interview biathlon Émilien Jacquelin

 

Altitude biathlon : Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu nous parler de ton parcours jusqu’à ton accession à la coupe du monde ?
Émilien Jacquelin : J’ai commencé le ski de fond à l’âge de 5 ans à Villard de Lans sur le plateau du Vercors, puis le biathlon à l’âge de 13-14 ans. Mes 3 frères avaient déjà ouvert la voie. À cette époque-là il y avait des champions comme Raphaël Poirée  (lire l’interview  de Raphaël Poirée sur ce lien http://www.altitude-biathlon.com/interview-biathlon-raphael-poiree/ ) qui m’ont aussi donné leur passion et l’envie de faire ce sport.
J’ai participé au Festival Olympique de la Jeunesse Européenne où je gagne ma première compétition internationale. Après mes années juniors, j’intègre l’Ibu Cup en 2015-2016. Puis la Coupe du monde en 2017-2018. 

 

 

Tu reviens de 15 jours de stage à Sjusjøen en Norvège, comment cela s’est passé ?
Très très bien. Après c’est sûr nous avons eu une météo capricieuse, ce ne fût pas les meilleures conditions possibles d’entraînement sur neige mais au niveau du travail que l’on a effectué, tout au long de ces 15 jours, cela c’est super bien passé. Toute l’équipe commence à être prête pour les premières courses, l’ambiance est très bonne, comme elle l’a été tout au long de la préparation. C’est super agréable pour moi de s’entraîner dans des conditions pareilles.

 

 

Emilien Jacquelin lors de la poursuite d’Antholz en Janvier 2018. Photo Stéphane Bataille

 

Sur quels axes as-tu le plus travaillé ?
Personnellement sur ces 15 derniers jours, j’ai mis l’accent sur des détails techniques de ski, notamment le décalé (pas de montée en ski appelé aussi temps de base) et aussi au niveau de la gestion de course. Ce dernier point m’a souvent fait défaut l’an dernier où  je partais vite et j’avais vraiment du mal à finir mes courses. Donc nous avons beaucoup travaillé là-dessus avec mon coach Vincent Vittoz (lire l’interview de Vincent Vittoz sur ce lien http://www.altitude-biathlon.com/interview-biathlon-vincent-vittoz/).
Nous avons aussi effectué 3 chronos et ces chronos ont montré qu’il y avait du positif et que c’était en train de se mettre gentiment en place.
 

 

La saison dernière tu alternais entre la Coupe du monde et l’Ibu Cup, quel est le plus difficile pour toi dans ces moments-là ? La préparation est-elle différente?
Oui. Clairement l’an dernier, je m’étais préparé pour être bon sur le circuit Ibu Cup avec un objectif de top 10 et claquer des podiums… C’est sûr que dès le début de saison, il a fallu réévaluer mes exigences mais voilà c’est ce que je voulais faire.
Je suis redescendu 2 fois de coupe du monde et à chaque fois j’ai fais un podium pour remonter illico en Coupe du monde. A chaque fois ce sont des situations différentes.  Faire des allers-retours ce n’est pas évident à gérer pour un sportif. Évoluer entre 2 circuits n’est pas la meilleure chose qui soit avec les voyages qui sont fatigants, mais c’est aussi une façon de se pousser à être performant sur tous les week-ends. C’est une remise en question personnelle, il ne faut pas voir cela comme un échec. Si on retourne sur un circuit IBU CUP,  c’est que l’on a pas été performant et il faut réussir à mettre tous ces aspects négatifs de côté pour se concentrer seulement sur les échéances à venir.
Mais ce dont je suis le plus fier l’an dernier, c’est quand j’ai dû retourner en IBU CUP face à Jean-Guillaume. J’ai dû mettre de côté l’amitié, avec tout le respect et tout ce que Jean-Guillaume a pu m’apporter quand je regardais ses courses à la télé. « Se battre » contre un co-équipier n’est pas une chose facile, c’est beaucoup d’émotions. J’aurai préféré ne prendre la place de personne mais cela fait partie du haut niveau et eux aussi, à mon âge, ils ont dû connaître la même situation. On le voit en ce moment entre Simon FOURCADE et Fabien CLAUDE qui connaissent la même situation.

 

 


Tu nous as ébloui sur certains tirs avec un enchaînement et une réussite incroyable, as-tu gardé cet esprit ou as-tu au contraire calmer le jeu ?
À vrai dire l’an dernier, j’ai plutôt eu l’impression de tirer doucement. Je pense être capable de tirer plus vite que je ne l’ai fait. Cette année je vais plutôt mettre l’accent sur la régularité et donc cela passe par des tirs un peu moins rapides. Après j’ai un tir rapide et c’est comme cela que je me suis construis, c’est ma manière de tirer mais au final le temps de tir n’est pas si impressionnant que cela. C’est vraiment l’enchaînement des balles qui est rapide, je n’ai pas forcément l’impression de prendre des risques. En tout cas plus les années passent moins j’ai l’impression d’en prendre, tout en continuant de tirer vite. C’est certainement un plus mais je ne pense pas tout chambouler mon niveau du tir.

 

 

On le sait, vous êtes nombreux à vouloir percer en Coupe du monde mais il n’y a pas de place pour tout le monde, peut-on savoir quels sont les objectifs et critères fixés par l’encadrement pour rester en Coupe du monde ? Existe t-il un contrat entre vous ?
Non. C’est sûr que nous avons une équipe très compétitive. En tout cas les 6 sélectionnés pour la Coupe du monde seront capables de briller, cela est une évidence et les places seront chères et dures à prendre. Après non, nous n’avons pas encore de détails sur les critères pour rester en Coupe du monde ou redescendre sur le circuit IBU CUP. Mais voilà, nous le savons si nous ne sommes pas bons en Coupe du monde nous redescendrons c’est le jeu et tout le monde le prend avec philosophie. Cela est moins pris comme une sanction au vu de la densité du groupe France aujourd’hui. Il ne peut pas y avoir de place pour tout le monde c’est clair.

 

L’année dernière tu nous as montré qu’il faudra compter sur toi, avec un excellent relais en Autriche où tu passes le flambeau en 3ème position à Quentin. En Janvier en Italie, tu termines 5ème du sprint et 6ème de la poursuite, tu remplaces Quentin pendant les JO et tu finis la saison avec le trophée de la révélation de l’année, une année plutôt réussie ?
Clairement, c’est sûr que c’est une année plus que réussie. Avant le début de saison, je me suis donné comme objectif, en étant en Ibu Cup de découvrir la Coupe du monde. J’avais cela dans un coin de la tête. Mais au final, j’ai commencé directement dans le grand bain et j’avais vraiment envie d’y rester. Chaque week-end c’était une nouveauté, un relais en Coupe du monde j’avais jamais fait. Chaque course il fallait donner le meilleur de soi-même. Et c’est sûr que le podium en Autriche c’est beaucoup d’émotions et je suis fier de l’avoir fait. Quelques minutes après on m’annonçait que je redescendais en Ibu Cup et que donc, je n’assisterais pas à la Coupe du monde du Grand Bornand. C’est surtout cela en fait qui est dur quand on fait des allers-retours c’est que parfois on ne peut pas tout maîtriser. Antholz était un week-end presque parfait côté sportif mais c’était difficile mentalement car je venais de perdre mon grand père la veille de la course. Au final tout au long de la saison c’était une super belle année mais il y a eu pleins de rebondissements, des hauts et des bas bref un ascenseur émotionnel pas facile à gérer.
Le graal courir aux JO. J’y pensais forcément comme beaucoup. Bien sûr j’avais envie d’y aller mais il y a une différence entre avoir des rêves et vivre ses rêves. Je ne sais pas si l’on peut parler de chemin parcouru, cela manquerait d’humilité de dire que j’ai franchi toutes les étapes. J’ai eu de la chance de faire des courses pleines au bon moment, j’ai aussi eu de la chance de découvrir les JO et de participer au relais. C’est sûr ce sont des expériences incroyables, en tout cas dans ma vie d’homme mais en tant que sportif de haut niveau j’aspire à plus haut !

 

Que vises-tu cette année ? 
En ayant fait déjà 5ème et 6ème en Italie, je ne peux pas me permettre de dire qu’un objectif serait d’aller chercher un top15. Cela serait bête de ma part, cela serait se mettre des barrières. Nous avons très bien travaillé avec les coachs, je pense aussi avoir passé un cap. Ensuite les courses, c’est toujours des situations différentes par rapport à des chronos ou des séances d’entraînement mais aujourd’hui j’espère ne pas me tromper en disant vouloir être dans les 30 meilleurs au classement général. J’ai envie d’utiliser mon potentiel à 100% et ne pas me poser de questions.

 

 


On sait que tu travailles beaucoup avec ton frère Clément et sa Start-up «Athlétics 3D», peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration ? Qu’est ce que cela t’apporte en compétition ?

Oui cette année je travaille surtout sur des pièces ergonomiques, des petits détails qui font que j’évolue par rapport à l’an dernier et cela se passe très bien. Après avoir travaillé le modèle de ma crosse la saison dernière, il y a plusieurs pièces sur ma carabine de biathlon que j’utilise et qui sont faites par mon frère clément. Par exemple sur le becquet, la partie haute où l’on pose l’épaule sur le tir couché. Nous avons travaillé sur des pièces en 3D, cela me permet de tester de nombreuses pièces différentes et de les faire évoluer chaque jour avec de nouvelles dimensions. C’est un gain de temps et c’est une aventure familiale très chouette, c’est top de vivre cela avec lui.

 

On sait que le sport de haut niveau prend énormément de temps, comment trouves t-on le temps d’avoir d’autres passions, d’autres passe-temps ?
(Rires) Cela va faire rire les autres mais cela dépend vraiment de mes humeurs on va dire. Il y a des jours où pour vraiment me changer les idées, je fréquente les musées, j’écoute de la musique de style varié. J’aime beaucoup tout ce qui est artistique. De manière générale J’aime bien l’Art même si visiter des expositions c’est un peu dur sur Villard de Lans.
Avec Antonin on s’amuse aussi pas mal sur des jeux vidéo (Rires) entre les entraînements. J’aime aussi beaucoup le VTT, le vélo dans son ensemble, ce sont des choses qui me tiennent vraiment à cœur.
Le plateau du Vercors c’est top pour s’entraîner et puis j’ai la chance du coup de m’entraîner quasi tous les jours avec Martin et Simon FOURCADE ((lire l’interview  de Simon Fourcade sur ce lien http://www.altitude-biathlon.com/interview-biathlon-simon-fourcade/ ) et cela n’a pas de prix. Ce sont des gens que j’ai admiré étant plus jeune et aujourd’hui, s’entraîner avec eux, même si je ne leur dis pas, c’est un réel bonheur, pour l’enfant que j’étais, il y a quelques années et pour le jeune adulte que je suis encore aujourd’hui.

 

Merci à Emilien pour sa gentillesse et sa disponibilité. 

Interview réalisée grâce aux questions des supporters de biathlon, issues des réseaux sociaux. Propos recueillis par Stéphane Bataille

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