vie. Un jour un entraineur m’a propoé d’essayer le biathlon. J’ai tout de suite accroché, j’ai adoré l’ambiance, j’ai rencontré des gens sympas. L’atmosphère n’avait rien à voir avec celle du ski de fond.

Interview biathlon de Florence Baverel

©lemonde.fr


Si vous n’aviez pas été biathlète, vous auriez fait quoi ?

J’aimais beaucoup l’esprit d’équipe du biathlon. J’apprécie d’ailleurs beaucoup les sports collectifs, j’ai même joué un peu au foot en club. Ça me correspond peut être même plus qu’un sport individuel.  

Aviez vous une / des sources d’inspiration sportive ?
Non pas vraiment. J’ai toujours été touchée par le côté humain des gens plus que par leurs performances sportives. 

Quel était votre format de course préféré et pourquoi ?
Hum… j’hésite. Je dirais le sprint. Je peux me mettre dans ma bulle, sans me poser 10 000 questions. J’avance juste, confrontée à moi-même. Et puis ce n’est pas trop long. En poursuite c’est plus compliqué et la mass start est physiquement très difficile, on est tout de suite confronté aux autres. je dirais aussi que cela dépend de la forme du moment, de l’état d’esprit, des dispositions. J’appréciais également beaucoup les relais. » 

Ski de fond ou tir ?
Je dois dire que s’il n’y avait eu que le tir ou que le ski de fond, je n’aurais pas aimé. J’aime le compromis ski-tir : quand l’un ne va pas il faut rebondir dans l’autre. Mentalement, c’est très fort. Il y a un vrai travail de concentration et de maîtrise de soi à mener. Je me faisais plaisir au tir et le côté ludique de ce dernier me plaisait énormément. Ce qu’il y a de bien avec les courses de biathlon c’est que ce n’est jamais terminé. C’est aussi ça qui me plaisait, car cela nécessitait un gros travail mental, pour tenir jusqu’au bout, tenir la montée d’adrénaline. Le tir peut en une seconde redistribuer toutes les cartes. Tout est remis en cause jusqu’à la fin, à chaque moment. 

interview de Florence Baverel pour le blog de biathlon altitude biathlon

©Nordicfocus


Vous avez pris votre « retraite » sportive  en 2007 : comment aborde-t-on l’après carrière ? Que faites vous aujourd’hui ?

Je suis désormais éducatrice sportif dans un centre pour délinquant mineurs. Rien à voir avec le monde du ski, mais j’aime bien c’est sympa. Ici les médailles et le palmarès ne comptent pas. Ces gamins sont tellement embourbés dans leur problèmes que, même s’ils savent que je suis championne olympique, cela ne change rien pour eux. Ce n’est pas non plus là-dessus que je me mets en avant, j’ai tout à recommencer avec eux et c’est aussi sympa. Je leur fait faire quand même un peu de tir de temps en temps.

On vous a également vu dans le rôle de consultante pour des grandes chaînes de télévision retransmettant le biathlon. Comment êtes vous arrivé à ce poste et comment vous êtes-vous formé ? Avez vous pris des cours de journalisme pour poser votre voix, etc. ou vous êtes-vous appuyée majoritairement sur votre bagage technique et sur votre sens de la course ?
Eh bien, quand les athlètes arrêtent ils sont sollicités par les journalistes pour apporter leurs conseils techniques. Au début c’était difficile, je n’osais pas, j’arrivais avec mon accent du Haut-Doubs. J’aurais peut être aimé d’ailleurs être davantage formée à cet exercice car au début je ne me sentais pas forcément à l’aise. Ce n’est pas un exercice évident mais comme on parle de ce que l’on aime et de ce que l’on connaît bien il n’y a pas de souci et puis le journaliste professionnel t’aide. Je me suis dis : arrête de te poser des questions, tu as l’œil, tu remarques des choses sur la piste et ça se passera très bien. Et puis ça me fait toujours plaisir de me retrouver dans ce milieu là, c’est comme si j’y étais encore un peu, il y a toujours ce petit frisson de la compétition. Quand on a goûté au biathlon, on n’en sort plus.

Justement, pour enchainer sur votre rôle de consultante et sur votre regard d’athlète : Dans le groupe de biathlon féminin : Quelle est la « pépite » en devenir qu’il faut suivre cette saison ? Et qui selon vous repartira avec le gros globe de crystal ? Un pronostic ?
Justine a un énorme potentiel mais il y a peut être encore des choses à régler. Quant à la future détentrice du gros globe de cristal, ça reste très ouvert chez les filles… aucune n’est très régulière. Anaïs Bescond a un coup à jouer, et une Française ce serait top ! Ca fait un peu cocorico mais les Françaises ont une belle équipe.

Le blog du biathlon avec des interview biathlon et de Florence Baverel

Merci Florence pour votre disponibilité et votre gentillesse

Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Louise LE BORGNE

©Laurent Cheviet, ©Nordic focus, ©Lemonde .fr

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